Chapitre G
Depuis e» 1 Jusqu'en G»©.
Saint Frémond Frodomundus.
( Frotkmundut, Rochmundus , Rothmundut, Fromundus. )
Vengeons ce saint prélat de l'oubli dans lequel la laissé notre nouveau bréviaire (*) , et restituons la vérité à la légeude de l'ancien.
Saint Frémond vint au monde à Brévands, près Carentan ; c'est (opinion de plusieurs de nos écrivains , et c'est le seul sens raisonnable que l'on puisse donner aux autres. Ce qui mililc en faveur de cette opinion» c'est l'usage que les habitons des paroisses de Saint-Frémond , et circonvoisines , ont conservé d'aller en pèlerinages et en processions à Brévands , comme au lieu sanctifié par la naissance de leur saint protecteur. Il est vrai que plusieurs auteurs nous parlent d'Evreux comme étant le lieu natal de notre évéque , mais ils placent cet Evreux en Cotentin , à deux lieues de la paroisse de Saini-Frémond , ce qui ne peut s'entendre que de Brévands.
Frémond , épris de l'amour de la vie cénobitique , jeta , au Heu qui a depuis porte son nom , les fondemens d'un monastère , dont il devint le premier supérieur, et d'où il fut appelé à l'évéché de Coutanccs. Nous ignorons la date de ces
(1) Celui de M. Diipont-PoureaL
état événemcns , mais nous savons qu'il était cvéqwc Tan 679; il nous res.e un monument d'une certitude incontestable , et précieux sous plus d'un rapport , qui en fournil lac preuve : c'est l'autel d'un monastère de filles , que cet évêque dédia le jour mi-août de cette anaée, dans la paroisse du H a m , sur un terrain qu'il avait obtenu des largesses du roi. Cet autel , dont la ville de Valognes à fait l'acquisition , et qu'elle a placé dans sa bibliothèque publique , dont il n'est pas le moins curieux morceau , est fait d'une pierre de tuf, de forme à peu près carrée, et porte une fert longue inscription , en majeure partie conservée , dont voici le commencement : « Le Seigneur Frémond , évèque et pasteur de la ville » de Coutanccs , a construit fidèlement , et dédié dignement r » ce temple et cet autel en l'honneur de Sainte Marie , Mère » du Seigneur. Celte fêle a été célébrée.à Ta mi-août, ; qu'elle » soit renouvelée chaque année à pareil jour. » Puis on lit sur le coté en face du célébrant : « La neuvième année du » règne de Thierry, roi de France, celui qui a la charge pasto- » raie de ses brebis, en l'amour du Seigneur, a élevé ce mo- » nastère (A.). >»
Nous ne connaissons pas d'autres faits de la vie de notre saint évèque , et nous ignorons le temps de sa mort et la manière dont il mourut. H finit ses jours dans son abbaye de Saint-Frémond ; ou du moins il y fut inhumé , car on y montrait encore récemment son tombeau , et son portrait peint sur le verre de la croisée.
Il nous reste maintenant à fournir les preuves du litre de saint que nous lui conservons ; elles nous sem bleui faciles à établir.
Lors de l'invasion Normande , nos Prélats prirent soin de soustraire les reliques de Saint Frémond en même temps que celles des Saints La ut et Romphaire ; les précieux restes
de ces trois hommes de Dieu ont suivi les mêmes migrations, et sont demeurés inséparables. Le livre des offices de Saint- Laut de Rouen nous apprend que les reliques de Saint Frémond étaient conservées en cette église , qu'aux principales fêtes de Tannée un cierge brûlait devant la chasse qui les contenait , et qu'on les portait aux processions avec celles de Saint Laut et de Saint Romphaire. Ce livre fort ancien , et composé , comme le dit l'auteur , suivant des livres plus anciens encore , nous reporte jusqu'aux temps qui suivirent de près l'invasion. Depuis lors , Dom Lemoine, prieur de cette maison , lequel vivait en 1470 , et après lui Dom Avice , également prieur, nous fournissent la preuve que les ossemens de notre saint évéque y ont été conservés , et son culte maintenu jusqu'à nos jours.
i Non - seulement l'honneur rendu aux reliques de notre Evéque démontre sa sainteté , mais encore l'office qu'on a célébré en sa mémoire, tant dans le diocèse que hors du diocèse. Le livre des offices déjà cité , qui n'est autre que l'ancien rituel deGontances , marque la fête de Saint Frémond du rit double-majeur , ainsi que celle de Saint Romphaire ; elle se célébrait le 24.* jour d'octobre. Orderic-Vttal nous apprend que , dès avant la fin de l'onzième siècle , il y avait dans l'abbaye de Fécamp un oratftire dédié à Saint Frémond. Aujourd'hui , cet oratoire est remplacé par une paroisse du même nom , qui croyait , il y a peu de temps encore , conserver quelques parcelles des reliques de son saint patron.
Pendant le dixième siècle , Roger du Hommet restaura le monastère de Saint Frémond ; Guillaume du Hommet, petitfils de Roger , l'enrichit de ses dons, et Richard, petit-fils de Guillaume , et Connétable de Normandie , sous Henri I , roi d'Angleterre , augmenta de nouveau ses revenus et l'attacha à l'abbaye de Cerisy. Or, celle abbaye , tant qu'elle a existé ,
a célébré le 24 octobre de chaque année la féle de Saini Frémond. Ses plus anciens bréviaires la marquaient en lettres rouges à la manière des fêles solennelles. L'on voyait en celte abbaye le portrait de cet évèque peint sur le verre d'une fenêtre et couronné de l'auréole ; marque distinclive qui ne s'accorde qu'aux Saints reconnus par l'église.
Quoi donc de mieux établi que les titres de notre Prélat au culte dû à la béatitude ? Cependant , il reste encore deux difficultés à lever : 1.° Le Frémond reconnu primitivement pour saint par les. églises de Goutances , de Rouen et de Bayeux , et en celte qualité honoré d'un culte public , est-il bien l'évéque de Coutances? N'est-ce point plutôt un Moine qui fut martyrisé en Angleterre , vers la fin du 9.' siècle , et dont on voyait le monument auprès du palais du roi Offa , non loin de Warwick , dans le comté de ce nom? Nous répondrons, que le culte de l'évéque de Coutances est plus ancien que le martyre du Saint Frémond anglais de nation , puisque ses restes avaient été précieusement conservés , et que nos prélats étaient en fuite avec eux du temps que celui-ci dut souffrir pour la religion. Nous répondrons en second lieu, que l'on a toujours cru dans l 'église de Sainl- Laul de Rouen , que les reliques de Saint Frémond qu'on y conservait inséparables de celles Saint Laut et de Saint Romphairc , étaient celles de l'évéque de Coutances ; et que les églises de Coutances et de Bayeux qui honoraient Saint Frémond , l'onl toujours honoré au même jour et par le même office que l'église de Saint-Laut de Rouen. Nous répondrons en troisième lieu , que c'est par une grossière erreur que le bréviaire de M. De Mâtignon fait arriver en Normandie les reliques du Saint martyr Anglais vers le commencement du dixième siècle , et ajoute que ce fut à leur occasion que Ton construisit le monastère du Hamj puisque nos évoques
étaîenfen foitc avec tes reliques de nos propres Saints, bien loin qu'en pût en apporter d'ailleurs dans notre diocèse; les Normans renversaient les monastères ; bien loin qu'on songeât à en édifier de nouveaux ; et en particulier ils venaient de détruire celui du Ham , ainsi que nous l'apprenons des auteurs du temps, entr autres de Robert Wace (B) ; puisqu'enfin le monastère du Ham avait été fondé phis de deux cents ans auparavant : savoir , en l'an 679.
2.° Pourquoi l'évéque deCoutances a-t-il été confondu avec le Saint Martyr Anglais ? Pourquoi l'évéque deCoutances est-il qualifié aussi du nom de Martyr? Ce nom lui convient-il réellement? La confusion s'est opérée après ta conquête de l'Angletsrre et à la faveur de la domination Anglaise . Le Saint Anglais , dont la mort était encore toute récente , et qui l'avait subie de la main des Normans euxmêmes , devait leur être bien plus connu qu'un évéque de Coulances , mort deux cents ans avant l'invasion ; il n'est donc pas étonnant que son culte ait passé d'Angleterre en Normandie , lorsque ces deux pays furent réunis sotts un même sceptre.
Mais , Saint Frémond , évéque de Coutances , a-t-il souffert le martyre ? Nous sommes porté à le croire , mais nous n'osons l'affirmer. Nous n'osons l'affirmer , parceque toutes les églises qui l'ont honoré d'une manière spéciale , ont toujours fait son office du commun des pontifes. Nous sommes porté à le croire , parceque tous les auteurs qui en ont parlé lui ont constamment donné le titre de martyr. Voici comme en parle un auteur ancien , qui écrivait d'après les actes du prieuré de Saint-Laut, et qui est cité par le Neustria Pia :
• Guillaume , dix-neuvième prieur de la maison , natif de la » paroisse d'Yvetot , lequel mourut en 1483 , fit ôtcr par les
• mains de ses religieux et en présence de témoins les re-
» iiqucs des Saints Laut et Romphaire, évêques de Cou- » tauces, et de Saint Fromond, abbé et Martyr, des an-
• ciens sacs de cuir , dans lesquels elles étaient renfermées ; » et les ÛT, déposer sur le maître-autel de 1 église du Prieuré,
• dans des chasses neuves. Le dimanche suivant , 27 du » même mois de mai 1470 , elles furent exposées à la véné- » ration du peuple , sur les trois autels de la dite église , et
• ensuite elles furent replacées par le même prieur dans
• leurs anciennes chasses , qu'il avait fait réparer. » Il ne faut pas être surpris de voir Saint Frémond qualifié d abbé dans ce passage , puisqu'avant d'être évéque de Coutances il avait été abbé du monastère de la paroisse qui porte son nom , qu'il n'avait pas cessé de l'être , ou qu'il le redevint , comme sa sépulture dans celte maison peut facilement le faire supposer.
Notes.
(A) Voici l'inscription de l'autel du Ham; à l'original elle est en lettres onciales, sans intervalles et sans ponctuation. Nous remplaçons par des lignes ponctuées les lettres et les syllabes maintenant effacées.
Autour de l'autel , sur la surface horizontale :
i Constantininsis urbis rectur domnut Frodomundus pentifex in honore aime Maria genetricis dni hoc templum hoc quoi n/tare construisit fidiliter adquœ digne dedicavit mente agusto medio et hic festus celebratus dies sit prannus singotur.
Au tour de l'autel , sur les quatre surfaces perpendiculaires :
f Anno H! Jain régnante Theodorico rege in Francia hoc
cinubium chingsit abens curam pasturalem in amore dni suarum ovium.
f Patravit coulas quam pulcherreme nec a morscbu
rum..... un... erpetua choro nexas verginale cum ma....
f Almessima cum ipsa vivant et exultent in etema secola.,. locum rex concessit ad istum cenubium ipsi etene.
f Primus cipit strue monistirium pentifex pluremus ateq... itéras par ept....nomero.
Il faudrait beaucoup de pages pour expliquer ce singulier latin, et suppléera ce qui lui manque. Nous renvoyons le lecteur aux explications données par MM. Trlgan, dans son histoire ecclésiastique , et de Gerville, dans sa notice de 1834.
Nous ferons une remarque sur l'indication de l'année du régne de Thierry de Chelles, pareeque c'est le seul point qui nous importe pour fixer notre chronologie. L'on ne peut donner à ces caractères cunéiformes que la.valeur d'une unité pour chacun; toute autre explication cadrerait mai avec le reste ; mais quelle est leur valeur collective? Leur position indique une multiplication ; par conséquent ils valent 9. L'on se servait de ci t e ma-
toUre de placer les chiffres en lettres romaines encore long» temps après: le livre de* visites d'Eudes Rigautt, récemment publié par M. de Caumont, nous en fournit bien des exemples» Eudes Rigault vivait en 1*50; Il écrivait „, pour 300, yu pour 1400, ^ pour 140 etc.
Or, la neuvième année dû régne de Thierry tombé en l'an «79; en effet, Thierry commença à régner en 670 ; il éprouva des vicissitudes, il fut renfermé dans l'abbaye de Saint-Denis, remonta sur le trône , et fut vaincu par Ebroin , mais enfla le commencement de son régne date de 670.
(B) A 11 Ham aveit riche abéie
Et bien assise et bien guernie t Hastainzs les terres lévllla Lavoir en priât, puis l'alluma.
(Robert W*ce, roman de Bhou).