CHAPITRE IV
De la Saxe, l’évêque Hatericus fut aussi à Reichenau un saint religieux et un bienfaiteur du couvent. Les Annales en citent d’autres qui illustrèrent l’abbaye: Honomannus, qui offrit un missel au saint abbé ; Ansger, à qui le monastère dut un calice de prix et des livres d’une grande valeur.
Reichenau acquit à cette époque sa plus grande célébrité à cause de la sainteté et surtout de la science de ses religieux ; aussi plusieurs d’entre eux furent-ils élevés à l’épiscopat. Charlemagne obligea l'abbé Waldo d’accepter l’évêché de Pavie, où il porta l’odeur de ses vertus et la renommée de son grand nom. 1 Les Annales de Reichenau racontent qu’il recueillit dans son diocèse des livres précieux et utiles, qu’il envoya à sa chère abbaye du lac de Constance. La reine d’Italie, femme de Pépin, lui fit présent d’un antiphonaire de grand prix qu’il réserva également pour Reichenau. 2
Charlemagne témoigna dans une circonstance solennelle l’estime qu’il portait à l’évêque Waldo. Nous en extrayons le récit textuel dans les annales de Reichenau. Aaron (ou Haroun), roi des Sarrasins (5e Khalyfe abbacyde 786 — 809), ayant appris les victoires et les hauts faits de Charlemagne, désirait vivement voir le grand empereur et faire alliance avec lui. Il avait envoyé au pape Léon III (795 — 816) ses ambassadeurs pour qu’il persuadât à Charlemagne de faire ce voyage. Aaron lui promettait, s’il se rendait à ses vœux, un trésor tel que ni lui ni ses prédécesseurs n’en avaient jamais reçu. Le pape avait député à Aix-la-Chapelle, où était la cour, des légats chargés de présenter à l’empereur les prières du grand roi des Sarrasins. Charlemagne ne se rendit pas à cette invitation. Le pape lui envoya une seconde ambassade, lui signifiant que s’il était tel que la renommée le disait, il devait s’exposer à tout danger pour gagner ce présent d’un si grand prix. Sur ces instances, Charlemagne se rendit à R.ome. De son côté, Aaron, partant de Jérusalem avec le patriarche Jean 3 qui portait le précieux trésor, se porta à la rencontre de Charlemagne. Mais arrivé à l’île de Corse (in Corsicam insulam) il tomba malade et ne put aller plus loin. Il envoya à Rome prier l’empereur de venir le trouver dans cette île, lui promettant de lui remettre cet incomparable trésor. Mais Charlemagne craignait la mer; il rassembla tous ses conseillers et leur demanda qui voulait être son ambassadeur auprès du grand Haroun. Personne ne voulut se charger de cette mission. L’empereur appela son fidèle Einhard: „Envoyez-moi partout où vous voudrez, répondit le vaillant guerrier, contre les infidèles mêmes, mais je n’ose affronter le péril de la mer. “ Deux jours après, le préfet de l’Istrie, Hunfride (Hunfroi) et l'abbé Waldo, conseiller intime et confesseur de Charlemagne, se décident à accepter cette mission. Le lendemain matin, après ses prières, Waldo va trouver le roi et lui fait part de ses résolutions. Charlemagne s’en réjouit, en rend grâces à Dieu el lui donne rendez-vous pour le lendemain au lever du soleil. Dans l’intervalle, Hunfride se repent de sa détermination et fait savoir à l’abbé
1 A la demande de Mgr Lâchât, évêque de Bâle, Mgr Riboldi, évêque de Pavie, fit faire des
recherches sur son prédécesseur, Waldo de Reichenau. Robolini, dans ses Notices pour l’histoire de sa patrie, IIe vol. §. 11. Pavie 1826, dit qu’a près S. Jérome, la chaire de Pavie fut occupée par Irénée pendant quatre ans, jusqu’en 795 et qu’ensuite fut élu. pour administrer cette église, l’évêque Ubaldo ou Waldo, abbé bénédictin d’Augia près de Constance, qui occupa cette charge au delà de l’an 800.“ L’historien
Cghelli de Pavie appelle Waldo notre évêque. Le P. Marroni (de episcopis Papiens. No.. XXXI) lui donne également une place parmi les administrateurs de l’église de Pavie. = 2 Pépin, fils de Charlemagne, roi d’Italie de 781 à 810. — Annales Augiæ divitis, p. 62. = 3 Le patriarche de Jérusalem qui fut l’ambassadeur de Haroun, d’après l’ Art de vérifier les dates, s’appelait alors non pas Jean, mais Georges.
Charlemagne empereur,
d’après une estampe attribuée à Albert Dürer.