‹ Histoire des evêques de CoutancesChapitre 65 sur 158 · Etienne Martel de Basqleville · texte numérisé non relu

Etienne Martel de Basqleville

Etienne Marlcl , Seigneur de Basqucville , Crélot , etc. , abbé de Saint-Méhine et de Sainl-Jouvin , était originaire du pays de ('.aux , et arrlère-pelil-fils du célèbre Guillaume Martel , dernier porle-oriflainnic , tué à la bataille d'Azincourt. Des difficultés survenues entre la cour de France el la cour de Rome , à l'occasion de l'édit de Henri 11 contre les petites date* , el de l'édit des huiles , retardèrent sa préconisalion , qui n'eut lieu qu'à la lin de l'année.

Le 3 décembre 1552 , il prit possession de son siège par l'entremise de son grand-vicaire , Guillaume de Grimouville. Ce Guillaume de Grimouville était vicaire général dès le temps de Philippe de Cossé ; il l'avait été pareillement pendant Tépiscopat de Payen le Sueur , pour lequel il avait aussi pris possession. Lasuffragancc fulconlinuéeà Pierre Pinchon, cvè-* que de Porphyre , alors grand-chantre de la cathédrale : c'està-dire que toutes les choses testèrent dans leur ancien élat.

L'église de Coulances demeura veuve de son pasteur jusqu'en l'an 1 558 , auquel le prélat vint prendre possession personnelle, le 18 octobre. Il observa tout le cérémonial d'usage pour la grande réception ; ce fut 1 evéque de Porphyre qui l'installa. Ses diocésains le reçurent avec la joie la plus expansive, et lui firent de> létes magnifiques; une grande réputation de piéié lui ;.vai p é;»aré les veie, et sa

ciyuluiic no démentait pas sa repu talion. Il promit de vivre cl mourir au milieu de son troupeau ; mais il manqua bientôt du courage nécessaire , il se laissa effrayer par le nom tristement célèbre de Coligny et les piques de ses huguenots, ci quitta le diocèse après sept mois d'un séjour pendant lequel il lit deux ordinations et tint un synode.

Vers la même époque mourut le su ffragant Pierre Pinchon, évêque de Porphyre. 11 avait été élu abbé de H ambre lo 28 mai 1528 ; en 1538, il fut fait cliorévèque du diocèse ; en 1547 , il permuta son abbaye pour la chanlrerie de Coûtantes avec François de Laulrec ; il mourut en 1559, et fut inhumé dans la chapelle desenfans de chœur. Il fut remplacé dans la suffragance par Cilles, évoque de Roucnse(l).

Etienne Martel, qui pendant ce temps-la vivait retiré dans ses abbayes de Saint-Mélainc cl de Saint Jouvin, qu'il habitait alternativement , priail Dieu pour son troupeau ; mais il ne survécut pas long-temps à son suflVagant , car il mourut le 26 mai 1560 , «à Sainl-Jouvin. C'esl là que repose sa dépouille mortelle.

Il portait pour armes, d'or , à trois marteaux de gueules.

Cependant, le calvinisme avait fait de grands progrès dans le diocèse : dès l'an 1550, ou environ , les de Sainte-Marie, d'Agneaux , et de Sainlc-Maric-du-Monl , avaient prèle leurs châteaux à des ministres, quj y tenaient des prêches réguliers. Le fameux Scier , moine apostat , qui prêchait à Agneaux, et y tenait les petites écoles , cul bientôt

(1) Nous avons parlé précédemment d'un Robert de Cogne— bourne , abbé de Saint-Kaul , évéque de Roses. Nous ne savons quel est ce litre, à moins que les traducteurs n'aient traduit ainsi Hosetum , qui vcul dire Rose lie, ville de la basse Kg) pie. Nous ne connaissons pas davantage la ville nommée Rouciisc : il ) a peut-être à l'original /tuseurcitsis , que les copistes auront lui comme liaucusis ; dans i c eus rc serait AIjmt.

perverti celle paroisse cl les er.viroits , mais |iriiicipalemcnl la ville de Sainl-Laul. Le Irop célèbre de Bricqucville de Colombières , qui en était gouverneur , y favorisait de lous ses efforts l'introduction de la nouvelle religion. Vers le môme temps , le prieur de Sainleny , nommé Jean Brouaull , endoctrinait ses paroissiens et les habitans des paroisses voisines. Quittant ensuite la place, soit de gré soit de force, et en même itmps son froc monastique , il se relira à Garentan , continua d'y prêcher ses erreurs , et entraîna une grande partie de la population. 11 ne faisait pas seulement de la propagande , il se mêlait aussi de médecine et surtout de pharmacie : si nous l'en croyons , il était fort habile chimisle , car il se vantail de pouvoir extraire l'àme du corps humain, et la mettre en bouteille. Le célèbre Feuardenl,cordelier, natif deGrouville,dans l'île de Jersey, lequel combattait de toutes ses forces pour la foi catholique , ne manqua pas de relever celte ineptie , ei de la lui objecter sans ménagement. Aussi ardent que son nom, ce moine infatigable discutait, prêchait, écrivait, sans relâche ; mais sur un ton de violence et d'injures que ne comporte plus la controverse. L'on dit encore que Julien Davy,le père du célèbre cardinal du Perron (A) , prêchait vers le même temps dans la ville de Vire , dont les autorités avaient mis à sa disposition la salle de la mairie (1). Mais nous ne saurions compter tous les prédicans , nous nous contenterons de dire qu'il y en avait sur lous les poinls. Enfin , l'ofiicialité de Coulances s'en alarma : elle écrivit à l'archevêque de Rouen , qui s'en référa au parlement , lequel lança contre les calvinistes un arrêl ; mais inutilement. Elle s'adressa alors au gouvernement , pour obtenir une répression à main armée ; la cour , croyant qu'il s'agissait simplement de savoir si l'on dirait la messe en français plutôt qu'en latin , ne s'inquiétait guère de ce qui se passait ; cc-

(1) V. Richard Seguin, Hist. Mil. du Boc.

pendant, par une missive du 26 mai 1559, die ordonna à Jacques de Matignon, lieutenant du roi en Basse-Normandie, de lever des troupes et de commencer la guerre. Mais comme on armait , disait-elle, pour la cause du clergé , cetail à lui à faire les frais de la guerre ; aussi Matignon puisa-l-il à pleines mains dans la bourse du clergé. Les huguenots , de leur côté, ne se laissant pas effrayer par les arméniens du lieutenant du roi , se procurèrent de l'argent , des troupes et des armes ; obtinrent des secours de l'Angleterre , et se trouvèrent prêts à entrer eu campagne aussitôt que lui. Lorsqu'ils se virent armés , leur audace n'eut plus de bornes , el leur violence ne connut plus de frein. En l'an 1560 , ils obtinrent la possession exclusive de l'église de Saint-Laul ; au mois de mai de la même année , ils pillèrent l'église de Sainl- Louci-sur-l'Ozon , et la profanèrent par un meurtre; au mois d'août suivant , ils entrèrent en armes dans la cathédrale , el y firent le prêche. Il est vrai qu'ils ne faisaient pas une guerre en règle , mais elle n'était que plus trompeuse. Lorsqu'ils étaient vaincus , c 'était sans être découragés : les revers cl les chàtimens les exaspéraient , et doublaient leur énergie ; lorsqu'ils oblcnaicnt quelques succès ils s'animaient davantage : l'indulgence et la bonne fortune les enhardissaient de plus en plus.

TABLEAU DE L'HISTOIRE CONTEMPORAINE

1554 Robert le Roquez, ( Roquesim ) natif de Coûtâmes , composait son poème des six âges du monde.

Vers le même temps , le sieur de Houstcville , natif de Sainle-Marie-du-Monl , se faisait un uom en littérature.

1556 le 25 novembre , naissance du cardinal Jacques havy du Perron.

Notes.

(A) La plupart des biographes font naître en Suisse le cardinal du Perron , mais c'est par erreur, car il était né depuis plusieurs années, loisquc son père se réfugia en ce pays, pour éviter la rigueur des édits contre les protestans. La famille Davy du Perron , noble , quoiqu'on ail contesté au cardinal le titre de gentilhomme, habitait depuis long-temps les paroisses de Saint-Aubin et de Saint-Michcl-de-la-Pierre. Cependant il parait que le cardinal vint au monde a Sainl- Laut.rue de la Belle-Croix. Nos meilleurs écrivains, tels que Toustain de Billy et M. de la Haule ne le révoquent pas en doute, mais ils appellent son pére du nom de Sébastien ; le* autres écrivains disent Julien.

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