Erlbbaut Herleholdus
( Herlebaidus , Heîleboldus.)
En 90G , le diocèse était sous la juridiction d'un prélat du nom d'Erlebaut , dont il reste une signature ; elle est apposée à un acte de permission donnée aux Moines de Nanteuil de construire un monastère à Corbeny (1) , et d'y déposer les reliques de leur saint fondateur. Nous n'en savons pas davantage. Nous reviendrons sur cet acte (B).
Pendant f épiscopat de quelqu'un de ces évôques , Saint Clair illustrait notre diocèse de ses vertus et de ses miracles. Né en Angleterre vers le milieu du neuvième siècle , il se crut appelé à la vie cénobitique , et passa en France dès sa jeunesse , pour chercher dans ce royaume une solitude inconnue aux auteurs de ses jours et au* amis de son enfance- Il se fixa d'abord a Nacqueville , près Cherbourg , et s'y construisit un ermitage ; mais ensuite , chassé de ce lieu par les habitans , ou peut-être plutôt par les premiers essaims des pirates Normans , il se relira au monastère de Madwin,
(1) Dans le Laonnais, a 5 lieue» de Reims. Les rois de France allaient après leur sacre en pèlerinage au prieuré de ce lieu , nommé le Prieuré-de-Saint-Marcou ; il n'était pas moins célèbre par la dévotion qu'y avaient les personnes affectées des écrouellcc
qu il abandonna bientôt pour se faire de nouveau un ermitage dans les environs. Ses vertus et ses miracles y attirèrent nn grand nombre de personnes, parmi lesquelles Use trouva une femme , qui y revint pour des motifs moins purs. Elle osa déclarer au sa intermite une passion criminelle ; saisi d'horreur , il s'enfuit et erra pendant plusieurs années en différons lieux. Enfin cette femme , qui ne cessait de suivre ses traces pour le surprendre et le faire assassiner, finit par découvrir sa dernière retraite , qui était dans le Vcxin , au bord de l'Epie ; elle y envoya deux assassins , qui lui tranchèrent la tète. Les actes de Saint Clair ne nous présentent pas d'autres faits certains. L'auteur prétend que le saint martyr avait été ordonné prêtre par lcvequc Seginand : cela pcul-èlrc.
Depuis long-temps le Cotentin était le refuge des pirates , car, dit Fauchct, dans son hisloirc des antiquités, « du temps même de nos rois Mérovingiens il était habité par les Sènes ~ pirates, » mais alors il en devint la proie. Les Normans vinrent tous les cinq ans , cl peul-élre plus souvent , y exercer leurs déprédations. La plus mémorable expédition , celle dans laquelle ils s'y fixèrent définitivement , est rapportée par les registres de la cathédrale sous l'an 837 ; plusieurs auteurs ont pensé que c'était trop tôt de quelques années. Bicr et Haslings (1) , qui la commandaient , ont rendu leur nom fameux dans l'histoire de nos désastres. Les acles du diocèse représcnlenl les Normans comme des hommes féroces , sans bonne foi dans les traités, sans pi lié dans la guerre, mais surtout comme des persécuteurs acharnés de la religion chrétienne. Albéric le chroniqueur nous les peint au contraire
(t) Il est des écrivains qui reculent l'invasion de Bicr jnsqu'en 866. Il est vrai qu'en celle année il remonta la Seine , mais ce n'est pas une raison pour qu'il ne fût pas venu précédemment au Colcnlin.
comme des soldats valeureux , mais des hommes « doux , gracieux , et affables. » Il y a de l'exagération et de la vérité de part et d'autre. Les Nonnans ne faisaient nul quartier à tout ce qui résistait à leurs armes, ils ne respiraient que lepiH lage ; mats ils ne commettaient le meurtre et l'incendie que quand ils croyaient en avoir des raotifis. La religion chrétienne elle-même n'était l'objet ni de leur amour ni de leur haine ; ils ne reconnaissaient en elle rien de sacré , ainsi ils ne se faisaient nul scrupule de piller les églises et les monastères. S'ils éprouvaient de la résistance , ils détruisaient tout ; s'ils rencontraient un monastère que ses moines eussent abandonné , ils L'incendiaient; mais ils laissaient volontiers debout une église, une communauté, qui avaient moyen de se racheter à prix d'argent (1). 11 est vrai que l'effet de ce rachat n'était pas de longue durée , car un autre corps de ces pillards venant ensuite et trouvant la maison ruinée , la détruisait pour se venger de n'y rien trouver. Enfin, le sabre de ces durs habilans du nord , la terreur de leur nom , la guerre en règle qu'ils tirent a toutes les villes et à tous les lieux fortifiés , curent bientôt mis le diocèse dans le plus grand étal de déso lation. Us s'étaient établis à demeure dans le fond de la Hague , s etaieut retranchés derrière le Hague-Dik (C) , et de-là s'élançaient sur le reste du diocèse , tantôt sur un point , tantôt sur l'autre Jusqu'à ce qu'enfin ils eussent tout dépouillé. Dans ces diverses excursions , ils détruisirent la plupart des églises et des monastères , l'office divin fut interrompu ; 1 église fut dans le deuil pendant soixante-quatorze ans , au îapporl de nos mémoires. Il n'y eut plus de pasteurs ostensibles , le culte chrétien parut être aboli. Cependant on avait soustrait une partie des précieuses
(ij Fonlenelle se rachcla , moyennant 25 livres pesant d'argent.
reliques de nos Saints aux profanations de ces infidèles. Les reliques des Saints Marcou , Criou el Domard avaient été transportées à Kosni (!) ; elles furent transférées de là à (iassieourt (*) , puis à Mantes ; en 906 elles fuient de nouveau transférées à Corbény par ceux des religieux de Nanleuilqui restaient encore, et qui obtinrent la permission de bâtir un monastère en ce lieu. Les reliques des Saints Pair , Kseouvillon el Sénier furent transportées a Paris ; l'on y fait l'oflice de celle translation au 17 d'octobre. Quelqu'un de nos évêques prit soin de celles des Saiuts Laut , Romphaire clFréinond, el les transféra àBayeux, où il les croyait en sûreté , la ville étant défendue par de bons remparts. Elles furent enveloppées dans des sacs de cuir, enfermés dans des coffres d'un bois solide , et inhumées devant le portail de la Cathédrale. Mais comme on vil que Baveux ne tiendrait pas devant les Normans plus long-temps qu'un si grand nombre d'autres villes aussi bien et mieux fortiliées qu'elle , il fallut songer à les exhumer , pour les transférer plus loin ; elles furent donc emportées jusqu'à Thouars en Poitou. L'on n'eut pas le temps probablement de sauver celles des Saints Floxcl , Sever el Gaud , car elles restèrent en place ; quant aux autres on ignore ce qu'elles devinrent. Lorsque , par suite de la conversion des Normans, le calme eut été rendu à l'église , nos évêques accordèrent à différens lieux des parties considérables de ces saints restes , oubliant de les restituer à leur cathédrale ; quelqu'un d'eux pensa cependant à faire élever devant le portail de la cathédrale de Bayeux une fort belle croix de pierre , en mémoire de leur sépulture en ce lieu.
(t) Bourg de France , à une lieue de Mantes. (2: Prieuré de Bénédictins près de Mantes.
Cependant le Roi de France netait pas resté paisible spectateur des désastres de son royaume , mais il n'employait pour les arrêter que des moyens impuissans. îl opposa les Bretons aux Normans ; par un traité de Compiègne , en Tan 869 , il céda la Neustrie à Salomon , Roi de Bretagne , à condition qu'il s'opposerait aux Normans , et ne se réserva que la nomination aux évéebés. Ijcs Bretons entrèrent en effet dans la Neustrie ; ils remportèrent même , en l'an 878 , une victoire sur les Normans , dans les environs de Coutances ; et à cette occasion , Albin , fils de Salomon , qui croyait avoir suffisamment établi sa domination , donna Hambye à l'église de Nantes , pour la dédommager des pertes que les Normans lui avaient causées ; car ceux-ci , profitant de l'absence du Roi de Bretagne , étaient allés ravager ses états , tant pour s'y enrichir par le pillage , que pour l'y rappeler , et se débarrasser ainsi de sa présence dans la Neustrie. La cession de notre province aux souverains delà Bretagne fut donc de nul effet : en 866 , les Normans s'étaient emparés de Coutances , ils s'emparèrent peu à peu du diocèse ; en 890 ils se trouvèrent maître du tout par la prise de Saint-Laut.
TABLEAU DE L'HISTOIRE CONTEMPORAINE
DUCS OU GOUVERNEURS PB I.A NFUSTniE.
8&0. La Nonstric csl dîvisée , el une partie est cédée à l'empereur Lothaire.
85S . Louis-le-Germanique enlève ilt» nouveau une par lie de la Pieisirie à Charlcs-lc- Chauve.
8G0. Robert-le-Forl , irisaïeul de llugucs-Oapel, créé «mite de la Ncuslrie.
8G9. Salomon , roi ou due de Bretagne , souverain de la Neustrie