EXPÉDITION GUERRIÈRE DE L’ÉVÈQUE DE RALE
„Il garda ce train modeste et pauvre, se contentant de trois ou quatre serviteurs, rejetant toute dépense superflue. Il ne songea pas un instant à enrichir ses parents. C’était, pour le dire en un mot, un homme pacifique, pieux, plein de mansuétude; il ne savait refuser une grâce demandée, ni renvoyer à ses officiers ceux qui s’adressaient à lui; il était accessible à tous; sa miséricorde et sa compassion s’étendaient jusqu’à ceux que la justice avait frappés comme criminels ou scélérats. Il avait surtout un soin particulier de cacher les désordres du clergé, et il voulait que ses officiers fissent comme lui : il leur défendait la cruauté envers leurs administrés, quels qu’ils fussent. Il était aussi généreux, sans être prodigue, il traitait grandement, quand il le fallait; les pauvres surtout avaient part à ses largesses." 1
Le pape et le chapitre de Bâle n’avaient pu faire un meilleur choix. La première et la principale préoccupation de Jean de Fleckenstein fut de faire rentrer dans l’église de Bâle, les domaines engagés. Il commença par réclamer au comte Thiébaud VIII de Neuchâtel en Bourgogne, la ville de Saint-Ursanne, les châteaux de Spiegelberg, de Pleujouse, de Roche-d’or qui depuis de longues années, étaient entre les mains de cette noble famille. Thiébaud VIII refusa de rendre ces gages qu’il s’était habitué à regarder comme lui appartenant.
Jean de Fleckenstein n’hésita point ; quoique ami de la paix, il comprit que la force des armes pouvait seule lui restituer un droit qui lui était nié, malgré les promesses écrites et prêtées solennellement. Il s’assura l’appui et le secours de ses grands amis, les évêques de Cologne et de Mayence, du comte palatin Louis, du marquis de Baden Bernard, de son frère l’évêque de Worms. 2 Avec l’aide de ces illustres personnages, il put mettre sur pied une armée forte de mille deux cents cavaliers commandés par le comte Jean de Thierstein. Bâle prêta aussi son secours à l’évêque et prit fait et cause pour lui. Le contingent bâlois fut placé sous les ordres du bourgmestre de la ville Burkhard ze Rhein 3 qui s’engagea à ne pas relâcher, sans le consentement du prélat, les prisonniers qui pourraient tomber entre ses mains. En même temps, Bâle versa, pour frais de guerre, six mille florins d’or entre les mains de Jean de Fleckenstein qui engagea en retour le sceau épiscopal. 4
L’expédition fut poussée avec vigueur. En trois jours, la ville et le château de Saint-Ursanne, les châteaux de Roche-d’or, de Pleujouse et de Spiegelberg rentrèrent entre les mains de leur légitime seigneur et maître, l’évêque de Bâle. 5 Ce facile succès ne suffit pas aux Bâlois. Ils poussent jusqu’à Héricourt, ville des domaines de Thiébaud de Neuchâtel, et en font le siège. Le château fortifié ne peut résister aux attaques réitérées et au bombardement dirigé par des chefs expérimentés, comme les comtes de Montjoie, de Thierstein, le noble Louis de Lichtenberg. 6 Héricourt fut pris le 11 novembre 1425; la ville et le château furent livrés au pillage, puis aux flammes. 7
Les documents historiques sur cette expédition guerrière sont très sobres de détails et nous n’avons que quelques lignes bien sèches sur ces faits d’armes qui
1 N. Gerung, chron. episc. Basil., p. 340. = 2 Bernheim, Scriptores rerum Basil, minoris, p. 336. =
3 Wurstisen, chron. majoris Basil, ad 1425. = 4 Brouillât et Yautrey, t. V. p. 756. = 5 Wurstisen, loco
citato. — N. Gerung, chron., p. 336. = 6 „ . . . campum cum otnni eorum (Basiliensium) potentia, cum
bombardis et machinis ante fortissimum castrurn et oppidum Elinquurt, quod victum fuit, spoliatum et
positum in ruinam, circa festum S. Martini. A. D. 1425.“ N. Gerung, chron., p. 337. = 7 Duvernoy,
Ephémérides du comté de Montbéliard, p. 432.