CHAPITRE VII
emblème de sa dignité abbatiale, et dans sa gauche, le livre de la règle donnée par lui à son ordre, dont il porte le costume.
Au-dessus des voûtes, sur. le fronton, se trouvent personnifiées les quatre vertus cardinales, la Prudence, la Justice, la Tempérance et la Force. Le long de la frise supérieure et du soubassement, on lit cette inscription, gravée en magnifiques caractères du temps :
Qui s sicut Hel fortis medicus Soter Benedictus ,
Prospice terrigenas clemens mediator usias.
Inscription latine, entremêlée de mots grecs et hébreux : Qui est comme Dieu, fort, médecin, Sauveur? Benoît, jette un regard clément, médiateur, sur les souffrances terrestres. Prise mot à mot, cette inscription fait une allusion directe au nom de chacun des personnages du monument. Quis sicut Hel, est en effet la traduction fidèle du nom Michael, fortis se rapporte à Gabriel, dont le nom signifie littéralement force de Dieu ; medicus à Raphaël, médecin de Dieu ; Soter et Benedictus représentent l’un le Seigneur, l’autre S. Benoit. L’inscription a donc un double sens et, en même temps qu’elle exprime une invocation directe à S. Benoît, elle s’adresse également au Seigneur et aux trois archanges qui l’accompagnent.
Toute la face antérieure de l’autel est en or fin ; les figures, ornements d’architecture et autres, ainsi que les légendes, sont repoussés en relief. La façade repose sur un fond de bois de cèdre de 10 décimètres d’épaisseur, et le poids de l'or est d’au moins 35 marcs. Wurstisen, dans sa chronique de Bàle, à la fin du XVIe siècle, en portait la valeur intrinsèque à 7000 écus ou couronnes d’or, ce qui équivaudrait à peu près à 40000 francs de notre monnaie. En 1838, l’académie des beaux arts de Milan estima l’autel de Bàle 150000 livres. Elle attribua cette œuvre d’art à l’école lombarde. La société des antiquaires de Londres fut de cet avis, tout en y reconnaissant une influence byzantine, en raison du caractère des ornements et de l’emploi de mots grecs, ainsi que du monogramme grec du globe que le Christ tient en main.
Ce précieux monument fut enfoui à l’époque de la réformation, en 1539, avec les autres joyaux du trésor, dans un des caveaux de la cathédrale ; il y demeura jusqu’en I 834, sans que le secret qui le protégea durant trois siècles, ait été trahi. Lors de la séparation de Bâle-Ville el de Bâle-Campagne, l’autel d’or échut à Bâle- Campagne, qui le vendit aux enchères publiques à Li est al, le 33 mai 1836. M. Handmann, orfèvre de la ville, puis M. le colonel Theubet de Porrentruy, en devinrent propriétaires. Ce dernier en consentit la cession et la vente au gouvernement français, qui le plaça au musée de Cluny à Paris, où on le voit aujourd’hui. Cette vente, faite pour 40000 francs, fut autorisée par le ministre d’Etat, le 10 juin 1 854. 1
Avec la table d’or, S. Henri fil présent à sa cathédrale de Bâle d’une couronne de vermeil destinée à être suspendue dans le chœur; elle portait des lumières et le disputait en éclat à l’autel d’or. 2 L’empereur donna encore une croix d’or, couverte de pierres précieuses, renfermant, du sang de Notre Seigneur et un morceau de la vraie croix; — un encensoir d’or; une chasuble très riche portant des aigles brodées en or; — un trône impérial incrusté d’or, d’argent et d’ivoire; — un
1 Voir catalogue du musée de Cluny, p. 361. = 2 ,, Coronam auream, quæ a facie ipsius altaris elevata, cum ipso cristata cereis, fronte super! ia disputât claritate.“ Brev. Bas. ante 1461 in festo S. Henrici.