CHAPITRE IV
Mais que dire encore, quand je puis attester que je ne connais personne qui puisse lui être comparé?
„On le force d’être le pasteur des moines; disciple longtemps, c’est lui qui est proclamé le maître; c’est lui qui garde la prison où il a si souvent désiré attendre son dernier jour, et la couronne éternelle que le Christ a réservée aux vainqueurs de la mort. Ma bouche aurait sept langues qu’elle ne pourrait raconter tous les travaux qu’il a accomplis. Tout ce qu’un fidèle pasteur du Christ doit faire pour régir son troupeau, il l'a fait; la paix, si favorable au salut, il l’a fait régner entre les chrétiens. Chargé d’une mission royale, pour les princes des Grecs, il traverse les mers; son navire se brise sur un écueil; tout est perdu, mais l’évêque se sauve, lui et les siens, par la protection divine. Il poursuit sa course sans obstacle, et porte aussitôt aux Francs les réponses des Grecs.
„Plus tard, un dégoût prolongé s’empare du prélat: il forme en secret le projet de quitter la cour el ses grandeurs, pour éviter le châtiment qui menace les riches de la terre. La dixième année de Louis l’Empereur, après dix-huit ans d’élévation, à soixante ans, il fut atteint d’une maladie qui paraissait mortelle. C’était une fièvre, une amie de choix, qui lui offrait le moyen de prendre la fuite. Il revint à sa retraite et à sa prison tant désirée, et ne voulant plus commander, il ne sut qu’obéir aux paroles de son maître. Déchargé de tout fardeau, repoussant toute dignité, il jouit jusqu’à sa fin du repos qu’il avait tant réclamé .... En ces quelques vers, j’ai fait un léger tableau des gestes de Hetton; mais il suffit pour connaître sa grandeur, si l’envie ne vient pas obscurcir votre esprit . . . .“ Ces vers sont ajoutés au récit de la vision de Wettin fait par Walafride Strabon, deux ans après (pie Hatton eut renoncé à l’épiscopat. En voici le texte donné par M. T rouillât, dans les Monuments de V Histoire de l’ancien Evêché de Bâle (t.f. pag. 1 02) :
Pastor ovile tenens, cujus pars magna profams Actibus insistens, Christi de valle viavit,
Provida quippe Dei talent sapientia patrem Gonstituit, qui cuncta sacris sub legibus arcens Ruretenus destructa novat, geminamque ruinam Elevât, inque Dei varium transmutât honorent; fnteriora medens, atque exteriora reformans.
Cujus ad ingenium nullus mihi senno redundat Narrandmn, quando specialis in orbe reluisît Doctus, in incnltis jaciens sacra semina sulcis I an-gus in auxilio, vita probus, aptus amori,
Justus in arbitrio, arte sagax, perfectior actu.
Quid moror ista canens? Gum posshn jure fateri,
Me nescire ahum, qui compensetur ad istum.
Dirigiturque maris trans æquora vasta profundi Græcorum ad proceres, scopulisque illisa carina Fudit onus, cunctumque virum, sed præsul ab midis Seque suosque manum Domino præbente recepit.
Versibus in paucis Hettonis gesta parumper Depinxi, brevitate tamen majora potestis.
Nosse, sub invidia si mens non vestra gravetur.
Croix donnée par Charles le Chauve à l’abbaye de Saint-Denis.