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dire ici , qu il s agissait d'un conÛit entre les juridictions laïque et ecclésiastique : la question principale était celle-ci : la juridiction ecclésiastique est-elle , ou n'est-elle pas , une usurpation des droits royaux. Pierre de Cugnières, avocat conseiller au parlement de Paris, soutint la cause laïque , avec lalent, chaleur^ éloquence , en présence du roi et du parlement en grande assemblée. Bertrand , évéque d'Autun , Pierre Roger, archevêque de Sens, auxquels avait clé adjoint pour conseil l'évéque de Cou lances , plaidèrent pourj l'église et gagnèrent leur cause. Tout Paris , et surtout le peuple clerc , prit part à l'affaire. Pierre de Cugnières fut couvert de ridicule , accusé même d'hérésie , et baptisé du sobriquet de Picrre-du-Coignel : par allusion à une petite stalue , placée dans un coin de l'église Notre-Dame , au nez de laquelle les enfans de chœur allèrent éieindre leurs cierges. Mais ceci est l'affaire de la populace , et non des prélats , qui n'employèrent pour combattre leur adversaire , que des armes avouées par l'honneur et la justice*
Si celte querelle peut donner à notre évéque quelque célébrité , le soin qu'il prit du gouvernement de son troupeau , et du bien-êlre de son église , doil le rendre bien plu9 recommandable. Nous avons déjà parlé delà rénovation qu'il fit faire des tilres de la Cathédrale : plus lard , il transféra en celte église le chapitre de la chapelle ducale de Cherbourg , ainsi que ses biens. Mais pour en conserver le souvenir, et se conformer aux pieuses intentions des fondateurs , il ordonna que Ton fit à perpétuité , à certains jours de chaque année , l'office de celle chapelle. Par un autre acte , beaucoup plus important , à la date de 1538 , il régla , d'accord avec son chapitre , deux graves questions ; premièrement celle de la prière capilulaire : le psautier fut partagé entre les chanoines , de manière à être récité chaque jour
en entier dans la calhédrale, et cela sans préjudice de fof-
lice fhuiilô. La seconde question fui celle de la présentation aux bénéfices qui étaient à la nomination du chapitre : le droit fui donné à chacun des chanoines , par quinzaines , et à lour de r<»le ; il n'était rien de plus propre a éloigner les brigues , à étouffer le népotisme , à contenter tous les chanoines à la fois. Ce fut à celte occasion que févèque prononça ces bel les paroles , si dignes d'être recueillies (t) : une charité si forte cl si grande doit unir les confrères , que quand il s'agit du bien commun , la volonté personnelle et la détestable ambition ne puissent se produire ; afin que l'union ?e fortifie par de continuels aceroissemens. L'évèque , en sa qualité de premier chanoine , prit à sa charge les huit premiers psaumes , et se réserva la nomination aux bénéfices pendant la première quinzaine. Le prébendé de I^engronne eut les sept psaumes suivans , cl la présentai ion aux bénéfices pendant la seconde quinzaine. Le prébendé de Saint- Loucl eut les quatre psaumes suivans et la troisième quinzaine , et ainsi des autres. Ce règlement nous apprend que les abbés de Trouars , de Saint-Taurin d'Évreux , et le prieur de Saint-Laut de Rouen étaient chanoines de la cathédrale de Coulanccs ; ce qui , en y comprenant l'abbé de Lcssay , faisait quatre chanoines non résidons; mais, vu leur absence , ils n'eurent point de part à la distribution de la feuille des bénéfices , et ne furent point charges de la récitation des psaumes.
L'auteur des Nuits - de - Blanchelande nous apprend qu'en Tan 13A5 commença une grande mortalité , qui dura trois ans , et qui enleva le» deux fier» des homme» et
\\) Talis et tanta débet vigere charita» inter fratres , ut , in ayendit communibus , cestet pronit* detestaruU* ambition** voluntas, ar animorum unitas , per incrementum rontinuum invalescat.
de* femmes , par lout le diocèse. Les caractères de celle maladie ressemblent fort à ceux du choléra-morbus. C'est peut-être à elle qu'il faut attribuer la mort de l'évéque. Il mourut au Mcnil-Garnier , le dernier jour du mois d'octobre 1345 , à lage de soixante-dix ans (i). Le deux novembre suivant , il fut rapporté à Cou tances , et inhumé dans le chœur de la cathédrale. Il y a lieu de croire cependant que Ton ne transféra à Coutances qu'une partie de ses dépouilles mortelles , soit ses entrailles ou son cœur , car on voyait aussi son tombeau dans l'église du Ménil-Cai nier , et cette église ayant été changée d'emplacement , le tombeau fut placé dans le mur du cimetière , où les curieux allaient le voir encore long-temps après.
Guillaume de Thicuville portait pour armes , d'argent à deux bandes de gueules , accompagnées de sept coquilles de même , [trois , trois et une.
•2.° Louis d'Erquery.
( De Quercy, d'Équercy. )
Après la mort de Guillaume de Thieuville , Louis d'Erquery , natif de Béarn ais , chanoine de Paris , conseiller du roi , et son premier aumônier , lils de Raoul Herpin , grand panelier de France , fut pourvu de levêchc de Coutances , par le roi et avec l'agrément du souverain pontife.
Ce prélat , doué des plus belles qualités , fut retenu presque constamment loin de son église par l'état d'anarchie dans lequel était notre malheureuse province. Il fut même obligé
(1) L'obituaire de la Pcrrine, presque partout en contradiction avec ceux des autres communautés > dit les calendes de décembre.
de laisser en garde dans le prieuré de Saint-Liut de Rouen ses insignes pontificaux. Il y a apparence qu'il ne vint que deux fois à Coulanccs : la première en 1352 , pour y exercer .ses fonctions; et la seconde en 13 54 , pour y lever l'argent d'une décime accordée pour deux ans , par le souverain pontife y au roi de F rance. Sa commission de collecteur est à la date du 3 mars de celte année.
Si son église délaissée dut déplorer son absence , il encourut aussi le blâme de ceux qui le voyaient vivre tranquille , au milieu de la cour du prince : nous lisons dans l'histoire île Charles VI , par I^elabourcur , que cet évêque disant un jour la messe à Saint-Denis , l'un des assistans afTecta de rester debout pendant les élévations , et qu'en étant sévèrement repris par un moine qui s'en trouva offensé , il répondit: je ne m'agenouille point , parce que je ne crois pas au Dieu île cet évéque ; s'il y croyait lui-même , il quitterait la cour , pour aller gouverner son église.
Avant Louis d'Erquery , nos prélats s'intitulaient simplement humble» serviteur» de F église de Coutances , mais celui-ci , dont la nomination avait été faite directement par le roi , et confirmée par le pape , s'intitula évéque par la miséricorde de Dieu et la grâce du Saint-Siège. Houaull a écrit mal à propos qu'il avait été le premier à introduire en France celle formule ; elle appartenait à tous ceux qui avaient éléj nommés au lieu d être élus , et elle csi devenue générale lorsque la nomination a eu définitivement remplacé l'élection. Quant à cette nomination elle-même , on peut dire qu'elle fut nécessitée par l'état déplorable dans lequel la Normandie se trouva plongée par l'invasion de l'armée Anglaise. Les actes du diocèse , de celle époque , sonl presque tous intitulés en l'absenvc de Térèque (1) ; les actes
^t) Ludovko in remoti» aytnte.
du gouvernement , tek que tenues de couseils , lits de justice , sont au cou traire presque tous souscrits de la main de Louis d'Erquery. Cependant il reste aussi un certain nombre d'actes du prieuré de Saint-Laut de Rouen , qui prouvent que cette maison était fréquemment pour lui un lieu de délassement , et qu'il y faisait ses fonctions épiscopales , comme en son diocèse. H y était , lorsqu'en 1366 Charles V visita la ville de Rouen ; il .s'avança à la téte de la procession , dépassant tous les autres prélats , pour présenter , en sa qualité d'aumônier , le livre des Evangiles au baiser du Roi ; mais un irrespectueux archidiacre du pays d'Auge , nommé Bernard de Carit (*) r saisissant l evéque par le bras , le força de reprendre sa place , et présenta luimême aux lèvres royales le livre liligieui. Ce Bernard de Carit devint bientôt après évoque d'Evreux.
Louis d'Erquery mourut au prieuré de Saint -Laul de Rouen , l'an 1370 , et y fut inhumé dans l'église ; son portrait fut peinlsur le verre d'une croisée , ainsi que ses armes.
Pendant qu'il avait passé des jours tranquilles à la cour , ou dans le repos de sa maison de Rouen , sa malheureuse église avait eu à supporter les plus grandes douleurs , par reflet des guerres. Ceffroi d'Harcourt avait donné son château de Saint-Sauveur-le-Yieomte anx Anglais , qui détruisirent bientôt l'abbaye , dont le voisinage les incommodait , et qui allèrent incendier celle de Lessay , le 11 juin 1356. Quelques années plus tard , celle de Saint-Sever fut changée en une caserne, par Charlcs-le-Mauvais, roi de Navarre. Le sol du diocèse était couvert des troupes de trois peuples ennemis : les Français , les Anglais et les Navarrais ; les habitant» étaient divisés , de sorte que la guurre civile et la guerre étrangère étaient flagrantes tout à la fois. En temps
.,1) Uenvardun Caritu
de guerre , il était dévasté par les uns ou par les autres , suivant la cbance des combats ; en temps de trêve , il l'était par les uns et les autres , parce qu'ils y étaient tous en qualité d'étrangers ; en tout temps , il était désolé par ses propres citoyens, qui cherchaient à se détruire les uns les autres. Dans celle fatale collision , les églises et les monastères ne furent nullement épargnés ; de sorte que l'on ne voyait partout que la misère et des ruines. Cependant , la cathédrale évita le pillage , à l'abri des remparts qu'y avait élevés Robert d'Harcourl. Il est vrai qu'en l'an 1S56 elle fut assiégée dans les formes par (.effroi d'Harcourl , mais ce fut inutilement. S étant trouvé forcé de lever le siège pour aller audevant d'un corps de troupes, envoyé par le régent de France au secours de la ville , il le fît avec Uni de précipitation qu'il laissa une partie de ses machines de siège sur le lieu même , comptant peut-être revenir aussitôt s'en servir de nouveau ; mais il perdit la bataille et la vie. On conserva long-temps dans la cathédrale une de ces machines , en mémoire de l'heureuse délivrance de cette église , qui avait déjà beaucoup souffert et qui était près de présenter une brèche aux assiégeans.
Dom Dessin , les auteurs du Gallia-Christiana , M. Démons et quelques autres écrivains , placent en 1361 , 1362 ou 1364 , un évêque de Coulantes du nom de Jean , sur la < foi d'une seule signature apposée a l'acte d'hommage de Jean de Monlfort , duc de Bretagne , au roi de France , Charles V , le 13 décembre 1366. Il est vrai que cet acte porte la souscription de Jean , évéque de Coulances , parmi celles des autres prélats de Normandie ; mais il y a nécessairement une falsification , car Louis était encore évêque de Coulances en 1368 , comme le prouve sa présence au baptême du prince Charles , fils de Charles V , célébré en l'église Saint- Paul de Paris, le mercredi 21 décembre de cette année. H
le lai l encore en 1360 , puisqu'il assista en celle qualité à un lit de justice tenu le 9 mai. Kl les actes du diocèse , de l époque à laquelle on place Jean , sont au contraire intitulés Ludovico in remoti* a g en le.
Louis d'Erqucry portait pour armes , d argent , au lion de sable , lampassé de gueules