CHAPITRE XXVI
Durant ces longs débats, Eugène IV par une bulle du 18 décembre 1431 avait déclaré le concile de Bâle dissout et transféré à Bologne. 1 Le pape fit porter les deux bulles à Bàle par l’évêque deParenzo, trésorier de la chambre apostolique. C’était vers le commencement de 1432. Le cardinal Julien témoigna d’abord son obéissance. Il déclara qu’il ne pouvait plus faire les fonctions de président, puisque le pape transférait le concile, mais en même temps, il écrivit à Eugène IV une lettre extrêmement forte, quoique respectueuse, pour l’engager à se désister de la résolution énoncée dans ses bulles. Au mois de janvier 1432, les prélats de Bàle envoyèrent une solennelle ambassade à Rome, pour supplier le pape avec instance de révoquer son décret de dissolution. 2 Dans le même temps, ils adressaient à tous les fidèles des lettres synodales pour notifier à tout l’univers que le concile continuerait à siéger à Bàle. Le cardinal Julien s’étant démis de la charge de président, ce fut l’évêque de Coutances qui apposa son sceau et qui présida la 2e session du concile célébrée à la cathédrale, le 15 février 1432.
A cette session se trouvaient quatorze prélats, tant évêques qu’abbés. On y déclara que le concile ne pouvait être dissous, ni transféré, ni différé; on défendit aux assistants de s’éloigner de la ville de Bàle avant la fin du concile. Dans cette session, on nomma promoteur du concile, Henri de Beynheim, official de l’évêché de Bàle. 3
Dans la 3e session, tenue le 29 avril 1432, le concile renouvela le décret de la supériorité du concile sur le pape, avec sommation au souverain pontife et aux cardinaux de se rendre à Bàle sans délai.
La 4e session, en date du 20 janvier 1432, déclara que si le pape venait à mourir, l’élection du successeur se ferait à Bàle. Peu de jours après la 5e session, tenue le 9 août, arriva à Bâle un camérier du pape nommé Jean Dupré, avec la qualité de nonce apostolique, pour proposer des moyens de conciliation concertés avec l’empereur. Non-seulement, il ne fut pas écouté, mais mis en prison et chargé de chaînes. 4 Cette première députation fut suivie d’une autre plus considérable, composée de quatre nonces qui étaient les archevêques de Colocza (en Hongrie) et de Tarente, l’évêque de Maguelone et un auditeur du sacré palais ; ils protestèrent contre l’incarcération et la détention dans les fers du nonce précédent, mais eurent bien de la peine d’obtenir des passeports assez rassurants pour euxmêmes. Admis enfin à l’audience des prélats de Bâle, après bien des plaintes et des protestations, ils entamèrent le 22 août 1432, une apologie dans les formes du pape leur maître. Les prélats de Bâle qui alors étaient environ trente, tant évêques qu’abbés, répondirent aux nonces du pape le 3 septembre, par un très long mémoire. 5
Trois jours après, le 6 septembre (1432) se tint la 6e session sous la présidence de l’évêque de Coutances. 11 Deux promoteurs du concile, tous deux français et de l’université de Paris, requirent qu’on déclarât la contumace du pape et des cardinaux; mais l’assemblée ne passa pas outre ce jour-là. A cette session, on compta trente-deux prélats, tant évêques qu’abbés avec deux cardinaux, savoir: Dominique Capronicca, cardinal par la grâce de l’assemblée de Bàle et le cardinal Branda de Castiglione brouillé avec Eugène IV.
1 Lahbe, Clone, t. XII. p. 941. = 2 Ibid., p. 480. 3 Acta conc. Basil, p. 13. = 4 Martène, t. VIII.
p. 149. = 5 Rohrbacher, t. XXI. p. 480. — 6 Acta conc. Basil., p. 295.