‹ Histoire des Évêques de BaleChapitre 457 sur 496 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

L’élection du pape se fit de la manière suivante: On plaça des sièges dans la chambre du cardinal et de l’évêque de Vicence et dans neuf des cellules voisines. Au fond un autel avec un carreau pour le cardinal. A la droite du président siégeait l’archevêque de Tarentaise, à sa gauche l’évêque de Tortose (Espagne), puis de chaque côté les autres électeurs. Devant le cardinal, un escabeau avec un plateau d’argent, dans lequel chacun jetait son billet. Le cardinal dépouillait ensuite les votes, les lisait à haute voix et quatre secrétaires les inscrivaient. Chaque billet portait ces mots: „Je ... élis pour pontife romain tel ou tel." — On pouvait mettre deux noms sur le même billet. Chaque électeur signait son bulletin de vote. Le dépouillement fait et proclamé, les scrutateurs vérifiaient le nombre des billets. Si les deux tiers des voix ne se rencontraient pas sur le même candidat, on brûlait les billets de votes.

Au premier scrutin on constata que les votes s’étaient répartis sur dix-sept candidats de diverses nations ; le duc de Savoie, Amédée, réunit d’abord seize voix. Au deuxième scrutin qui eut lieu le 2 novembre 1439, il en eut dix-neuf; au troisième vingt-et-un ; au quatrième encore vingt-et-un ; il ne lui manquait qu’une voix. On redoubla de prières; il y eut des pourparlers sur les mérites du candidat. Enfin le 5 novembre 1439, tandis que le clergé de Bâle se tenait devant le conclave avec les reliques des saints et que les prélats faisaient une procession du Saint- Esprit, vers dix heures du matin, le scrutin fut ouvert et l’on trouva qu’ Amédée, duc de Savoie, avait réuni vingt-six voix et était nommé pape. Aussitôt la joie éclata; on appela les notaires, les témoins et on dressa procès verbal de l’élection. Cela fait, on renvoya les témoins, et à une heure après-midi, on ouvrit les fenêtres donnant sur la place, en brisant à coup de hache les vantaux qui les fermaient. Toute la ville était sur la place; tous les yeux fixés sur la fenêtre où devait être proclamé le nouvel élu. On vit d’abord paraître la croix chargent, puis le cardinal d’Arles, après avoir fait le signe de la croix, publia le nom du pape élu, et après une oraison, bénit le peuple. A trois heures les prélats en mitre et chape, et le clergé de la ville avec les reliques, arrivèrent aux portes du conclave et reconduisirent en procession les électeurs à la cathédrale. Là on publia de nouveau l’élection du nouveau pape et on chanta le Te Deum et la congrégation fut dissoute." 1

Tel est le récit circonstancié fait par Æneas Sylvius, qui occupait au conclave les fonctions de clerc cérémoniaire. Il nous a paru intéressant de conserver pour cette histoire tous les détails d’un événement qui eut un si grand retentissement à cette époque. Nous trouvons parmi les électeurs de l’antipape Félix Y notre évêque de Bâle, Frédéric ze Rhein, le doyen de la cathédrale, l’abbé de Lucelle, et aussi attaché à l’évêque, son official. Si nous ne pouvons justifier la participation que ces personnages ont prise à la déposition du pape légitime Eugène IV et à l’élection de l’antipape Félix V, cependant nous devons dire à leur décharge ce qu’Æneas Sylvius disait au pape Eugène IV pour s’excuser d’avoir siégé au concile de Bâle. Chargé d’une mission auprès du Saint-Père par l’empereur, il se présenta au souverain pontife sans crainte et lui ayant baisé les pieds et les mains, avant de lire le message impérial, il dit: „Très Saint-Père, quand j’étais à Bâle, j’ai beaucoup parlé, écrit et agi, je ne le nie pas; mais j’ai toujours eu

1 Æn. Sylv., Comment, de gestis conc. Basil., p. 45 et suiv.

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