CHAPITRE IV
qu’il y renonce. Waldo lui fait comprendre qu’il est trop tard, que le roi est prévenu et qu’il doit partir.
Le lendemain, les deux ambassadeurs se présentent à Charlemagne qui les charge de présents pour Aaron et d’argent pour le voyage. Ils partent par un vent favorable et bientôt ils débarquent heureusement en Corse. Aaron, quoique bien malade, leur fait le meilleur accueil; ils lui remettent les présents de Charlemagne. Aaron gémit de n’avoir pas le bonheur de voir leur grand roi; cependant il ne veut pas laisser de les charger du trésor qu’il lui a promis. Ce trésor, d’un prix infini, renfermait d’abord une ampoule d’onyx pleine du sang de Notre Seigneur Jésus-Christ; puis une croix d’or ornée de pierres précieuses renfermant aux quatre extrémités du sang du Sauveur et au milieu une particule de la vraie croix; en outre, un morceau de la couronne d’épines, un clou ayant servi à attacher le Sauveur à la croix, du bois de la vraie croix, de la pierre du sépulcre de Jésus- Christ, et enfin beaucoup de parfums et autres objets de l’orient.
Chargés de ces présents, les ambassadeurs reprirent la mer et arrivèrent heureusement en Sicile. Waldo resta dans le monastère de Sainte- Anastasie, tandis qu’Hunfride allait trouver à Ravenne Charlemagne, qui attendait avec impatience le retour de ses envoyés. Hunfride lui raconta l’heureux succès de son ambassade. Peu de jours après, Waldo arriva avec son précieux fardeau. Le roi avec toute sa cour, se porta nu-pieds à la rencontre des saintes reliques, qu’il reçut avec les marques du plus profond respect et de la plus grande joie. Les ambassadeurs furent royalement récompensés. Hunfride reçut la croix d’or renfermant le sang du Christ, qui plus tard devint la propriété et la relique la plus insigne de Reichenau. 1 Quant à Waldo, l’annaliste dit seulement qu’il reçut certains bénéfices. 2 Peut-être est-ce à cette occasion que Charlemagne lui donna l’évêché de Bâle qu’il administra jusqu’à son départ pour Saint-Denis. Un manuscrit publié, il y a quelques années par M. Moné, renfermant une période historique de 799 à 930, mentionne ce fait et atteste, aussi bien que les Annales de Reichenau, le crédit dont jouissait l’évêque de Bàle auprès du grand empereur. 3 Nous citons ce document contemporain: „ Parmi les premiers de la cour du roi (Charlemagne) était Waldo, abbé de Reichenau. Le roi lui confia l’évêché de la ville de Pavie, et aussi l’évêché de la cité de Bàle; les évêques de ces deux villes étaient morts. Waldo était remarquable par ses vertus; il jouissait de l’intimité du roi qui l’avait choisi pour son confesseur. “ 4
Waldo fut vingt années abbé de Reichenau. En 806, le grand empereur lui conféra l’abbaye de Saint-Denis, qui était alors une des plus célèbres du monde chrétien. Pépin le bref et Charlemagne avaient restauré, agrandi et achevé sa magnifique église. C’est à Saint-Denis que Charles et Carloman avaient été sacrés rois par le pape Étienne II. L’abbé de cet illustre monastère était un des premiers dignitaires du royaume. Charlemagne voulut revêtir de cette charge son confesseur, l'évéque de Bàle Waldo. N’osant se soustraire à l’ordre impérial, le saint prélat
1 Mabillon dans ses Annales des Bénédictins, liv. 42. No. 48, rapporta ce fait d'après un manuscrit
contemporain. — Voir aussi Diarium hélveticum, I). Calmet, 1756, p. 100. = 2 „Remuneravit optimus
Princeps Carolus Waldonern certis quibusdam beneficiis." (Annales, p. 99.) = 3 Quellensammlung der Badischen Landesgeschichte, 1. 1. p. 70. Vom heiligen Blut zu Reichenau. = 4 „ . . Sane de primoribus
régis erant . . . Waldo scilicet . . . Gui etiam pontificatum Papiæ urbis. nec non et præsulatum Basiliensis civitatis, prioribus defunctis pontificibus rex commisit . . . Erat enim virtutibus clarus regique valde familiaris, adeo ut ilium suum fieri confessorem eligeret. . . .“