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CHAPITRE XXV

el à l’éclat de son rang. Le baron Jean de Fleckenstein était abbé de Seltz, dans le palatinat du Pihin, enclavé en Alsace. Cette abbaye de bénédictins avait été fondée en 987 par l’impératrice Adélaïde ; ses domaines étaient immenses. L’abbé de Seltz avait le titre de prince ; ses domaines formaient une principauté. (Diplôme d’Henri VIII de 1309.) L’abbaye ressortissait directement à la cour de R.ome. 1 Il était noble et bien apparenté. 2 Hartmann Müncb le recommandait au chapitre et au pape pour le remplacer dignement sur le siège de Bâle auquel il renonçait. Martin V ratifia le choix du chapitre le 24 mai 1424 et maintint au nouvel élu son abbaye de Seltz qu'il put garder en commende pour profiter de ses revenus. En même temps, le pape, selon l’usage, par autant de bulles particulières, recommanda l’évêque nommé à son métropolitain, l’archevêque de Besançon, au chapitre de Bâle, au clergé de la ville et du diocèse, aux vassaux de l’évêché et au peuple de la ville de Bâle. 3

Jean de Fleckenstein fit son entrée solennelle dans sa ville de Bâle, le 29 mai 1423. Pour relever le rang et la dignité d’évêque de Bâle qui avait perdu son lustre sous ses prédécesseurs, il se fit accompagner par deux prélats d’un haut rang, l’évêque de Worms, Frédéric de Fleckenstein son frère, homme d’une grande renommée, et l’évêque de Spire, Rahan de Fehnstat. Une escorte brillante et nombreuse de cinq cents chevaliers, comtes, barons et nobles, des plus grandes familles, suivait et assistait le nouvel évêque qui, dans cet appareil se dirigea vers la cathédrale où il prêta au chapitre le serment de prise de possession. 4 Il y avait longues années que la ville de Bâle n’avait vu son évêque si bien entouré. Deux jours après cette entrée triomphale, l’évêque de Bâle reçut la consécration épiscopale des mains de l’archevêque de Besançon, Thiébaud de Rougemont, assisté des évêques de Worms et de Spire. 5

Jean de Fleckenstein n’avait déployé cet appareil que pour faire entendre aux peuples de l’évêché, qu'il voulait rendre à son église sa splendeur antique et ses nombreux domaines, pieux héritages des siècles, que les malheurs des temps lui avaient fait perdre depuis tant d’années. Il quittait une position brillante, son pays natal, une abbaye où il trouvait une installation princière, avec résidence somptueuse à Strasbourg, à Haguenau, à Wissembourg. Évêque de Bâle, il ne lui restait qu’une maison dans sa ville épiscopale, à peine suffisante pour un simple chapelain, et à Delémont, une résidence si misérable que la pluie pénétrait par le toit en mauvais état et tombait sur la table et sur le ht du prélat. Jean de Fleckenstein s’installa tant bien que mal dans la masure de Bâle. Il y avait place pour lui et pour son chapelain Nicolas Gerung dit Blawenstein qui a consigné luimême dans sa Chronique des Jhwêques de Bâle tous ces détails intimes. „ Durant sept ans, dit-il, j’ai été son secrétaire et son chapelain; j’ai toujours couché dans sa chambre, je l’ai servi à l’autel et à table, j’ai récité avec lui les heures canoniales et j’ai été le confident de secrets qu’il n’a révélés à personne. 6 On peut en croire à un témoin si bien placé et si autorisé; aussi ne voulons-nous pas perdre une parole du portrait qu’il fait de Jean de Fleckenstein.

1 L’emplacement du monastère primitif a depuis longtemps disparu dans les eaux du Rhin. En

1481 l’abbaye fut convertue en collégiale par le pape Sixte IV. — Schœpflin, Als. illust. = 2 Le château

de Fleckenstein était situé dans les Vosges entre Haguenau et Wissembourg au haut d’un rocher presque inaccessible. Il fut cependant pris en 1(174 par le marquis de Vaubrun et détruit en 1680. Henri Jacques de Fleckenstein, dernier du nom, mourut en 1720. Ibid. = 3 Archives du château de Porrentruy. =

4 N. Gerung, chron. episc. Basil., p. 335. = s Annales Luciscell., p. 375. = 6 Scriptores rerum Basil.

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