‹ Histoire des evêques de CoutancesChapitre 69 sur 158 · dLéoftORl.er de Matignon · texte numérisé non relu

dLéoftORl.er de Matignon

Léonor de Mâlignon , connu dans le monde sous le noni du baron de Sainl-Laut, naquit en 160Û au château de Tlio^ rigny , de Charles de Matignon et de la princesse Eléonore d'Orléans , cousine germaine de Henri IV , petit-fils de Jacques de Mâlignon , allié de si près à la personne royale , fils de cette famille qui avait tant d'intérêt à conserver la possession de la ville de Sainl-Laut , docte , pieux , plein de l'esprit ecclésiastique : toutes ces circonstances réunies le firent élever sur le trône pontifical , dès l'âge ne 21 ans. Déjà il était abbé de Lcssay ; il devait devenir encore doyen de Lisieux et aumônier du roi. Il ne manquait à ce prélat que les années , lorsqu'il fut promu à 1 evéché de Coutances , et cependant il ne se pressa pas, car il ne se ût sacrer qu'à l'âge de 2<Jans. Il employa ce long intervalle à compléter son instruction , à se préparera l'ordination par des œuvres de piété , et par un pèlerinage aux tombeaux des Apôtres.

Voici le précis des événemens qui remplirent tes huit anr nées d'attente : en 1629 , le sieur Corbet , vicaire capitula ire , faisant la visite du prieuré de Sainl-Laut de Rouen ,

(1) Le vrai nom de la famille de Mâlignon est Qoyon , mais à cette époque elle ne le portail plus. Elle le reprit plus lard ; c'est pourquoi , en parlant de Léonor 11 * nous dirons Léonor Goyori de MAijgnouj

visita aussi les reliquaires e\ les reliques qu'ils contenaient j il y trouva les chefs «le Saint Laut et de Saint Kompliaire , avec divers ossemens de Saint Fréniond. En 1632 , lé chapitre envoya une dé pu ta lion à Angers , pour obtenir quelques parcelles des reliques de ces mômes Saints , dont la majeure partie avait été transportée en cette ville. Elles étaient enfermées dans une grande chasse d'argent , qu'on ne put ouvrir , et qui fut brisée par les mains d'un orfèvre. Elle contenait de gros paquets d'ossemens , enfermés dans des sac9 de cuir , à l'un desquels on lisait celte étiquette : reliques de Saint Laut , de Saint Romphaireet de Saint Coronaire (1); l'autre portait : reliques de Saint Marcou , et de Saint Criou , du pays du Cotentin (2).

En 1630 , Adrien Poirier , baron d'Amfreville , et Robert de Franquetot fondèrent a Yalognes un couvent de Capucins, dont la première pierre ne fut cependant posée que le dernier jour d'avril 1633. L'église fut achevée en 1684, et dédiée le 27 avril, par M. de Briennc. En la même année 1630, un couvent de Pénitens fut fondé à Sainl-Laut , par le sieur Jean Dubois , procureur du roi.

En 1633 , le couvent des Bénédictines de Coutances, connu d'abord sous le nom de N. I). de l'Annonciation, fut fondé par Marthe Malherbe , veuve de François de Sarcilly de Brucourt. Les premières religieuses vinrent de l'abbaye de Vignals. Ce monastère eut bien de la peine à se former ; il éprouva des obstacles et des difficultés sans nombre. Son érection en abbaye, sous le nom de N. D. des Anges, ne date que de l'année 1660. La première pierre des batimens

(1) Sancti Lauthoni , Rompharii , Coronarii.

(2) Nie tunt corporaSanctorum Marculphi et Cariulphi , de pago Constandno.

qui subsistent encore , fut posée en 1730, par Léonor Goyon de Matignon.

Enfin , le 9 octobre 1633 (*) , Léonor I fut sacré dans . 1 église d'Alcnçon , par les mains de François de Péricard , évéque d'Âvranches , assisté de son frère , Guillaume de Péricard , évéque d*Evreux , et de leur neveu , Henri de Boivin du Vaurony, évéque de Tarse, coadjuteur d*Avranchcs. Pierre Lecamus , évéque de Bellay , prononça à cette cérémonie un sermon fort éloquent. Le nouvel évéque fil son entrée solennelle à Coutances , le 15 décembre 1633. Nicolas Hubin , sieur du Bosbie , la célébra par un éloge pompeux , imprimé avec le détail des cérémonies qui y furent observées , et adressé au prélat.

Léonor I habita constamment son diocèse , ou s'en écarta peu , mais il ne fut guère à Coutances qu'en passant ; car le palais épiscopal tombait en ruines, et ne présentait, par conséquent , qu'un asile dangereux à ses hôtes : les abbayes de Thorigny cl de Lessay furent sa demeure ordinaire.

Le seul acte important de son administration fut le corps de siatuts qu'il publia dans un synode du 21 avril 1637. Ces statuts, en obligeant les vicaires à prendre dorénavant des lcilres épiscopalcs , pour pouvoir exercer leurs fondions , à cause de leur qualité de personnes publiques , nous révèlent que jusqu'alors ceux d'entr'eux qui étaient les aides des curés , étaient aussi choisis par eux , et recevaient d eux leurs pouvoirs. Ils nous révèlent encore que les religieux ne pouvaient servir de parrains aux baptêmes ; que celui qui se présentait pour recevoir la confirmation devait être accompagné d'un parrain et d'une marraine, autres que ceux de son baptême ;

(1) Les auteurs ne sont pas d'accord sur la date de cette c onaécralion : les uns la placent en août , les autres en octobre i quelques-uns dès l'an 1632.

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qu'on donnait du vin aux laïques après la sainte communion» pour laver leur bouche; que ceux des chefs de famille qui n'avaient pas commencé leur confession pascale avant le dimanche des Rameaux , étaient renvoyés aux fêles de Pâques , pour communier le dimanche suivant , avec obligation de jeûner et de faire abstinence jusqu'à cette dernière épc~ que : selon la louable coutume du diocèse.

En 1639 , ce prélat mil la réforme de Sainte-Geneviève» dans le prieuré de Saint-Laut. Le 24 octobre 1644 , il posa ]a première pierre du couvent des religieuses de Carcntan ; ces dames , de la réforme du bienheureux Fournicr , curé do Matincourt , en Lorraine , avaient été appelées à Carentan dès l'année 1635 , par Marthe Dufaoc , veuve de Jacques d'Auxais ; cette maison , d'une règle unique en Normandie > 6C lit dans la suite remarquer par une grande régularité ; aussi l'on y vit jusqu'à cent religieuses. L'année d'après, il établit à Coutances des Auguslines d'une autre reforme % dites Auguslines-hospitalières. Elles partaient de Vernon , et venaient partager avec les Auguslins de l'Hôtcl-Dicu le soin des malades et des pauvres. Ceux-ci , établis par Hugues de Morville lui-même , sans aucune dépendance de quelqu'aulro communauté , étaient au nombre de 12 , desquels six desservaient autant de paroisses. \jc 4 mai 1640 , Léonor coucou-» rut à la consécration de Pierre de Broc, nommé évêque d'Autun. Le 21 avril 1644 , il assista à la cérémonie du baptême du dauphin , qui fut célébrée à SainMlcrmain-en-Laio» par Dominique Séguier , évoque de Meaux : ce dauphin % celait Louis XIV. Dans les années 1631, 1635, 1644 et, 1645 , il assista aux assemblées générales du clergé do France.

En l'an 1634 , pendant les derniers jours du mois de juin» les calvinistes tinrent à Saint-Laut un synode provincial ; Vous croyons que c'est le dernier qui ait été tenu dans le dio-

cèao de Couunccs , car depuis lors , leur nombre alla diminuaiit de telle sorte , qu'il se trouva bientôt réduit presqu'à rien.*

En 1646, Léonor de Matignon fut transféré au siège de Lisieux, beaucoup plus riche que celui deCoulanccs (*). 11 se démit de ce siège en 1676 ; sa mort arriva en février 1680.

Il portait ses armes écarlelées de Goyon et d'Orléans ; cell es-ci chargées , pour brisure , d'un bâton raccourci , de gueules , péri en bande , au deux et au trois , et d'un lambel de gueules, au second seulement : Goyon estd'argeut, au lion montant , couronné de gueules ; Orléans est d'azur , aux trois fleurs-dc-lis d'or, deux et une, surmontées d'un lambel aux trois pendans d'argent.

Le repos de la dernière année de son épiscopal dans notre diocèse fut troublé par la guerre de Vas-nu-picds : la misère était grande , et nonobstant , la cour augmentait sans cesse les impôts , tellement qu'à la fin la révolte éclata ; l'émeute commença par Vire , se propagea dans le diocèse de Cou lances, et plus loin encore. Le comte de Matignon , frère de notre évêque , eut bientôt mis les Virois à la raison ; niais tandis qu'il prétendait étouffer dans celte ville les germes de

(1) En 1788, les revenus de l'évéché de Coutanccs étaient estimés à M,000 livres » et ceux de l'évéché de Lisieux , k 50,000 ; mais il y avait plus de pensions affectées sur celui de Goutances que sur celui de Lisieux. Pour achever d'expliquer ceci , nous dirons que depuis le concordat , le roi , en nommant à un évéché, affectait souvent des pensions viagères sur ses revenus. Doin Bcaunicrnous fournit cet exemple, pris au hasard: Paul-Robert Hertaut de Benufort , ayant été nommé , en 1721 , évéque de Lectoure , on mil le même jour sur l'évéché 1200 livres de pension pour M. Bauhin, autant pour M. Gallet , 1000 livres pour M. de l'Etang , docteur de Sorbonne , 1000 livres pour le père Miramont , Feuillant , el 600 livres pour le père llardy, religieux d« la Mercy»

la révolte , la rébellion s'organisait ailleurs ; bientôt unearmée de paysans et de pauvres des villes , commandée par un gentilhomme , nommé Quetil de Ponlhébert , manifesta son existence par des pillages , des prises de ville et de châteaux. On la nomma par mépris l'armée des Va-nu-pieds : cependant il ne fallut rien moins que dix mille hommes de troupes réglées, et le maréchal Gassion, pour lutter avec elle.

Pendant son administration , Leonor t amassa des fonds pour ht reconstruction du palais épiscopal ; à son départ , il s'entendit avec son successeur pour l'emploi de cet argent : des ouvriers furent commandés aussitôt , et opérèrent une» démolition complète ; lorsque Claude Auvry arriva , il trouva une belle maison , achevée depuis quelques jours seulement , mais qui avait beaucoup plus d'apparence que de solidité.

La ville de Coutances donna , au départ de son évéque y des marques publiques des ses regrets : les armes de la viHefurent ôtées de tous les lieux publics , enveloppées de crêpes s et portées solennellement à la maison de ville.

HOMMES CÉLÈBRES

ÉVÉ3EMEHS.

1611. A Valognes , les deux de Caillièrcs, père el fils , écrivains estimables

1603. Naissance ,. au Val-dc-Scie, de Jean Dclaunoy , l'un des savans les plus célèbres des temps modernes.

1617. Naissance, à la Hayc-d'Eclot , de François Letelljer de la Lu thumière, prêtre , accusé de jansénisme, fondateur du séminaire de Valognes,

Vers ce temps , François Desrues , natif de la Landc-d'Airou , écrivait sa description de la France.

Vers cette époque, mourut Richard Dinot , natif de Coulances , ministre calviniste, historien.

1617 , le 28 octobre , naissance , à Montchaton , d'Antoine Garaby , sieur de Pierrepont , de la Luzerne, d'Etienville , poète fécond et savant distingué.

François Hélye, curé de Saint-Pierre de Coulances , composa la vie du bienheureux Thomas Hélye , son parent.

1589 et 1592,* mortalité effrayante dans le diocèse do Coulances.

1589. Débarquenenl , à Granville , de quatre mille Anglais , envoyés à Henri IV , par la reine Elisabeth.

1592. Autres débarquemens de troupes de la même nation, au môme lieu.

1639, le 30 août, commencement de la guerre des Va-nupieds.

1590. Prise de Carenlan,par Henri IV.

1630.JeanDubois fait construire, à ses frais , une des tours de l'église Notre- Dame de Saint- Laut, et la voûte du chœur.

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