De la Cathédrale
Plusieurs archéologues , particulièrement les archéologues anglais , jugeant de l'âge de notre belle cathédrale par le genre de son architecture , l'ont crue de la fin du quatorzième siècle , ou du quinzième ; et il s'y rapporte en effet. Cependant il est certain qu'elle fut fondée en 1030, sous lepiscopai de Robert I ; que la construction fut reprise en 1048 , par Gcffroi de M ontbray , et que la nef en fut dédiée en 1057 : toutes ces dates sont certaines. Ce serait en vain d'objecter que ce bâtiment primitif a été refait sous Jean d'Essey , ou tout autre évêque ; car il ne reste nul indice qui puisse le moins du monde étayer celle supposition , et le registre commencé sous le successeur de Gcffroi de Monlbray en parle au contraire de façon à ce que l'on puisse parfaitement reconnaître l'édifice tel qu'il existe maintenant. Lacroisife , les deux tours de dessus le portail , la grosse tour , ou lanterne du chœur , furent dédiées postérieurement ; mais
loul élait achevé du vivant de Geffroi , qui mourut en 1092.
Pendant le xiv.e siècle elle fut tellement endommagée et empirée par le fait des guerres et notamment par le siège qu'elle soutint contre Geffroi d'Harcourt , qu elle se trouva en voie de cheoir en ruines, sans les réparations et amendemens qu'on y fit , particulièrement sous les règnes de Charles V et de Charles VI. Elle fut une vingtaine d'années en état de dégradation , après la retraite des armées de Charles de Navarre , commandées par Geffroi d'Harcourt. Les réparations ne commencèrent qu'en 1371 ; elles duraient encore en 1402 , comme on le voit par un arrêté du chapitre, rapporté par M. Démons dans ses conjectures.
« Toutes les grandes fenêtres des deux côtés de la nef cl la » plupart des chapelles appartiennent à la restauration. Parmi » celles-ci , plusieurs offrent même un travail postérieur. -
« On en peut dire autant de la chapelle de la Vierge cl de
• celles qui sont au midi du chœur ; entre les clochers il est » également facile de reconnaître beaucoup de traces de la
■» restauration. »
• Mais ces deux clochers , mais cette admirable lanterne » qui est sur le chœur , mais la plus grande partie du côté
• septentrional de ce chœur , et presque toute la partie cen-
• traie de l'édifice intérieurement , sauf les réparations faites
• aux colonnes cl à leurs chapitaux , sauf aussi celles de la
• voûte , me semblent du travail primitif. • ( De Gervil. mem. )
Ce qui peut porter à croire qu'en effet une partie des voûtes a été refaite , c'est qu'on n'y voit plus les noms des fondateurs , qui furent primitivement gravés sur les arceaux.
La cathédrale a do longueur intérieure trois cents pieds ; île largeur , y compris les chapelles , cent-huit pieds ; la croisée a cent trente-quatre pieds de long. Les flèches ont deux cent vingt-deux pisds de hauteur. Les voûtes sont supportées
par vingt-huit colonnes principales : c'est-à-dire , non compris celles qui forment les chapelles et la seconde galerie d'autour du chœur , et en ne comptant que pour une les douhles qui environnent le sanctuaire. Cette colonnade du sanctuaire fait l'admiration des connaisseurs.
Ses armes sont d'argent , au léopard de gueules , au chef d'azur , à deux fleurs de lis d'or.
Avant la révolution , elle avait quatre-vingt mille livres de rente.
Originairement, l'évéque était le patron de toutes les chapelles de la cathédrale , mais nous voyons par un règlement de l'an 1308 , passé entre Robert 11 et ses chanoines , qu'à celle époque, le chapitre avait le patronage des chapelles et chapellenies de Sainte-Croix , Sainl-Komphaire , Sainle-Appoli ne , les Saints-Apôtres Pierre et Paul , et Saint-Nicolas; l'évéque avait celui de toutes les autres. Depuis lors, il y a eu des changement dans celte disposition , ainsi que nous allons l'indiquer pour chacune d'elles en particulier. Nous commençons parle côté du nord , contre le portail , et nous faisons le tour jusqu'au portail du midi. 1.° Chapelle de la Sainte-Trinité ; elle avait deux chapelains : un dit de Saiiiie Eulrope ; et l'autre, de la Sainte Trinité. 2.° Du Saint-Esprit , avec un second litre , dit des Sainls-Docteurs , l'un et l'autre à la nomination de l'évéque. o.°DeSainl-Koinphaire; elle appartenait aux eu fan s de chœur. 4." De Sainl-Barlhélcmi; à la nomination de l'évéque. 5.° De Saint-Martin, dite plus anciennement de Saint-André , à la nomination de l'évéque. 6 ° De saint-Martin , aussi à la nomination de l'évéque. 7.° De Saint-Ceorges-le- Vieux , à la nomination de l'évéque. 8." De Sainl-Nicolas, à la présentation du chapitre. Deux chanoines étaient anciennement titulaires de celle chapelle , et curés de la paroisse de Sainl-Nicolas , dont elle fui temporairement l'église paroissiale. 9.° Des vicaires; celle-ci
navail point de < hapelaiu , mais elle appartenait en commun aux vicaires du maître-autel. 10.° De Saint-Sébastien, autrement dite de Saint-Thomas martyr ; le chapelain officiait à toutes les processions qui avaient lieu le lundi après matines. 11." De Tous-les-Sainls. 12.° De Sainte-Agathe , à la présentation du chapitre. Le chapelain présentait à la précédente alternativement avec levéque. 13.° De Saint-Louis-le-Yïeux , à la nomination de levéque. Elle avait un second titre, nommé de Sainl-Kloi , destiné à un ecclésiastique qui avait été six ans enfant de chœur 14.° De Sainl-Malhurin ; alternative entre levéque et le chapitre. 15 ° De Sainte-Catherine ; à la nomination de levéque ; c était une des chapellcnies de Cherbourg , ainsi que les deux suivantes. On se rappelle ce que nous avons dit de la collégiale de Cherbourg , dont les revenus furent transférés à la cathédrale , par Hugues de Morville y avec l'assentiment de Philippe-Auguste , qui voulait récompenser cette église des perles qu elle avait souffertes par le fait des guerres. Ils se percevaient dans les paroisses de Tourlaville , Octcville , NouainvilleelEqueurdreville. 16.° De Saint-Etienne; à la nomination de levéque. 17.° De Saint-Marcou ; à la nomination de levéque. 18.° De la Cerclée ; à la nomination de l'évéque , pour les deux portions. 19.° De Saint-Michel ; à la présentation du chapitre. 20.° De Saint-Jean-Baptiste et des quatre Évangélisles ; chapellenic de Cherbourg , à la présentation du chapitre. 21.° De Sainte- Marie-Madeleine ; à la nomination de l évèque. 22 ° De Saint- Charles; à la nomination de levéque. 23.° De Saint-Lant; deux portions , Tune et l'autre à la présentation du chapitre. 2fc.° De Saint-Georges ; deux portions. 25.° Des Apôtres ; à la nomination de levéque, mais destinée pour un clerc qui avait été onfant de chœur. 26.° De Saint-Jean -Evangélisle ; à la présentation du chapitre. 27.° Du Saint-Sépulcre ; deux portions , dont la première , alternative entre levéque et le
chapitre; et la seconde, au chapitre seul. 28.° De Notrc- Darae-de-Pilié. 29.° De Sainl-François ; à la nomination de 1 evéque. 30.° De Sainte-Croix ; alternative entre l'éfêque elle chapitre. 3i.° De Sainte-Appoline ; alternative entre l'évêque et le chapitre. 32.° De Saint-Gilles ; à la nomination de lcvéquc. 33.° De Sainl-Louis-le-Jeune; à la nomination de 1 evéque. 3A.° De Sainte- Anne et Saint- Ignace ; destinée à un ecclésiastique qui avait été six ans enfant de chœur. Enfin , deux chapelles dites l'une de Sainte- Suzanne , et l'autre de la Conception , contre les deux piliers de Icnlrée du chœur.
On lit celte inscription dans la seconde , la quatrième et la cinquième : Jean d'Essey , évéque de Cou la nées , dota cette chapelle. La troisième, la quatrième, la cinquième et la sixième sont pavées de briques armoriées , fort intéressantes pour les amateurs de l'art héraldique , et qui sont destinées , peut-être , à remplacer les noms des fondateurs et bienfaiteurs qui ont disparu des arceaux.
Les dignitaires étaient au nombre de huit : savoir, le chantre , quatre archidiacres , le scolastique , le trésorier et le pénitencier. La trésorerie et la pénitencerie étaient toujours unies à des canonicats. Les quatre archidiacres n'étaient point chanoines , ils n'avaient que séance et rang dans le cliœur et dans l'église.
La chantrerie conférait de droit les revenus <k la paroisse de Blainville , ainsi que le patronage , et un fief dans la même paroisse. L'archidiaconé de la Chrétienté conférait la prébende de Besneville , qui consistait dans les deux tiers des dîmes, avec une pension sur les déports. L'archidiaconé du Beauptois conférait la prébende et le patronage d'Urvillc , avec quelques revenus pris sur les déports et les droits de visite. Le patronage d'Urville était onéreux , car il ne donnai i pas les dîmes , et il obligeait le patron à plusieurs redevances
ci à l'enirelicii d'un vicaire dans la paroisse. L'archidiaconé du Val-dc-Saircs n'avail que les déports el les droits de visite. L'archidiacre du Cotcnlin était seigneur de Oasvillc , et possédait la moitié des dîmes de la paroisse, et le tiers de celles d'Yvelol, ainsi que quelques droits sur les déports , et ses droits de visite. Lecolàlre avait les deux tiers des dîmes du Mènil-Auberl. Le trésorier , celles d'Equeurdreville el quelques renies. Le pénitencier était de plein droit seigneur , patron cl curé de Sainl-Louet-sur-Sicnne.
\jz chapitre avait les prébendes suivantes : 1.° la première de Muneville , qui consistait en un fief el les dîmes inféodées. 2." De Sain l-Samson , qui conférait la seigneurie, le patronage el les dîmes de la paroisse. o.° Des Yauliers, à Quibou , qui consistait en un lief , des dîmes inféodées et le tiers de la cure. 4.° D'ilubcrvillc, qui donnait droit à une partie des dîmes du lieu. 5.° La seconde de Muneville , dite du Chàtcau-Pair , qui consistait en un fief et une partie des dîmes. 6.° D'Yvelol, qui consistait dans la moitié des dîmes. 7.° De Saint-Jean , à Trclly , qui consistait en deux cents livres de renies seigneuriales. 8.° La première de Saint- Gilles, qui n'était que de dix livres. 9.° Des Viviers, à la Mancellière , qui consistait en un lief , des rentes el des dîmes. 10.° De la Contefie,a la Mancellière , qui consistai! en un fief, des renies et des dîmes. 11.° Du Bois-Hérou , à Quibou , qui consistait en un lief, des rentes , des dîmes , et le tiers du droit curial. 12." De Lengronne , qui donnait au titulaire le tiers de la dîme. 13.° De Charpaigne, à Trelly : deux cent cinquante livres de rentes seigneuriales. De l'Aumône, à Saini-Sauveur-Lendelin. 15.° De Vire, à la Mancellière : un lief , des rentes, un moulinet des dîmes. 16.° La grande de Trelly : un fief et des renies seigneuriales en argent el en nature. 17.° De Saint- IN icolas-de-Cou lances : le tiers des dîmes de la paroisse. 18.° De Gacliebert , à Cou-
lances : les deux tiers des dîmes de Saint-Pierre. 19.° La Théologale : l'autre tiers des dîmes de Saint-Pierre. 20.° Du Val , à Quibou : un lief , des terres , des renies et le tiers du droit curial. 21.° La pelile de Saint-Cilles : 10 livres de rentes. Il y avait encore les quatre de Cherbourg et une à la Mancellière, nommée de la Fou 1er ie.
L evêque était patron de toutes les prébendes , et chanoine de droit , ce qui faisait qu'il s'en attribuait aussi une à luimême.
Les deux prébendes de Sainl-Gillës , dont les biens étaient silués à Jersey, ne subsistaient plus que pour mémoire : I evèque donnait dix livres de rente à chacun des prébendes , et la seconde était attribuée à l'écolàlre.
Le chapitre avait en outre la commune , qui devait fournir à la subsistance de tous les officiers laïques , à l'acquit des obils, ei au traitement des six vicaires du maître-aulel , qui faisaieut ensemble un chanoine ei demi.
Les prébendes payaient toutes ensemble une décime de quinze cent soixante-deux livres quinze sous.
Ces détails sont tirés d'un étal dressé eu 1665, et relouché depuis par Monseigneur de Loménie.