‹ Histoire des evêques de CoutancesChapitre 63 sur 158 · TROISIÈME ÉPOQUE · texte numérisé non relu

TROISIÈME ÉPOQUE

Aperçu historique sur le commencement de cette

époque.

Une foule de circonstances se réunissaient pour fournir à l'hérésie des voies faciles : les pasteurs qui se succédaient sur le siège épiscopal étaient malheureusement plus soigneux de leurs intérêts temporels que du salut de leur troupeau : la non-résidence des évéques est un grand malheur pour les diocèses. Les deux clergés , séculier et régulier, étaient divisés. Un grand nombre de curés avaient été obligés de s'enfuir devant les collecteurs : car les tailles et les décimes étaient si onéreuses , que ceux qui n avaient pas de biens patrimoniaux se trouvaient' dans l'impossibilité d'y satisfaire , et étaient obligés de se cacher pour éviter la prison ; abandonnant leur mobilier à la rapacité des gens du fisc. Or,

autant il se trouvait de places vides de celle manière , autant il se trouvait d'intrus , la plupart Genevois d'origine , qui s'en saisissaient. L'autorité diocésaine semblait frappée d'impuissance , pour ne pas dire d'insouciance , ou d'aveuglement.

On vit en 1558 l'cveque , Etienne Martel , donner la prébende de Muneville au trop fameux Buclianan , dont les principes étaient déjà connus. Il est vrai que Buchanau avail été précepteur de Tiinoléon de Cossé, lils du maréchal de Brissac, allié à la famille du prédécesseur d'Ktiennc ; mais il csl vrai aussi que bientôt après il lit sa profession publique d'hérésie , et qu'il conserva cependant sa prélieude.

On vil en 1567 un curé de Bricqueville-sur-Mer, du nom de Pierre Cirou , mandé par 1 olUeial , réprimandé d'avoir abjuré le catholicisme pour embrasser le calvinisme , et renvoyé , après cette simple réprimande , gouverner sa paroisse. Est-il donc élonuanl que les mauvais prélrcs , qui trouvaient dnus. la nouvelle religion une doctrine conforme aux désirs de leur cœur dépravé , l'aient embrassée avec empressement, puisqu'ils voyaient l'indifférence avec laquelle on la traitait à Coutanccs. Aussi envahit-elle le diocèse avec rapidité, Ce fut à Saintc-Marie-du-Montquc la secte planta son premier drapeau , mais elle en eut bientôt d'arborés partout. Cependant elle trouva d'énergiques résistances, et fut combattue par la raison et par les armes. Une fois la guerre commencée , elle se continua , si non avec fureur, au moins avec une barbarie digne des cannibales. Les huguenots profanèrent loin ce que les calholiques vénéraient : ils couvrirent d'ignominie les personnes craignant Dieu , ih souillèrent les églises , brûlèrent les christs el les images , jetèrent les reliques dans l'ordure , massacrèrent des prêtres, les coupèrent par morceau \ pour les faire manger aux chiens, brisèrent les tabernacles et mêlèrent les saintes

lioslics parmi l'avoine qu'ils donnaient à leurs chevaux. L'on vit ces nouveaux iconoclastes , ivres du vin îles couvons , rougis du sang des moines , poilus du viol des religieuses , boire dans les calices et les custodes en dansant autour de brasiers allumés avec les ornemens de l'autel. Les catholiques s'en vengèrent parfois d'une horrible façon : ils assommèrent les huguenots , mutilèrent leurs cadavres , traînèrent leurs entrailles le long" des rues. Les huguenots rappelèrent en France les Anglais ; les catholiques se défendirent comme des lions. Cette détestable guerre dura quinze ans. Ce fut le clergé qui en fil les frais : en 1561 , il s'obligea de payer un million six cent mille livres. En 1563 , le roi ordonna la vente de biens d église , au choix des acquéreur», jusqu'à concurrence de trois cent mille livres. En 15G7 , le « lergé passa un nouveau contra de six cent mille livres. En 15(>S, le pape accorda le prélèvement de cent cinquante mille livres. En 1570, l'évoque de Coutanccs fut taxé h q:ialre cents cens d'or au soleil , en paiement dcsqifcls il aliéna le manoir de Yalognes , pour la somme de quatorze cent quarante-cinq livres. En 1572 , le diocèse fut taxé à quatorze cent onze livres tournois , avec exemption de taxe pour les bénéfices qui valaient moins de quatre cents lèvres de rente. En la même année , il supporta une nouvelle taxe de dix mille six cent quarante livres. En 1580 , il fi-i taxé à deux mille huit cents livres, outre sa part d'un don de douze cent mille écus , que le clergé venait de consentir, et en l'acquit duquel Blanchelande , Saiiit-Laul et Saint-Sever payèrent chacun dix-huit cent soixante-douze litres; llambye , qui élait moins riche , ne pava que onze cent cinquante livres.

Les campagnes furent déxdécs , les villes prises et pillées. Successivement victorieux el vaincus , mais jamais soumis et jamais satisfaits, les huguenots prêchaient dans les église*,

à main armer, cl quand ils étaient les maîtres; en plein champ, quand ils avaient le dessous. Les lieux où Us avaient établi des prêches en plein-vent s'appellent encore maintenant la Chairc-au-Diablc; il en existe à Agneaux , à Cerisy-la-Salle, à Morville , dans le bois de Soûles et ailleurs. On leur céda des temples , qu'on leur reprit plus tard ; les deux partis ne connurent ni la bonne foi dans les traités , ni le repos dans la paix , ni le droit des gens dans la guerre. Lorsqu'en 1574 Mont gom cri eut la tête tranchée , celle guerre prit fin ; mais ce fut pour faire place à la guerre de la ligue , qui ramena de nouveau tous les malheurs sur le diocèse de Couiances , et auxquels la pesie vint s'adjoindre , par surcroît de fléaux , en

Cependant , le clergé s'était peu à peu réformé : les exenipleset la vigilance de 1 evéque Arlur de Cossé y contribuèrent puissamment. Le besoin de se défendre contre les sectaires rendit les uns attentifs à l'observance de leurs devoirs , à l'instruction de leurs peuples ; força les autres à s'instruire eux-mêmes , ou bien à vivre en une plus grande retenue. Ce qu'il y avait de mauvais dans les cloîtres se répandit dans le monde ; les prêtres qui supportaient impatiemment le célibat , oeux que leurs habitudes , ou les censures dcwit ils étaient frappés , rendaient inaptes à l'édification , allèrent grossir le iroupeau des errans ; et à la lin , l'église se trouva avoir plus gagné que perdu , et en voie de gagner encore davantage : en eflel , si elle avait perdu des enfans indociles , elle avait acquis la science exacte , la discipline rigoureuse , les mœurs pures déliantes.

Depuln 154* ju»<iuVn 15«o.

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