‹ Histoire des evêques de CoutancesChapitre 18 sur 158 · G uyard W'illardii · texte numérisé non relu

G uyard W'illardii

(Wibardus, Widlardus, Vilardus, Wildu$, Wraldus.)

Nos registres porlcnl pour tout indice le nom de Fihardus,- or, on lit, tant sur les actes du sixième concile

de Paris , lonu Tan 829 , que sur les actes de l'assemblée de Tliionville , dans laquelle lui rétabli sur son trône le roi Louis-le-Ihbonnaire , Tan 835 , une signature conçue en ces termes : /f il/ardus epixeopux. Etienne Baluze a émis l'opinion que cette souscription appartenait à l'évoque de Coulanccs ; cette idée a paru un trait de lumière à nos compatriotes el ils s'en sont emparés.

Jetons maintenant quelques faits dans cette longue période , qui embrasse prés de deux siècles , el qui ne nous offre que des noms propres , el encore des noms accompagnés de plus d'une incertitude. On place en l'an 709 une violente invasion de la mer dans la forèl qui longeait les côtes de notre diocèse, In vent de Sud-Ouest , qui souillait constamment depuis plusieurs mois avec une grande violence , renversa tous les arbres dans le sens de sa direction , el accumula les eaux de l'Océan en lellc quantité sur nos rivages , que la marée de mars, aidée de toute son impétuosité, franchit les limites ordinaires et conquit une grande étendue de pays. Cependant , ce ne fui qu'en l'an 8G0 que la forêt fut totalement submergée, alors les îles de Jersey , Cucmcscy et Aurigny se trouvèrent licaucoup plus éloignées du continent qu'auparavant ; Chausey devint une île , ainsi que les Ecrehous , mais avec une bien plus grande étendue qu'elles n'en ont maintenant. I /Océan respecta le monastère de Seiscy , et vint briser ses vagues auprès des restes de Saint Gaud , de Saint Pair , de Saint Aroaslre , de Saint Escouxillon et de Saint Sénier.

En 709 , Saint Aubert , évéque d'Avranclies , jeta les fondemens de la célèbre abbaye du Monl-Saint-Miclicl , dont nous aurons souvent occasion de parler dans le cours de cet ouvrage.

En l'an 805 , Cliarlemagne dut (aire un voyage en Neus-

trie , et visiter spécialement notre diocèse , dont il fortifia tous les lieux susceptibles de défense. Ce grand prince prévoyait déjà les incursions de pirates du nord , et désirait mettre d'avance son royaume à l'abri de leurs brigandages. 11 eût été en effet à l'abri , si son épée eût continué à le protéger; mais ses faibles successeurs ne surent pas la tenir haute et ferme. C'est dans cette tournée qu'il dut fonder l'ar* baye de Saint-Laut, dans laquelle il mit des moines en la règle de Saint Crodegant ; et donner à l'église de la viîfe une parcelle de la vraie croix , de laquelle cette église a pris et porté depuis lors le nom de Sainte-Croix ; auparavant) elle s'appelait du nom de Saint-Etienne. H est vrai que ces faits ne sont pas prouvés , mais ils sont traditionnels , et celte tradition est si universellement admise parmi les auteurs , que nous n'avons pas cru devoir les passer sous silence.

En l'an 787, mourut à Pierrepont, monastère dépendant de l'abbaye de Fontenelle (*) , l'abbé Gui, désigné dans la chronique de cette abbaye sous le nom de Wit-Laïcus. A la mort de Gui, Gerbold (2), évêque d'Evreux, chapelain de de la reine Gertrude , demanda l'abbaye de Fontenelle, et l'obtint par la protection de la reine. 11 se retira aussi à Pierrepont, qui parait avoir été alors la maison de plaisance des abbés de Fontenelle , et il y finit ses jours le iU juin de l'an 806. Gerbold , l'un des diplomates les plus fameux de ce temps , est célèbre par la faveur qu'il obtint à la cour de Charlcmagneet les ambassades dont il fut chargé par ce grand prince. Nous n'en parlons ici que pareequ on l'a confondu avec deux personnages avec lesquels il n'eut jamais de rapport : 1° avec un évêque dégradé au concile de Francfort de

(1) Depuis lors appelée de Sainl-Vandrille ; au diocèse de Rouen.

l2) Gerboldus, Gcrvoklus, Girovatdus, été.

Fan 794. Le concile île Francfort était assemblé tic ton» les étais tic Gharlcmagne , le Gcrbold qui y fut dégradé ne put faire preuve d'ordination , ni d'appartenir à une église quelconque ; or, au contraire , le confesseur de la reine était un prélat bien connu , cl d'ailleurs il avait déjà renoncé depuis sept ans aux fonctions de l'épiscopal pour une abbaye non moins connue. 2° On l'a confondu pareillement avec uu Saint Girbou, patron de la Mancellière, au doyenné d'Isigny , et de l'ermitage de Gralol , près Goûtantes. Que l'abbé de FontencHe soit un Saint, nous l'espérons avec confiance , mais rien dans sa vie ne nous en offre la garantie ; si ce n'est la chronique de Fonlenclle , qui , tout en lui donnant ce titre , nous le représente comme un courtisan occupé tics alfaires du temps cl immiscé dans la baule politique. Nous savons seulement qu'il était dévot à Saint Wandrillc , cl que dans une tempête , dont il fut accueilli sur mer , en revenant d'ambassade de l'île d'Agna , il lit vu;u de porter toujours suspendues à son cou les reliques de ce Saint. Le testament qu'il lit avant de mourir fournil la preuve qu'il élaii fort riche, amateur de livres cl de beaux ornemens d'église.

Quant au monastère de Pierrcponl, tout prouve qu'il était situé dans la paroisse de ce nom , au lieu où est l'église Saint-Sauveur.

Nous renvoyons au chapitre suivant un autre événement plus important cl plus singulier que tous ceux-ci.

TABLEAU DE L'HISTOIRE CONTEMPORAINE

t GOUVERNEURS DE LA 5KLSTRIK.

Pépiu-le-Brcf , avant de monter sur le trûne.

Gui , comte des Marches bretonnes.

Madclgaut , et en môme l2inps Maiguaid , archevêque de Rouen.

ÉVÉAEHEXS MÉMORABLES.

813. Passage de Louis-lc- Débonnaire, qui allait combattre Mormant , roi de Bretagne.

838. Invasions des Normans. Beaucoup d'auteurs rapportent à celte année l'invasion de Bier et de Hastings.

Ils pillèrent les îles, le Vaille-Saire, et se retranchèrent dans la Hague , derrière le llague-Dik.

Notes,

seignemens sur tous ces prélats et plusieurs des sulvans , ainsi que plusieurs de ceux qui précédent ; mais , que les renseignemens manquent absolument. 11 est vrai que Rouaull en a écrit bien plus au long ; mais presque tout ce qu'il en a dit n'est qu'une pieuse amplification : par exemple , il suppose que le successeur avait toujours été élevé sous les yeux et même dans la maison de son prédécesseur , qu'il fut toujours élu par le clergé et le peuple de la ville épiscopale ; or, ces deux suppositions sont purement gratuites ; car , tout en admettant l'élection , il faudrait cependant tenir compte du caprice des choix populaires ; mais cette élection même est fort contestable , puisqu'on voit par plusieurs canons du premier concile d'Orléans, que nos rois se réservèrent la part principale dans le choix des évéques ; et il y a des historiens graves , tel que Hénault , qui prétendent que sous la première et la seconde race le roi nommait directement aux évéchés. De plus , si on rejetait des témoignages aussi imposons , il faudrait encore compter pour quelque chose l'irrégularité des temps , et se souvenir que par le traité de Compiégnes, de l'an 869, Charles-lc-Chauve se réserva la nomi- ' nation aux sièges vacans. Que dire aussi de toutes les dates qu'il établit et de tous les personnages qu'il fait entrer en scène ? Mais il serait trop long de relever toutes les erreurs dont il fourmille. Peut-on écrire autre chose que des erreurs quand on arrange les rails et les événemens suivant la manière dont ils. ont dû arriver, dans l'ignorance où l'on est de celle dont ils ont existé réellement? Un auteur qui se respecte , et qui craint de blesser la vérité , ne procède que d'après des raonumciis certains, et se tait sur tout le reste.

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