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Révolutions de France et de Brabant, 13 septembre

sous la Révolution.

ments, que le cri accoucumé dans la marine de rive le Roi! soie remplacé par celui-ci : Vive la Nation^ la Loi & le Roi! On n'avait contesté jusqu'alors au roi que son rang dans le cri patriotique ; ce fut Louis XV'I lui-même qui perdit son titre en abandonnant la nation. La formule : Vive la

N° 29. Fabrique du nord de la France.

Nation, la Loi & le Roi! ne disparut qu'après l'arrestation de Louis XVI à Varennes, & dès lors fut adoptée l'appellation que, le premier, Grégoire avait prononcée à la tribune : « Je Jure d'être fidèle à la Nation, à la Loi. »

La Nation ayant repris l'autorité à partir du 2 1 juin 1791 , le peuple & les bourgeois crièrent : Vive la Nation!

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Pourtant, le 26 septembre 1791, Wille note sur son cahier qu'on entendait encore Vive le Roi & la Reine! & que ces cris retentissaient partout sur le passage du roi allant avec sa famille à la Comédie-Nationale ; mais c'était déjà une formule anti-patriotique, comme on le voit par une lettre du ministre de l'intérieur. Vqts. le milieu de février 1792, des désordres éclatèrent au Vaudeville à propos d'une pièce de Palissot. Les royalistes criaient J^ive le Roi! Dans la salle, & à la sortie, le peuple formant la haie répondait Vive la Nation! ce qui amenait du tumulte & des collisions. Le ministre de l'intérieur écrivit au département une lettre où il simalait le danger des cris Vive le Roi! n Ce sont des conspirateurs, dit-il, qui osent exprimer des vœux impies en souhaitant au roi un bonheur indépendant du bonheur national, d Ainsi, en février 1792, l'acclamation Vive le Roi! est inconstitutionnelle; au contraire, celle de Vive la Nation! devient officielle.

L'histoire de la Révolution, qu'on commence à étudier par les monuments , a fait retrouver à Amiens un singulier document. « Les publications de feuilles volantes «Se de brochures ne firent que s'accroître à la Révolution; il fallait alors familiariser le peuple avec les idées nouvelles, & la distribution allait son train. Dans un moment d'enthousiasme on mie en musique ces mots : J^ve la Nation^ la Liberté j la Loi et la Constitution ^ pour les mieux graver dans les cœurs des citoyens ^ »

J'ai obtenu communication de cette curiosité musicale,

I. F. Pouy. Recherches sur l'imptimerie dans le département de la Somme, i vol. in-8°. Duprat, i86^. .^~ «.> --

en tête de laquelle esc gravé le symbole des trois ordres. L'idée étaic heureuse de mettre en musique un cri patriotique; mais où. un Méhul eut été nécessaire pour recouvrir d'une grave mélodie la formule constitutionnelle, il

N" îo. Assiette nivernaise.

semble qu'un musicien excentrique ait jeté au hasard des noces sans rapports harmoniques.

A cet essai je préfère ceux des potiers du Midi, de l'Alsace & du centre de la France. A Lyon, à Marseille, à Nevers, à Lille, de nombreuses faïences furent fabriquées acclamant la Nation ou invoquant la force au moment où la Nation fut en danger.

Faïences patriotique s

Les femmes voulurent avoir le cri de Vive la Nation ! peint sur leurs éventails; il faut se fier médiocrement au patriotisme des femmes. Elles ont montré quelquefois de l'héroïsme; mais la force, en quelques mains qu'elle se

N° 31. Fabrique du nord de la France.

trouve, les frappe trop pour que Tidée de dévouement civique soit solidement ancrée en elles.

Dans le nord de la France, entre Lille & Saint-Omer, population froide & pacifique, la Nation fut surtout symbolisée parle prêtre, le bourgeois & le noble; la faïence cidessus , un peu grossière, ne peut donner une idée des

sous la Révolution, i^i

brocs de grande dimension où fut représentée la bourgeoisie servant de traie d'union entre la noblesse & le clergé. L'idée qu'on se fait du Tiers dans le Nord est celle d'une sorte de personnage à la Franklin.

Pourquoi malheureusement la Nation contribua-t-elle à la mort d'une femme dont le sang fait tache sur le blason de la Révolution! Les portraits qui nous restent de la princesse de Lamballe sont empreints d'un tel charme qu'on ne comprend pas que la colère du peuple ne soit pas tombée devant tant de grâce. La mort de madame de Lamballe fut, dit-on, le résultat d'une erreur. Le fait est rapporté par un contemporain qui n'est guère suspect d'enthousiasme révolutionnaire, le Genevois Mallec du Pan : « On dit que madame de Lamballe périt pour avoir perdu la tête. Lorsqu'elle sortait, on lui cria de dire Vive la Nation! Deux gardes nationaux la tenaient sous les bras. Frappée d'effroi à la vue des corps entassés & palpitants dans des ruisseaux de sang, elle s'affaiblit & dit : Ah! quelle horreur ! La nation crut qu'elle la maudissait. On lui porta les premiers coups ; elle tomba & fut achevée en deux minutes ^ »

Suivant le même publicisee, Robespierre fut blessé dans sa vanité par ce cri patriotique. « Robespierre, dit Mallet du Pan, visait réellement à rester seul maître de la France. Il avait espéré qu'on le proclamerait dictateur le jour de la fête de l'Etre suprême, au moment où il alla brûler le mannequin de l'Athéisme au milieu des bassins

I. Miscellanées , faisant suite aux Mémoires & Correspondance de Mallet du Pan, recueillis par Sayoas. Paris, Cherbuliez. 1851, 2 v. in-8°.

des Tuileries; mais la multitude ne lui donna aucun applaudissement & cria : Vive la Nation ! «

Malgré leur puissance, les hommes de cette époque ne marchaient qu'après les principes.

Un des plus beaux élans de ce cri national part du camp

N° 32. Assiette de Xevers.

français, alors que Kellermann commandait des recrues qui n'avaient pas encore essuyé le feu de l'ennemi. C'était à Valmy, le 20 septembre 1792. D'un côté Dumouriez, de l'autre le duc de Brunsvick. En face des bataillons prussiens inébranlables, de jeunes soldats peu exercés au feu,

sous la Révolution.

Kellermann n'écaic pas sans inquiécude sur le sort de la journée. Craignant que les recrues ne faiblissent au moment de la lutte, le général se dresse sur ses étriers, & élevant son chapeau sur la pointe de son sabre : « Vive la Nation! » s'écrie-t-il.

A ce cri patriotique les soldats répondent d'une seule voix : « Five la Nation! » & attendent de pied ferme les Prussiens. — « La victoire est à nous, mes enfants ! « s'écrie Kellermann.

Les Prussiens furent balayés. Le souvenir de la Nation avait rendu les Français invincibles.

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