CHAPITRE XXV
de Ramstein. Jean de Fleckenstein le racheta en 1435 pour trois mille trois cents florins avec le secours des villes de Bienne, Delémont et Neuveville qui lui prêtèrent dans ce but mille quatre cents florins. 1
Parmi les châteaux rentrés dans le domaine de l’église de Bâle, se trouvait Spiegelberg, sis sur un rocher surplombant les eaux limpides du Doubs. Au pied du château se trouvait la Franche-Montagne qu’Imier de Ramstein avait voulu coloniser et peupler en 1384. Jean de Fleckenstein voulut poursuivre l’œuvre de son prédécesseur en accordant à la Franche-Montagne de Muriaux (Spiegelberg) un droit d’Ungeld dont le produit devait être employé à l’amélioration des chemins. L’évêque voulait reconnaître et récompenser „ plusieurs feauhles services et amours que ses très bien amés et féaubles le maire, conseil et toute la communauté résidant en sa franche montagne de Muriaul ont fait du temps passé à lui et à ses devantrier évêques de Bâle, et a espérance que au temps à venir ils feront encore". Cet Ungeld ou impôt devait être prélevé sur le vin vendu par les aubergistes (les hostes) dans toute la Franche-Montagne de Muriaul. Les chemins devaient, avec le produit de cet impôt, être améliorés et maintenus, „à cette fin que les marchands ou pèlerins qui vont et viennent d’étranger pays, par cette montagne, tant plus sûrement puissent aller et venir, sans avoir dommage". Avec cette faveur Jean de Fleckenstein accorda à ce pays trois foires franches chaque année : la première le jour de Ste Marie Madeleine ; la seconde le jour de S. Denis, en octobre ; la troisième en la fête de la sainte Croix du mois de mai. Le chapitre de Bâle se joignit â l’évêque pour sceller l’acte de ces nouveaux privilèges accordés aux Franches-Montagnes (9 août 1438). 2 Deux ans après, de concert avec son chapitre, Jean de Fleckenstein ratifia les franchises données à la Montagne par Imier de Ramstein et détermina de nouveau les limites de ce pays (1430). 3
Jean de Fleckenstein accorda aussi une lettre de franchises et de libertés à la vallée de Delémont où il était resté seigneur et maître. Ce document, portant la date du 9 février 1430, contient à sa première page, un aperçu très intéressant de l’évêque lui-même sur l’état de l’évêché de Bâle, sous son règne. Il en signale les misères, les besoins et essaie d’apporter remède à cette déplorable situation. Nous citons textuellement ces paroles de l’évêque bénédictin: „Nous Jehan, par la grâce de Dieu et du Saint-Siège de Rome, évêque de Bâle ; confessons et faisons savoir à tous, qu’étant notre dit évêché, par notre très saint Père pape Martin Y, parvenu à notre personne, nous aurions trouvé l’évêché, le pays et les gens appartenant â iceluy, en grandes calamités, et en évidentes dettes et charges, de façon que les revenus et émoluments de l’évêché et des pays qui en dépendent, étaient tombés par engagement aux mains d’autres personnes, avec grandes charges, tellement que ni notre personne, ni nos successeurs évêques, aux temps â venir, si les choses devaient ainsi rester et demeurer, n’en pourrions guères prévaloir ni en tirer profit. Et ce, aussi à cause des pesantes charges, gabelles et autres services, de quoi les pauvres gens de l’évêché, et singulièrement le vaux (vallée) de Delémont, la prévôté de Moutier-Grandval, le vaux de Moutier, le vaux nommé Orvaux et aussi Sornethal, étaient chargés, dont les habitants se distraisaient et s’en allaient demeurer en d’autres pays et contrées, pour se mettre en repos et se décharger de telles grosses charges, gabelles et services. Au moyen de quoy
1 Archives du château de Porrentruy. = 2 Ibid. = 3 Ibid.
STATUTS SYNODAUX DE 1434
tels vaux et mairies ont été spoliés et dépourvus de leurs habitants et même de leurs plus riches personnes, qui quittent, et s’il n’y était pourvu, les habitants parviendraient encore en de plus grandes ruines. Et finalement comme il est apparent qu’iceux sont presque entièrement délaissés d’un chacun, à quoi pour obvier, nous avons de l’avis et conseil de nos nobles, aimés et féaux, pris le fait en consultation, et ayant bien considéré comme l’on pourrait parvenir et pourvoir à cela, avons aussi demandé et appelé les honnêtes gens, nos singuliers amis de Delémont et des vaux et mairies dessus nommés pour aider à conseiller en cela le mieux possible ..." 1
Le couronnement de l’empereur Sigismond par le pape Eugène IV,
d'après le bas-relief d'une des portes en bronze de Saint-Pierre de Rome, Sculpture du XVe siècle.
Ce langage, dans sa naïveté, atteste mieux que toutes les affirmations, le zèle qui animait Jean de Fleckenstein pour le bien de son peuple et pour la prospérité de l'évêché. On sent dans ses paroles une grande charité et une vraie compassion pour les misères d’un pays où il constate un dépeuplement et une ruine déplorables. Il essaie de remédier à ce triste état de choses, par des moyens que lui inspire l’amour de son peuple.
Il réduit à une livre hàloise l’impôt annuel à payer par chaque laboureur ayant charrue entière ; à cinq sols celui de l’artisan ; à un sol celui d’une veuve. L’évêque espère que par ce moyen les honnêtes gens de ces pays et contrées y pourront et devront bien demeurer et qu'ils en attireront d’autres pour y aller demeurer avec eux, qui de le faire n'y ont pas encore pensé. „Donc nous avons promis et
Trouillat et Vautrey, t. V. p. 287.