‹ Histoire des evêques de CoutancesChapitre 47 sur 158 · Sylvestre de la cervelle · texte numérisé non relu

Sylvestre de la cervelle

Le 27 mai 1371 , Grégoire XI (t) , sur la présentation du roi de France , promut à l'évêché de Coutances Sylvestre de la Cervelle , tils de Jacques et de Jeanne Despins. La famille de la Cervelle , alliée de irès-près à celle du célèbre Duguesclin, tirait son nom d'un tief situé dans la paroisse de Sainl- (ieorges-tle-Roslambaut , diocèse de Rennes , sur les confins de celui d'Avraiichcs. Elle a habile la paroisse du Désert , dont elle possédait le patronage , mais alors elle demeurait dans celle de Saint-James-de-Beuvron , où naquit Sylvestre.

Cet excellent et pieux éveque , qui obtint et qui mérite les éloges de l'histoire , ne larda pas à venir habiter son diocèse, dans lequel il résida constamment , sauf quelques rares intervalles , pendant lesquels il fut en fuite devant les poursuites des armées anglaises qui dévastaient le Colentin. Alors il résidait au prieure de Saint-Laul de Rouen , et il y faisait ses fonctions épiscopales , comme en son diocèse. Pendant le reste du temps , il était au milieu de son troupeau , s'occupant de la tenue de ses synodes , de la visite de son diocèse , de la correspondance avec ses curés, du maintien de la discipline ecclésiastique. Il força , sous peine de censures , les

t) Ceci ne s'accorde pas avec Rouault, mais est conforme à Toustain de Billy , que nous préférons suivre.

curës à la résidence ; changeant en ce point l'ancienne discipline , que Robert dUarcourt avait maintenue , et les obligea de prendre, pour s'absenter» sa permission par écrit , ou celle du souverain pontife. Après les prêtres employés dans le ministère , les aspira ns au sacerdoce appelèrent son attention : il leur imposa l'obligation de subir des examens , fixa le degré de science qu'ils devaient acquérir , les obligea d© se fournir, par acquisition et non par emprunt, les livres nécessaires à leur instruction , et à l'accomplissement de leurs fonctions cléricales. Après le sacerdoce , le lieu saint fut l'objet de ses soins, il fit tous ses efforts pour obtenir le respect qui lui est dû ; il imposa une amende de cinq sous à tous ceux qui s'y comporteraient mal; cette somme était d'une valeur beaucoup plus considérable alors que maintenant.

Tous les soins de Sylvestre ne se bornèrent cependant pas au gouvernement de son troupeau , car il prit une part active à la guerre qui se 'faisait dans le Cotentin , entre les d'Harcourt , appuyés des Anglais % d'une part j et de l'autre , le roi de France. Au mois de juin 1374 , il assista au siège du château de Saint- Sauveur-le-Vicomtc , avec l'amiral Jean de Vienne , le célèbre Bertrand Duguesclin , son parent , cl le maréchal de Blainville. Cet attachement bien connu de Sylvestre pour la France, le rendit si odieux aux d'Harcourt et à ses alliés , les Anglais, qu'il fut souvent obligé de fuir devant? leurs menaces et leurs embûches. 11 serait difficile de se faire une idée exacte de la désolation du diocèse pendant celle guerre déplorable. Une grande partie des champs restait »ans culture , et les champs cultivés étaient dépouillés par les fourrageurs. La suile inévitable fut une affreuse famine, après laquelle vint une peste non moins affreuse. La mortalité fut si grande, que les vivans ne su (lisant plus à enterrer les mûris , les cadavres pourrirent dans les champs , ou lu-

reni dévorés par les bêles. C 'était , depuis peu de temps , U

troisième fois que celle maladie si terrible désolait nos ville* et nos campagnes : la première fois, ce fut sous l'épiscopat de Guillaume de Thieu ville, et la seconde, sous celui de Louis d'Erquery. Les auteurs du temps, témoins de la profonde immoralité des chrétiens d alors, n'hésitent pas à dire que tous ces maux en étaient la vengeance, et que le bras d un Dieu irrité sappésantissait visiblement sur un peuple coupable. Voici comme en parle Grossus (*) , prieur de la Bloulièrc : « Combien que le monde fust merveilleusement

• appeticé et dcslruii par les guerres, par les loups et par

• les trois mortalités, tout en mon temps j et est devenu un » monde loul nouvel : gens estranges qui ont emmené raal- » verses manières , toz péchiez et malverses accoutumances

• de se vestir, de chausser, de bère , de mangicr, de chanter,

• de subtilité eu mal Juslice temporelle ne spirituelle,

» ne corrige ne homme ne femme , mes loi esl deshonlé. »

Le bon , ou plutôt , l'excellent et charitable prélat qui gouvernait le diocèse , dut-il manquer d'occupations cl de douleurs dans un temps aussi rempli de calamités ? Enfin , après un si pénible ministère , le pieux Sylvestre décéda , bien méritant du peuple et de l'église , le 5 septembre de l'an 1386. C'est lui qui avait fait construire la jolie chapelle de la Vierge , au haut du choeur de la cathédrale , cl que l'on a nommée indifféremment la Cerclée , la chapelle des en fans de choeur et de la Vierge , dans laquelle on faisait l'appel des curés au synode de Pâques. Comme il n'est rien qui n'encoure le blâme des uns , en même temps que les éloges des autres , il a été condamné par quelques architectes , qui prétendent qu'elle gâte l'économie de la cathédrale. Quoiqu'il en soit , c'est là que Sylvestre repose. Son portrait fut peint sur le verre de la fenêtre du côté de le-

(I) Lcgros.

vungilc. On l'y voil à genoux , auprès d'un Saint Jean qui le présente au Ciel.

Ce prélat pourrait être regardé comme le second fondateur de notre belle cathédrale , car il y Ht faire les plus grandes réparations ; et sans son zèle empressé , le superbe monument n existerait peut-être plus maintenant. Elle avait souffert les plus grands dommages pendant le siège qu'elle avait soutenu contre Gcfl'roi d'Harcourl , qui avait lauré Gonlre elle beaucoup de grosses pierres avec ses engins , et elle était prèle à tomber en ruines. Mais Sylvestre obtint , dés l'année même de son entrée en fonctions , six cents écus d'or , de la libéralité du Roi , et avec celle somme , considérable alors , et le produit des quéles qu'il fit faire par tout le diocèse , il parvint à la restaurer complètement.

Sylvestre portait pour armes , de sable , à trois lozanges d'or.

TABLEAU DE L'HISTOIRE CONTEMPORAINE

Prélats.

1.838 Guillaume Bertrand , frère de Robert sire de Bricquebec , transféré de l'évèché de Noyon à celui de Baveux. En 13a7 , il mourut évêque de Béarn ais.

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