‹ Histoire des evêques de CoutancesChapitre 6 sur 158 · Chapitre g · texte numérisé non relu

Chapitre g

Saint Ladt(<) Laulo.

flofowu, lournu, Laudus, laudon, Loth.)

Laut , possesseur dp vasles el nombreux domaines , issu, (l'un sang qiii lui assurait une haute considération ci une grande puissance , dcyail enrichir l'église de Coulaflces et l'entourer ç)e gloire; ou peut donc supposer que son élection fut le choix d'une sage politique , aussi jnen que. Je fruit if,e la confiance du peuple , et de son admiration pour ses vertus précoces. Fils , à ce que l'on croit , d'un des comtes du pays , ou au moins de l'un des plus riches propriétaires {le la nation Franque , la paroisse de Courcy parait avoir été son berceau j le, château de la ville de Sainl-Lo , une de ses forteresses ; celle ville , Courcy , Trçlly , Soûles , Sainl- Louel cl plusieurs autres lieux , une partie de ses domaines. A celle époque , les Francs étaient les dominateurs dans le pays , et le nom de Laut indique certainement une origiue Franque.

Voici comme les vies manuscrites de cet évéque parlaient de ses commencemens : il n'avait que douze ans lorsque

(1) Nous écrivons ainsi le nom de noire cinquième évéque , et celle manière nous parall élre la seule convenable , puisqu'il s'appelait Lauto^

(mourut Possesseur , cependant il fui proposé à l élection du, peuple et du clergé par deux vénérables vieillards , prêtres fie 1 église de Coulances, qui déclarèrent avoir eu pour ce sujet une révélation expresse ; le peuple, qui connaissait déjà les vertus éminenlcs et la haute sagesse du jeune Laul % reçut la proposition comme un ordi-e de Dieu , et proclama tout d'une voix Laut évéque de Coulances. Lorsque 1 arçheque de Rouen, Saint Godard (1), connut l'âge de l'élu, il refusa de venir le consacrer ; niais la même révéla liou , qui avait été faite aux deux saints vieillards , lui ayant été faite a luimême , il se renaît à Tordre du ToutrrPuissant , et *e disposa de venir à Coulances , le roi ayant déjà donné son consentement. Le pieux Cliildebert l'avait refusé d'abord , car il ne croyait pas qu'un enfant , à peine sorti du berceau , pût être fait évéque ; mais, il reçut du ciel un avertissement, et en conséquence il autorisa la consécration , tout en admirant avec une religieuse surprise les voies de la providence.

Aussitôt après la consécration du jeune pontife, sa mission divine fut manifestée aux yeux de tout le peuple par deux, miracles : d'abord , rencontrant sur le seuil de sa cathédrale une femme aveugle qui lui demandait l'aumône, il imprima Je signe de la croix sur ses yeux (|ui se rouvrirent aussitôt à la lumière; ensuite , une colombe éclatante de blancheur apparut sur sa tète pendant le Saint Sacrifice.

Les mêmes anciennes vies manuscrites racontent encore que le jeune évêque se rendant à la cour , quelque temps après, soit pour demander au roi du secours dans iyie affreuse famine qui désolait le diocèse , selon les uns ; soit pour obtenir son agrément à l'échange de la ville de Saint- Laul, contre quelques paroisses du Colentin , selon les autres, il opéra un autre miracle en présence de sesservi-

(t; Gildardus.

tetlrs : arrivé avec eux au lieu nommé Bourg-Achard , el qui élaii alors une forèl , il s'assit sous un arbre pour se reposer et y prendre son repas ; cet arbre élail déraciné , un coup de vent le renversa , et il allait les écraser tous dans sa chute , si levéque ne l'eût détourné de dessus leur tète en faisant le signe de la croix ; eàt même temps , un énorme dragon s'avançait vers eux pour les dévorer : ils furent saisis d'épouvante, mais Laut avant de nouveau fait le signe de la croix * le monstre s'enfuit.

De ibttû ces faits , rejetés en masse par les critiques rao* dernes , il n'y a de difficile à admettre que celui de l'âge dé levéque; cependant nous allons les discuter lesuos elles autres. Celui-ci présente une singularité si honorable pour notre église , <fu'il ne faut pas l'écarter, s'il y a moyen de le conserver. Plusieurs ont supposé qu'il y avait eu une erreur de ce» piste , et qu'au lieu de XII ans , il fallait lire XXII ans ; c'est une explication, mais ce n'est pis une raison, puisqu'elle resté sans preuve , et qu elle est même détruite par d'autres vies y qui portent le mot douze en écriture et non en chiffres \ elle est détruite aussi par la tradition constante, qui a toujours* répété que Saint Laut n'avait que douze ans ; celte tradition1 se trouve même consignée sur des monumens , car un des anciens vitratrx de b cathédrale , qui représente les actions de ce prélat et sa consécration , et qui porte son nom écrii eri toutes lettres , lui donne une figure Juvénile (*). 11 répugne cependant à la discipline de \ église et à la simple raison , de supposer un évêque de douze ans ! Cela est vrai , mais si l'on se représente Laut comme un de ces hommes d'une précocité extraordinaire, dont la nature ou la grâce offrent quelquefois1 des exemples , rares a la vérité -f si l'on considère que le fait

(!) On voit cette vitre auprès de la chapelle dite de la Cerclée , du côté droit/

h'cst t>as unique , puisque l'église de Metz eu offre ni) semblable et plus récent , l'on bésilera peut-être à le rejeter du* premier abord. Le bienheureux Pierre de Luxembourg fut fait ôvéque de cette Ville en 1383 , h étant pas encore âgé de iu ans ; à 17 il fut créé cardinal ; il rien avait pas 18 lorsqu'il mourut à Avignon , en 1387. Nos modernes légendaires ont voulu' prendre un moyen termè , nfâis à tort selon nous : ils ont dit qtfe Saint Laùt était jeune quand il fut élu , et plus jeune que ne le portent les saints canons.' Nous disons que c'est à tort , car si l'on ôtè à Saint Laut son âge précis de 12 ans, qui lui est attribué par les traditions* écrites et orales, H nd reste plus rien ,- s'il avait plus de 12 ans , la tradition est erronée , et il pouvait avoir l'âge canonique. Ce n'est pas à nous de prendre parti , nous exposons les raisons j le lecteur jugera. Quant à l'arbre déraciné et au dragon mis en fuite ; plusieurs d'entre ïes modernes ne veulent y voir que des allégories de l'idolâtrie arrachée du sol de la patrie , et dû démon vaincu par ta prédication de l'évangile ; ils disent que de sembVables histoires se trouvent vers la fondation de beaucoup de diocèses , et notamment de ceux de Baveux et de Rouen. Nous observerons d'abord que si quelques Faits miraculeux se sont accomplis ailleurs, ce n'est pas une raison pour qu'Us ne Se soient pas accomplis pareillement à Cou tances ; nous montrerons ensuite le prieuré du Bourgachard (*) , fondé , en commémoration , sur le lieu*

(l)Le Bourgachard est* cmq lieues de Rouen, précfsémentsur la route que l'évéque devait suivre alors pour aller à Paris. La preuve que ce lieu dut être véritablement une forêt autrefois, c'est qu'il a porte presque jusqu'à nos jours , le nom de Bosc-Achard. Bose vient de botcus, qui veut dire bois. Le prieuré de ce lieu fol fondé, vers l'an 1136, par Nivelon du Bosc, pour des chaftomes prébendéS, sous le nom de Sanctus Lautho de Bosco Achardù L'an 1142, Roger du Bose, frére de à'Ivélon, acheva

intime dans lequel ce miracle dot s'être opéré, et d&ié à* Saint Laut > ei nous demanderons ce que l'on pourra opposer à ce monument. Nous nous réservons à examiner ce fait souâ uu autre point de vue , et en particulier. Quant à la colombe y Si on lit quelque chose de pareil de Saint Martin , ce n'est pas une raison pour que le même miracle ne se soit pas accompli à l'égard de Saint Laut. Quant à la femme aveugle , à laquelle* la vue fut rendue , c'est un fait confirmé par des monumens : la pierre sur laquelle était te jeune pontife lorsqu'il l'opéra , a été religieusement conservée , et placée plus tard dans unë des portes de h nouvelle cathédrale , à laquelle elle a donné le nom de porte de Saint Laut, et par laquelle il est d'usagé que tout éréque de Cou lances passe deux fois : la première , quand il vient prendre possession de son église ; la seconde ; quand on l'emporte à la tombe. Auprès de cette pierre oïl plaça deux statues f qui représentaient l'évéque et la femmê aveugle , comme une preuve et un souvenir de l'événement.' Ces faits nous semblent assez appuyésainsi pour qu'on ne les rejette pas absolument.

Saint Laut fut ordonné évèque de Coutancesvers Tari 528 ou 529 , peut-être même dès 525. En Tan 550 il se rendit à Angers, probablemenipour assister à la consécration de saint Aubin , qui en fut fait évèque cette année là même: 11 s'y rencontra avec les saints évêques Mélaine , (*) de Rennes $ Yicteur (*) , du Mans et Mauruse (3) , de Nantes. Les Bollandisies , dans

de doter cet établissement. Comme on le voit , la tradition remonte déjà bien loin , mai* il pourrait se faire qu'il y eût eu là nue communauté dés avant l'invasion, caries Normans convertis en rétablirent pcut-étfc encore plus qu'ils n'en fondèrent de nouvelles.

(1) Melanitu.

(2) \Victorius.

(3f) Marftt».

la relation de cette cérémonie , citent un failli nous apprend que le pain bénit était dès-lors en usage dans l'église , à peu près de la même manière qu'il l'est maintenant ; car ils disent que Maurusë ayant reçu à son tour sa part du pain bénit et ne voulant pas le manger dans l'église , par respect pour la sainteté du lieu , contrairement à l'usage universel , il le cacha dans son sein , pour le réserver à un autre temps ; mais qu'il en fut sévèrement réprimandé;

En la même année , le Saint- Vieillard Mélaine rendit son ame à Dièu ; ce fut l'évêque de Coutances qui fut appelé à lui rendre les devoirs Suprêmes , et qui ferma la tombe sur ses restes.

L'on suppose , et avec beaucoup de vraisemblance , que Saint Laut habita peu la ville de Coutances ; mais bien plu* Ordinairement celle Saint-Laut j si réellement il existait •lors une ville de ce nom * Où au moins le château fort de ce lieu. Aux traditions, qui le portent ainsi , se joignent deux raisons que les historiens lie négligent pas de faire valoir : savoir , premièrement , que Coutances était souvent menacé par les Saxons , dont les courses étaient fréquentes h cette époque ; ou plutôt que Coutances avait été ruiné par ces barbares, auxquels il n'avait pu opposer de résistance , puisqu'il n'avait point de remparts ; tandis que Saint-Laut était à l'abri de leurs attaques. La seconde est le nom d 'évoque de Brîovère qui lui est donné par les actes du cinquième concile d'Orléans ; et l'on suppose que Briovère est la ville de Saint-Laut. Nous discuterons cette opinion dans une note , à la fin du cnâpitrc (A).

Notre évêque assista au second , au troisième cl au cinquième conciles d'Orléans, et il envoya le prêtre Escouvillon pour assister au quatrième. L'on croit que cet Escouvillon , ou Scubilion , n'est pas autre que le moine de Sciscy , venu

llu Poitou, avec Saint Pair, sous l'épiscopat deLconticn. Le second concile d'Orléans se tint Tan 533 , il est souscrit Lauto epûcopus ecclesiœ Constantinœ. Le troisième se tint Tan 538 , il porte celte souscription : Lauto in Chrûti fiomtne epûcopus ectlesiœ Constantiensû. Le quatrième eut lieu Tan 541 ; on lit aux actes : Escupilio près by 1er tnissus à Lautone epûcopo civiiatû Coiistantiœ. Le cinquième , qui se réunit Tan 549 , est souscrit : Lauto in Chris ti nomine epûcopus ecclesiœ Censtantinœ, vel Brioverensi*.

Ce fut vers 550 , ou 558 , que Saint Laùt feul la consolation de voir s'élever dans son diocèse le monastère que l'é- Vèque d'Avranches , Saint Sevcr , vint fonder aux lieux de sa jeunesse j après s'être démis des fonctions de l'épiscopat: Ce monastère devint une abbaye célèbre j qui choisit là règle de Saint Benoit;

En Tan 556 , les saints fondateurs de Nanteuil, Marcoiî j Criou et Domard sortirent du nombre des vivans ; Laut sé rendit au monastère et présida à leur sépulture.

Pair , le saint moine de Sciscy , qui avait été appelé à gouverner l'église d'Avranches * revint à sa solitude ; soit que Dieu lui eût révélé que le temps de sa mort était proche , et qu'il voulût s'y préparer j soit qu'il n'eût intention que de s'y renouveler dans la ferveur ; il y tomba malade le lundi des fêtes de Pâques * et mourut lé jeudi d'après l'ociavé j qui était un quinze d'avril * dans les bras de Saint Làut. Ce prélat se disposait à faire les funérailles , lorsque 1 eVêque* Lausèius y arriva tfvec la" dépouille mortelle d'Escouvilloh , décédé en même temps au monastère de Mandanë j et qui avait demandé en mourant d'être rapporté à celui de Sciscy. Ces deux Saints furent réunis dans un même tombeau , comhie ils avaient été unis pendant la vie dans une même charité, Il

cnmmc ils devaient l'être dans une même gloire pendant feterni lé. Leur monument se voit dans l'église de Saint Pair y il est placé sur le lieu même de la sépulture , car leurs reliques n'ont jamais été levées ni visitées.

Saint Pair est encore connu sous les noms de Saint Paterne , Saint Pois et Saint Palier. Senidr , qui loi succéda dans levèchéd'Avranches, revint aussi mourir à Seiscy et fut inhumé à ses côté».

Le monastère de Mandane , que plusieurs croient être le même que Maudwin , ou Malduin , comme nous t'avons déjà „ dit , et Févéque Lauesius , Laseivas ou Passives , nous sont inconnus. L'église de Bayeux réclame un Lauscras , ou Las-* eivus, dont on Kl ki souscription aux actes du concile de Paris, de Tan bhl ; dans le même temps, un évêque donom de Passivus gouvernail l'église de Séex } peu auparavant , Hugues de Sainl-Oalais réédifiait dans le lieu nommé Madttal, auf diocèse du Mans, le célèbre monastère qui s'est appelé de^ puis du nom de Saini-Calais. Tous ces noms et ces dates coïncident entr'etix, et avec le (ait que nous examinons f mais leur coïncidence même est ce qui nous ôte toute lumière pour pouvoir les expliquer. La seule chose qui reste positive, d'après les actes couservéspar Surius, c'est que Saiul Pair mourut un quinzième jour d'avril , à l'âge de quatre-vingt-trois ans, après avoir gouverne l'église d'A-* vranches pendant treize ans. Nous allons examiner bientôt quand le 16 d'avril put tomber dans la semaine d'après l'octave de Pâques (B).

Saint Lam cessa de vivre le onze des calandes d'octobre Y mais nous ignorons en quelle année. L'église de Cou lances r qui Ta choisi pour son second patron r fait sa mémoire en ce même jour; les autres églises la renvoient au lendemain, àcause de la fête saint Mathieu

\xs églises de Rouen , de Saint-Laut , de Coutances , dè

Tulle et d'Angers se sont partagées les reliques de ce saint prélat ; dans toutes ces villes , excepté celles de Saint-Laut et de Coutances , H existe des églises érigées en son honneur. Il en existe pareillement sept dans le diocèse de Coutances : savoir , trois sous le nom de Saint-Louet et les églises paroissiales de Foucarville , Courcy, Ourville et Sénoville. Il y avait encore autrefois celle de trégbz , ainsi que lé prieuré du Bourg-Achard , au diocèse de Rouen. Dans cette dernière on voyait le portrait de saint Laut peint sur une Vitre.

TABLEAU DE L'HISTOIRE CONTEMPORAINE

SYÉNBMEXS.

558 La Neustrie est réunie au reste de la monarchie , dans tes mains de Clolaire I.

562 La Neustrie écheoit en partage à Chérébert, roi de fcaris.

566 La Neustrie, jointe au royaume deSoissons, passe aux mains de Chilpéric I.

Noies.

(A) BRIOVERE ET L'ÉVÊQUE SAINT LAUT.

Si c'est dans le commerce ordinaire de la vie une chose indifférente d'écrire mal le nom de riotre cinquième évéquc , il ne saurait en être de mémé par rapport à ta liturgie, dans laquelle tout doit être d'une rigoureuse exactitude , or il est vrai que le nom de Laudus ne lui appartient point, mais bien celui de Lauto, puisque c'est ainsi qu'il l'écrivait lui-même : jcs actes de trois conciles nous en fournissent la preuve.

Il est plus déplorable encore que notre belle hymne Bclla dediseat Briovcra , outre l'incertitude du nom de Briovére contienne dans la première strophe uiie contre-vérité; car, loin que cette ville soit devenue l'asile de la paix, et ait cessé d'être nne forteresse deputs qu'elle a pris le nom de Saint-Laul, c'est au contraire comme place de guerre qVelle apparaît avec ce nom sous la plume des chroniqueurs des neuvième et dixième siècles : Flodoard , Régiuon , les auteurs des gestes des Normand et des annales Védastines ; c'est depuis qu'elle porte le nom de Saint— Laut qu'elle a soutenu des sièges et qu'elle & été désolée par la guerre. Le poète , M. Lebeau , le célèbre auteur de l'histoire du bas empire , était bien mal informé lorqu'il l'a composée.

Il est passé eu usage d'attribuer a la ville de Saint -Laut le nom de Briovére, comme s'il était réellement incontestable que ce fût son nom primitif, or, au contraire , il n'est rien de moins prouvé. En effet, il n'y a que trois nvonumens qui présentent le nom de Briovére , et outre qu'ils n'expliquent point à quelle ville ils l'attribuent , il y a apparence qu'ils sont falsifiés en cela même, et par conséquent ils ne peuvent offrir aucune garantie : ce sont deux exemplaires du premier concile d'Orléans, et les actes du cinquième. Les deux exemplaires du premier

*■ orient dans leur ieiie , et non dan» leurs souscriptions: Ex ci- Vitate Briovere Leoutius episcopus; tandis que tous les autres portent au même lieu : Leontianus epiicopus de Constantiâ. Notre évéque signait LeoiUianus et non pas Leentius ; tl écrivait «prés son nom Constantiâ et non pas Briovere. 11 semble donc bien probable que ces deui exemplaires ont été falsifiés ; le savant père Syrmond l'a cru de mémo, et les a rejetés pour suivre les autres , tout en observant queCoutances pourrait avoir porté le nom 4e Brjovére; mais cette supposition est sans fondement.

Quant aux actes du cinquième, ils portent dans leurs souscriptions, et non dans leur texte, Lauto episcopus ecclesiœ Constantinte vel Brioverensis. Saint Laut , ni son délégué , n'avaient pas fait mention deBriovére aux trois conciles précèdent, pourquoi en est-ll fait mention ici? L'on ne voit nulle part une telle addition. Nos prélats sont» évéques de Coulances et de Saint-Laut, et non pas de Coutances ou de Saint-Laut; c'est donc et qu'il faudrait , et non pas vel. Et de plus , une telle adjonction n'a jamais été usuelle que pour ceux qui réunissent deux évéchéasous leur main. Il y a donc encore une grande apparence que les actes de ce concile on été falsifiés à cet égard.

Briovere semble vouloir dire un pont sur la rivière de Vire, du nom de cette rivière , et du mot celtique- Brig » qui signifie un pont. Celle appellation , en l'admettant pour constante , pourrait convenir à bien des lieux.

Il y a eu un échange entre les diocèses de Coutances et de Bayeux; ce fait est admis par la plupart des écrivains, et autrement il sérail impossible d'expliquer comment Saint-Laut , Baudre , le MesnH - RouxeHn , Sainte - Croix et Salnt- Georges-Mont-Cocq , placés de l'autre coté de. la rivière de Vire , qui servait partout ailleurs de limite entre les deux diocèses, auraient été de celui de Coulances; et comment les paroisses de Sainte-Mére-Egiisc, Lieu-Saint, Neuville, ViervilleelChef-du-Pont.qui sont disséminées dans la presqu'île du Cotenlin , eussent été de celui de Bayeux. De tels échanges avaient- eu lieu entre un grand nombre de diocèses limitrophes» Jfl.Be Gerville a indiqué une raison asseï plausible de celui qui

»ous occupe : lesévéques de Bayeu* auraient aMarhé quehju* prh à posséder tes lieux qui auraient été sanctifiés par les tra-i vaux ou les miracles des Sainte Mtrcou , Criou et Domard , sor-v lis du nombre de leurs diocésains ; cependant on pourrait demander pourquoi ils ne réclamèrent pas plutôt la paroisse et tes lies de Saint-Marcou , qui devaient leur être phM chères encore. Von peut dire ainsi qu'il était Important pour les évéques de Coutances d'avoir la ville de Saint-Laut et les paroisses voisines^ #1 réellement ces lieux avalent eu des rapports avec le plus grand des évéques de leur église.

Or, si cet échange est postérieur à l'évéque Salnt-Laut, i\ prouve la falsification des actes des conciles dont nous avons parlé ! eu e(Tett pet éyéque et son anti-prédécesseur n'auraient pu prendre le nom d'évéques de Briovére, puisque Briovéte n'aurait pas fait partie de leur église. S'il a en Ken, comme le prétendent les historiens du diocèse de Bayeux, entre Leucadtos, évéque 4e Bayeux, et Saint Laut lui-mén~et Leontien n'a pu se dire évéque de Briovére, puisque cette ville n'était pas ençorc dosou diocèse, S'il est antérieur a Leontien hii— même , alors qu'on .en fasse donc la preuve et qu'on en assigne les raisons. Alors aussi les historiens de Bayeux sont doue dans l'erreur, et ceux des nôtres qui disent que Saint Lan! alla à Paris, pour obtenir du roi la ratjficetlou de cet échange , y sont donc pareillement^

(B) Suivant Surhis, Saint L^ul dut mourir peu de temps après Paint Marcou; cependant celte indication, toute vague qu'elle soit , semble bien peu approcher de la vérité, à moins que l'on, ne suive te sentiment d'ArtusDaanoustier qui prolonge le vie de ce sahit jusque vers Fan 570. En effet , Saint Laut Inhuma Saint Pair, et s'était un 16 d'avril , qui tombait au vendredi d'après k dimanche in abis , ce qui place le jour de Pâques au 4 de ce mois. Les sâvans qui ont recherché à quelle année cetto date pouvait convenir ne sont pas arrivés au même résultat, Artus Dumoustier assigne l'année 502, Herman dit 558; mais ei\ adoptant *e calcul des auteurs du Gallia Christian de Trigan , qui assignent l'année 565 , on n'en pourrait encore rien çouclurc* puisque d'après le même Trigan, Pâques revint encore

même jour dans Tanné* 576; or, rien n'empêche de reculer jusqu'à cette époque la mort de Saint Pair. A ce compte » Saint Laut eût vécu bien long-temps après Saint Marcou ; d'autant plus que si nous savons qu'il vivait encore lors du décès de Saint Pair , nous ne savons pas combien de temps II vécut après.

La plupart des auteurs ne le font pas vivre si long-temps, mais c'est en vertu de cette fausse supposition , qu'en 567 il était remplacé par Saint Romphaire, qui assista , en cette même année, a la dédicace de la cathédrale de Nantes. Fortunat, sur l'autorité duquel ils s'appuient, témoin de cette fête, en a laissé un poème descriptif, dans lequel il nomme Marachariut un des évéques qu'il y connut personnellement, et ils croient que cet évéque est notre Saint Romphaire ; mais Grégoire de Tours , qui connaissait aussi personnellement l'évéque de Goulances , le nomme autrement : il l'appelle Romaehariu$. Sans doute ces deui auteurs savaient ce qu'Us disaient. Ce qui achève de lever la difficulté, c'est que ce Mara*hariu* est réclamé par le diocèse d'Angouléme, et que les historiens étrangers à notre diocèse le lui donnent sans contestation.

Le fait célébré par Fortunat ne peut donc rien fiter par rapporté la mort de Saint Laut, ni par rapport a l'élection de son successeur, dont le premier acte connu est de l'an 58tt , au plutôt.

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