‹ Histoire des Évêques de BaleChapitre 52 sur 496 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Les Annales de Reichenau signalent la présence de l’évêque de Bâle, Odalric, à la consécration de l’église de S. Gall, que l’abbé Gotzbert avait fait rebâtir sur un plan grandiose dû à l’aréhitecte du roi Gerung. Cet événement qui est le seul où notre évêque de Bâle ait son nom attaché par l’histoire, arriva en 839. L’abbé Gotzbert avait mis sept ans à construire la basilique de S. Gall, de 830 à 839. 1 L’abbé de Reichenau, le bienheureux Erlebalde, avec quelques frères, l’évêque de Constance, Wolfleoz, celui de Bâle, et plusieurs princes allemands assistèrent aux splendides cérémonies de cette dédicace. 2

Nous ignorons la durée de l’épiscopat cl’Odalric. Quelques historiens de l’évêché, le P. Yoisard entre autres, fixent sa mort vers 840 3 et Sudan, dans la Basilea sacra (p. 111), assure d’après un vieux manuscrit, (vêtus M. S. codex) qu’il fut enterré dans la crypte antérieure de la cathédrale de Bâle, près de l’autel de S. Gall. Nous ne savons ce que valent ces affirmations; nous n’avons trouvé aucun document qui les appuie, et nous attendons d’autres découvertes plus précises pour être fixé sur ces questions. Ce qui est certain, c’est qu’en 859 Odalric n’était plus évêque de Bâle et qu’il avait un successeur, nommé Frédebert. Les documents font encore défaut pour l’histoire du successeur de l’évêque Odalric. Sans deux signatures que nous ont gardées deux conciles de France, nous ignorerions même le nom de ce prélat, mais il faut rappeler aux chercheurs mécontents des chartes anciennes, que Bâle fut entièrement détruite et ravagée au siècle suivant et que, dans ce nouveau cataclysme, l’histoire de l’évêché- dut perdre pour toujours ses plus anciens monuments et ses titres les plus précieux.

Nous savons donc, et c’est, tout, qu’après Odalric, il y eut un évêque de Bâle, nommé Frédebert qui parut au concile de Savonières, près de Toul en 859 (apud Saponarias). Ce concile fut tenu au mois de juin de cette année. Il était composé des évêques de douze provinces el des trois royaumes de Charles le Chauve, roi de France ou de Neustrie, de ses neveux, Lothaire, roi de Lorraine et Charles le Jeune, roi de Provence. Ces princes assistèrent au concile qui avait pour but de détruire le schisme, de rétablir la discipline, et de ramener à l’obéissance ceux qui avaient manqué de fidélité à leurs souverains.

A cet effet, les évêques obtinrent la permission des trois rois, de tenir des conciles dans les temps prescrits par les canons, ce qu’ils n’avaient pu faire pendant les troubles de la guerre. Le roi Charles le Chauve présenta une requête contre Wenilon, archevêque de Sens, où il disait que, malgré les serments de fidélité qu’il lui avait faits, il s’était joint contre lui, à Louis de Germanie, avec toutes ses forces et que, depuis que lui, Charles, avait recouvré son royaume, Wenilon avait continué dans sa révolte, en lui refusant les secours que l’Église de Sens lui devait comme à son souverain. Les évêques du concile écrivirent à Wenilon une lettre synodique qui porte entre autres la signature de Frédebert, évêque de Bâle; — Fredebert us Basil imsis épis copus. 4 * * * * Wenilon se réconcilia

1 Ratpert, moine de Saint-Gall, place à l’an 830 la reconstruction de l’église de S. Gall. Il ajoute:

„Quam (basilicam Gozbertus abbas) utique spatio septem annorum ad plénum edificando perduxit,

annoque nono dedicationem ipsius basilicæ perpétra vit . . .“ Pertz, Monum. hist. Germ. t. II. p. 66. —

Mgr Greith, évêque de Saint-Gall, fixe à l’an 839 la consécration de cette église. = 2 „ Udalricum

Basileensem11, Annales Aug. p. 74. — „Oodalricho Basileensi episcopo.11 Ratperti monachi S. Galli De

origine et casibus S. Galli, c. 6. apud Goldast., p. 25. — Les annales de Hepidanius fixent à 829, le

commencement des travaux et à 834, la dédicace de la basilique. “ = 3 P. Voisard, Histoire des évêques

de Bâle. = 4 Dom. Bouquet, rec. des historiens, t. VIL p. 582.

ÉVÊQUES DE BALE DU IXe SIÈCLE

avec Charles le Chauve et par là, évita le jugement des évêques, qui lui avaient ordonné de comparaître devant les prélats qu’ils avaient choisis pour le juger, trente jours après la réception de leur lettre.

Le concile écrivit aussi aux évêques de Bretagne, pour les engager à se réunir en rentrant sous l’obéissance de l’archevêque de Tours, leur métropolitain. On lut ensuite les canons qui avaient été faits, quelques jours auparavant, dans le concile de Langres. Nous y remarquons le canon suivant qui atteste la sollicitude de l'Église pour la culture des lettres :

„10e — Les princes et les évêques seront exhortés à établir des écoles publiques, tant pour les saintes écritures que pour les lettres humaines, dans tous les lieux où il se trouvera des personnes capables de les enseigner." — Citons encore le 14e canon: „On rétablira les hôpitaux fondés par les pieux empereurs, et les revenus en seront employés à la sustentation des pauvres et des étrangers. “

On pria aussi les trois rois qui assistaient au concile, de faire examiner les causes des pauvres par des ministres intègres, et de punir, suivant le pouvoir que Dieu leur en a donné, les adultères, les ravisseurs, jusqu’à ce qu’ils se présentent d’euxmêmes publiquement, pour être jugés par les prêtres, et soumis à la discipline ecclésiastique. 1 On voit que l’évêque de Bâle concourut par son vote et par sa présence au concile à d’excellentes résolutions qui attestent tout à la fois l’élévation de ses sentiments, et son zèle pour le bien de ses ouailles, par l’instruction et les œuvres de charité.

Notons encore que, dans ce concile de Savonières, les évêques de Strasbourg et de Bâle figurent parmi les prélats de Lorraine, d’où l’on peut conclure que leurs évêchés ne s’étaient point soumis à Louis le Germanique, dont Wenilon avait embrassé le parti ; circonstance qui avait provoqué les démarches du concile contre lui. 2

L’année suivante, 860, Frédebert se trouva encore au concile de Touzi (Tussiacense), dans le même diocèse de Tout. Charles le Chauve et Lothaire avaient convoqué cette assemblée pour rétablir la pureté des mœurs. Le concile s’ouvrit à Touzi — aujourd’hui Tusey, sur la Meuse, près de Yaucouleurs au diocèse de Toul — le 22 octobre de l’an 860. Il s’y trouva cinquante-huit évêques de quatorze provinces, parmi lesquels Frédebert, évêque de Bâle, - Fredebertus, Basiliensis episcopus — qui souscrivit aux actes du concile. On y fit cinq canons touchant à la discipline. — On excommunie les ravisseurs des biens de l'Église; on condamne les jurements, les parjures et les faux témoignages; on ordonne aux évêques de s’écrire mutuellement touchant les excommuniés, afin que personne ne communique avec eux, etc., etc.

A ses canons, le concile ajouta une lettre synodale signée par tous les évêques, adressée à tous ceux qui s’étaient emparés des biens de l’Église, pour les instruire du temps et de la manière dont on avait consacré des biens à Dieu, et du danger qu'il y avait de les usurper. Les évêques reconnaissent, dans la même lettre, la prédestination des élus, l’existence de la liberté dans l’homme après le péché fi Adam, et le besoin qu’elle a d’être guérie par la grâce pour faire le bien, la volonté de Dieu pour le salut de tous les hommes, el la mort de Jésus-Christ pour tous ceux qui sont soumis à la mort. Cette lettre, qui porte la signature de notre évêque Frédebert, mit fin aux disputes sur la prédestination. 3

Labbe., t. VIII. Reg., t. XXI. Hard., t. V. = 2 Trouillat, 1. 1. p. 1 10. = 3 Coll. reg. Conc., t. XXII. p. 684.

Page 1