CHAPITRE IV
de sa vie, il résigna volontairement ses fonctions d’abbé et d’évêque, qu’il occupait depuis dix-huit ans, pour rentrer dans les rangs des simples religieux. 1 II retrouva avec bonheur le silence du cloître, et les calmes études qui lui étaient si chères. Son seul trésor était sa bibliothèque, qu’il n’avait cessé d’enrichir de précieux livres, et qui fut plus tard l’ornement le plus envié du monastère.
Son neveu, le bienheureux Erlebald, qu’il avait reçu à Reichenau et formé à la vie religieuse, lui succéda sur le siège abbatial, et continua cette chaîne admirable de grands et saints abbés qui ont illustré les origines de ce monastère.
Un autre neveu du bienheureux Hatton, comme l’appellent les Annales de Reichenau , cachait alors dans la solitude de l’abbaye rillustration de sa race et les vertus qui préparaient un martyr. C’était S. Meinrad, qui avait été amené à Reichenau en 807 par son père, le comte Berchtold, neveu par sa mère de l'abbé Hatton. Sous de tels maîtres, il eut bientôt atteint les degrés du sacerdoce, qu'il reçut des mains de son grand oncle, l’ancien évêque de Bàle, qui eut encore la consolation de le voir en 825 se consacrer entièrement à Dieu comme religieux de Reichenau.
Hatton prolongea pieusement sa carrière, libre des soucis et des embarras de la terre, jusqu’à sa 74e année. Il mourut plein de mérites, le 17 mars 836, laissant après lui une grande réputation de sainteté. On l’enterra avec tous les honneurs dus à son rang, au milieu des regrets et des larmes de toute l'abbaye, tout près de l’autel du chœur de l’église abbatiale, qu'il avait bâtie et consacrée à la gloire de la Bienheureuse Vierge Marie. 2 Les Annales de Reichenau lui donnent le titre de Bienheureux , et lui attribuent des miracles arrivés après sa mort. 3 Sur l’image du Précieux Sang faite à Pœichenau, on voit l’illustre évêque et abbé Hatton portant le nimbe et le titre de Bienheureux. 4 Cependant, ni dans l’abbaye, ni dans le diocèse de Bâle, on n'a rendu un culte public à ce vénérable religieux élevé à de si grandes charges et toujours fidèle à ses devoirs et à ses engagements. Un de ses disciples, reçu par lui au nombre des religieux de Reichenau, plus tard abbé du célèbre monastère (842), Walafridus Strabo, 5 a consacré à l'honneur de son père et maître, quelques vers qui en font un portrait fidèle, d’autant plus précieux pour le diocèse de Bàle qu’il est contemporain du grand évêque. Eu voici la traduction aussi littérale que possible: «Connue une étoile d’or surgit au milieu des ténèbres, le jeune Hatton paraît à cinq ans à l'île du monastère. Elevée sur la cime de la montagne, la ville ne peut échapper aux regards des hommes. Ainsi la renommée d’un tel personnage vole au loin et frappe les oreilles du roi. Bientôt, il est arraché malgré lui de sa chère prison: il était libre, on l’enchaîne. Le voilà pasteur, gardien d’un troupeau dont la grande part, livrée à une vie toute profane, a quitté la vallée du Christ. C’est la sage Providence de Dieu qui a donné à ce peuple un tel père: il sait le ramener sous les lois saintes, et relever toutes les ruines à l’honneur de Dieu. Il guérit les plaies intérieures; il réforme les désordres extérieurs. Quel discours pourra redire l’éclat de son génie à travers le monde? Docte, il répandait la semence sacrée dans des sillons incultes; large dans ses aumônes, d’une vie irréprochable, aimant et charitable, juste dans les conseils, sagace et prudent, il était parfait dans l’action.
1 „ Anno 822. AugiæHeitone abbate et. episcopo privatam et quietam vilain adoptant.. / = 2 Annales
Aug., j). (»6. Herm. Contracte. = 11 „Non absque certis magnæ sanctitatis indiens atque signis post se
relictis . Ann. Aug. p. 66. — 4 Beatus Mette, abbas Aug. div. dein Episc. Basil, relicta abbatia et
episcopatu. obi it 17 mart. a. 836. = 6 12° abbé île Reichenau. mort le 18 août 849.
S. Meinrad,
d'après la gravure frontispice dans: Curiosa, scholastica, siemmatographica Idca vitcv. ac morhs S. Meinrad t martyris gloriosissimi. Einsidlæ, MDCLXXX1.