Chapitre
Saint Romuhaire Romacharius.
( RomphariuÉ, Maracharius, Macharius.)
Nous connaissons le vrai nom de cet évèque par Grégoire de Tours , son contemporain , qui le nomme Romacharius i il en parle à l'occasion du meurtre de Saint Prétextât , dont il sera bientôt question.
Si la naissance était pour les saints un titre de gloire , Romphaire devrait être mis au premier rang : Hermolaus , son père , descendait des rois de la Northumbric ; et Delphine , sa mère , des rois de Kent ; mais sa famille était plus grande encore par la sainteté que par la noblesse : elle comptait parmi ses membres Sa m son , archevêque d'York , moine de Ool ; Magloire , moine du même monastère et évéque régionnaire , fondateur d'un monastère à Jersey , dans lequel il mourut , après avoir converti les habîtans des Ucs à la foi ; Delphin (*) , archevêque de Lyon ; Ozwald , roi de
(t) L'on lient dans l'église de Lyon que le véritable nom de ce Prélat, qui en est le 36.e évéque., est Ennemond, cl qu'on ne lui a donné vulgairement celui d<> Delphin , que parce qu'il était issu delà famille Delphinia. Celle famille, de pure race Celtique, pislail dans l'Allobrogic avanl l'invasion des Gob, des Bur-
la Northumbrie , ci Aid w in , tous reconnus pour suinta par l'église, et desquels les deux derniers ont reçu la couronne du martyre (A).
Le jeune Romplraire , confié aux soins des saints abbés Ideult (!) et Bréladre (2) , fut bientôt savant dans les belles lettres et la philosophie , et , ce qui vaut mieux , dans la science des saints. À l'âge de 18 ans , il s'embarqua pour passer dans l'Aquitaine (3) , mais la tempête le jeu sur les cotes de la Neustrie , et il fut obligé de descendre à Bai fleur ; au sortir du navire, il se trouva en face de trois malades dont la mort était imminente , il pria pour eux > et ils furent guéris. Cette tempête , ce miracle , lui firent penser que Dieu l'avait conduit là par quelque dessein secret , il croyait devoir y rester ; les habilaps de Barfleur achevèrent de l'y déterminer par leurs supplications ; il accepta volontiers le rôle d apôtre , que la providence semblait lui départir , et il resta parmi eux. Saint Laut gouvernait alors le diocèse de Coutances j il entendit bientôt parler du jeune étranger; 4
gondes, des Francs et des Romains ; elle s'y est toujours maintenue avec éclat , et c'est elle qui a donné le nom et des souverains au Dauphiné; elle s'est éteinte avec Quigues v t en 1102 t ou même avec les comtes de Forêt , en 1541, La inerc de notro évéque, qui était probablement la sœur ou la nièce de ce Saint Ennemond , était donc aussi de la famille Delphinia , et non pas de la famille Anemond , comme l'a dit Rouault; et Romphairo avait de ce côté une extraction non moins illustre que celle des rois de Kent ou dé la Northumbrie,
(1) Hellutus.
(2) Brandanut%
(3) Aquitania, Cette province , qui s'est appelée depuis du nom de Guyenne , s'étendait depuis les Pyrénées jusqu'à la Ivoire , dans la division faite par Auguste de la Gaule en provinces Romaines,
Voulut le connaître , quand il l'eut connu , il l'estima et I* retint auprès de lui. Ce n'était pas. ainsi que l'entendaient les habitans de Barflcur , ils vinrent bientôt réclamer leur missionnaire , et iU firent tant d'instances qu'il fallut bien Je leur rendre ; mais auparavant HÈvêque lui fit faire sous ses yeu* le noviciat du Sacerdoce , et lorsqu'il le leu* rendit , ce fut en qualité de pasteur,
Korophaire s'éleva si haut dans ses saÎQlos œuvres, qu'il fut bientôt connu partout le Diocèse de Coulances , et , & la mort dç Saint Laut , \\ (ut çlioisi d'une voix unanime pour le remplacer. L'archevêque 4e Rouen , Sajnl Prétextât % vint et lui donna la consécration i c'était alors l'usage que les Prélats se transportassent au lieu de l'élection , pour juger de sa validité sur le lieu-même.
Bientôt apiv.s , ce même Prétextai , que l'église a mis au. pombre des Saints , fut p*&>osé , à l'instigation de la reine Frédégonde , par le concile de Paris , tenu l'an 577 , et envoyé en exil dans une île du Diocèse de Coutances. 11 était tombé dans la disgrâce de celle femme implacable en, paraissant fomenter Ja révolte de Mérovéc , fils de Chilpéric % contre son père et son roi , et en unissant par le mariage ce même Mérovée avec sa tante , BrunehaiU , que Frédégonde poursuivait de sa haine. Ce fut ce mariage , peu conforme à la discipline de l'église » qui servit de prétexte à la déposition > que le concile ne prononça qu'avec répugnance. L'île dont il est question esl celle de Jersey , et non, jas le monastère de Cliçsay , ou Sciscy , comme quelquesuns l'ont pensé.
Heureux pour Prétextai s'il fût resté dans le lieu de son exil , où il trouxail le repos , et où il pouvait jouir de l'amitié et des liaisons de l evéque de Coulances ; mais il fut rappelé : ç était un piège , ou bieu il donna de nouveaux sujets de me-
contentement, car , le dimanche 24 février 586 , un émissaire Je Frédégonde le frappa d'un poignard au pied de l'autel sur. lequel il allait célébrer. 11 vécut quelques jours encore , Rom-r. phaire averti s'empressa d'arriver auprès de lui ; il n'arriva que pour lui donner la sépulture.
A la nouvelle de ce crime , Lcudovald , évéque de Baycux, premier suffi agant de la province , jeta l'interdit , lapt sur les églises de Rouen , que sur son propre diocèse , jusqu'à ce que |c coupable fût connu. Eustace de I)cnnevî|lc a écrit qu'ij ne le fil qu'à l'instigation de Boruphaire. L'on a 4il aussi que c'était le premier exemple de l'interdit local en France. Lç coupable fut bientôt connu : c'était la reine Frédégonde. Lç supplice qu'elle lit subir à l'assassin , qui était son propre enclave , ne la disculpa point dans l'opinion publique,
Le 14 octobre 575 , mourut dans son monastère de Jersey le célèbre Magloire , abbé de Dol , évêque régionnairc ci) Bretagne et parent de l'Évêquc de Couianccs. Cinq ans aupa^ ravant , Saint Sénicr était revenu finir ses jours à Sciscy j quelques années plus lard , Saint Scvcr , qui s'était démis en 578 de l'évêclié d'Avranches, revint finir les siens à son abbaye des environs de Vire. Vers le même temps , Saint Hélier terminait glorieusement sa carrière par le martyre , dans l'île de Jersey. Avanlla fin du siècle ^ Saint Ortairc, qui avait illustre* de ses vertus et de ses miracles le monastère de Landellcs , y expirait dans la paix du Seigneur. Ainsi ectépiscopat ne fut f>as moins que le précédent fécond en pieux cl saints personnages. Hélier, natjf de Tongres, dans les Pays-Bas, s'était fait disciple de Saint Marcou , mais rempli du désir de vivre'dans une plus grande solitude et de pratiquer de plus grandes austérités, il quitta Nanteuil pour se retirer dans l'île d'Agna.(B)H s'y livra en effet à de telles mortifications , qu'au boni de 3 ans Saint Marcou , qui lui rendit visite , oui peine
û le reconnaître , Uni il était exténué. Plus tard * Hélier tè rapprocha de ses anciens frères : il revint habiter le diocèse * et s établit non pas à Nanteuil , mais à Jersey. Ce fut là qu'il finit ses jours de la main d'une troupe de pirates , qui lui tranchèrent la téte , tandis qu'il leur annonçait l'évangile.
Nous n'en savons pas davantage sur la vie de notre évêqué , et nous ignorons quand elle prit fin. Comme én l'honneur dé Saint Laul , de même ilos pères érigèrent des aiitels en l'honneur de Saint Romphairc j il existe dans le diocèse une pa ; roisse de son nom et sous son invocation , et deux chapelles , dont Tune à la Calltédrale et l'autre à Barfleur. Ses reliques ont partagé toutes les migrations de celles de Saint Laut: Sa féte se célèbre le 18 de novembre , jour présumé de sa mort.
Nous ne terminerons pas l'article qui concerne Saint Romphaire sans parler d'une naissance qui illustre encore son épiscopat i celle de Saint Fragaire (1) , évéque d'A-» Tranches. Il vint au inonde , ainsi qu'on le croit communément, à Bêlon , paroisse du diocèse de Coutances, verà l'an Ô75 (C),
(!) fegaiiuê.
Idoles.
(A) L'oii appelait Kvéque* légionnaires deë missionnaires re- Vélut du caractère épiscdpal , qui avaient droit de prêcher et de conférer les sacremeni dans une étendue de pays déterminée» mais qui n'avaient point de siège* Ainsi j quoiqu'il y c6l des évéques à Saint-Brieuf \ Dot et SainMttato , ou plutôt Alelh « dés le sixième siècle » ces évéqUes babilaient dans desMonas-1 iéres et n'étaient point évéqties de Satnt-Brieut , Dol et Alelh. Ces villes n'ont été érigées en évéchés 4ue longtemps après} ce qui tel certain au moins pour la tllié dis Dot.
(B) Malgré ce qu'en a pu dire Trlgan , qui était porté à croiré que l'Ile d'Agni n'était ni Jersey ni l'Angleterre , il est certain que cette lie n'est autre que l'Angleterre même , dont le nom à été estropié de ta sorte. Nous parlerons ptus tard de fabbê Gir-> bou (t), qui eut de fréquéns rapports avec l'Ile d'Agna * comme envoyé de Chartemagne auprès l'un des rois de tette Ne : or, lé docteur Lingard , dans son histoire d'Angleterre , nous entretient des rapports de ChaHcmagne avec Ofla , roi des Merciens , l'uri des peuples de l'Angleterre ♦ et de Girbou * « receveur des douanes » pour le prince Français , intermédiaire entre tel deui rois*
(C) Nos anciens auteurs donnent à nos évêques les noms et l'ordre suivant : Saint Pair , Saint Erepliole , Saint Exupére * Saint Léonard , Saint Possesseur, Saint Lo* Saint Romphairc, Saint Léon , Saint Léonce , Saint Ursin , Saint Lo , Saint Ulphobert , Saidt Lupicin « Saint Népi , Saint ftomachalre. Or 4 Saint Pair ne nous appartient pas t Léonard , le premier Lo , Léon et Léonce ne sont que notre seul Léontien ; Romachaire et Romphairc « ne sont non plus que le même évéque ; nous replacerons les autres dans leur ordre.
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(1) Gerwoldut*