I. Lemontey, Œuvres complèfes, t. V, p
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térêc de la Nation, le trésor de la Nation, parce qu'en effet il n'existait point de Nation : la France n'était qu'un vaste parc de moutons, que celui qui s'en était rendu maître faisait vendre ou tondre, car tel était son bon plaisir. »
Les historiens n'ont pas prêté attention à ces cris & surtout à leur date; aussi suis-je obligé de les rechercher partout, à Paris, en province, sur les décrets, les monuments, les drapeaux, les mentionnant d'où qu'ils partent.
Le Courrier de Villeneuve-les-Âvignon paraît le i^'' décembre 1789 avec cette épigraphe : La Loi et le Roi. Un fait si mince peut paraître sans importance \ il est grave. Quand une abstraction marche avant une personnalité telle que celle du Roi. on peut dire que la personne royale, devenant bientôt elle-même une abstraction, semble par là moins humaine & plus périssable.
Dans ses Mémoires . Bailly écrit, à la date du 10 août : a L'Assemblée a ordonné aux troupes nationales & de ligne, officiers & soldats, de prêter serment d'être fidèles à la Nation, à la Loi et au Roi. » C'est Baillv lui-même qui souligne cette formule, & il ajoute : « Voilà le premier exemple d'un serment fait en France à la Nation. »
Le 20 août, sur la place de l' Hôtel-de-ville, l'Assemblée fait prêter serment aux officiers de demeurer fidèles à la Nation, au Roi. à la Loi et à la Commune de Paris. « Il faut
remarquer, dit Bailly (qui n'est pas conséquent avec le texte précédent), que le roi est mis ici avant la loi, & cela est conforme à la formule décrétée par l'Assemblée nationale, le 10 août, pour le serment des troupes, Cet ordre, a été changé depuis, s
Un brave Allemand un peu badaud (il était graveur),
■ou s la Révolution.
Wille, a laissé un journal des événements qui le frappèrent pendant la Révolution. Ces Mémoires, récemment imprimés, sont d'une sincérité qui ne peut être mise en doute. L'homme n'avait pas d'intérêt à mentir. Il a peu vu du drame révolutionnaire, & ressemble à ces témoins assignés dans un lugubre procès qui égayent l'auditoire, car des
N° 28. Assiette de Xev:rs.
faits principaux auxquels ils furent mêlés ils ne sont frappés que par les minuties.
Toutefois, le 14 juillet 1790, Wille noce dans son Journal que les troupes de Paris & de province crient en se rendant à la cérémonie de la Fédération: J'ii^e la Nation! Le gra-
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vear confirme la déposition de l'enthousiaste Camille Desmoulins, qui, mêlé à la foule, prend part au drame, se passionne, & écrit à propos de la fête de la Fédération : « J'ai remarqué parmi les enfants, toujours amis de 1" égalité, que les moins patriotes ne criaient jamais : Vive le Roi! qu'après avoir crié quatre-vingt-dix-neuf fois : Vive la Nation! »
De Tinscription tracée en gros caractères sur le soubassement de l'autel de la Fédération, Desmoulins tirait la conclusion suivante : « Songei aux trois mots qui garantissent vos droits : la Nation, la Loi & le Roi. La Nation, c'est vous ; la Loi. c est encore vous y c'est votre volonté; le Roi. c'est le gardien de la Loi. »
Quel démenti à l'éducation donnée au duc de Bourgogne !
On a remarqué, suivant Bailly, combien l'ordre hiérarchique de ces appellations fut difficile à établir. Le 10 août l'Assemblée décrète que les troupes prêteront serment de fidélité à la Nation . à la Loi & au Roi. Le 20 du même mois, les troupes jurent obéissance à la Nation, au Roi. â la Loi & â la Commune de Paris.
Le Roi passe avant la Loi. La Fédération avait rejeté la royauté au dernier rang : La Nation, la Loi & le Roi.
Un provincial propose au rédacteur du Courrier de Lyon (le 30 mai 1790) de retrancher le Roi du cri patriotique : « C'est maintenant aux Parisiens de surpasser les fêtes de Lyon & de Draguignan. On nous a fait passer différents projets. Chacun se demande comment on célébrera cette fête, quel objet frappera nos sens. C'est, dit M. Bailly, dans sa lettre rogatoire de convocation, c'est pour crier tous ensemble : Vive la Nation, la Loi & le Roi! Cela est
sous la Révolution. i^c
très-bien, & serai: encore mieux, si c'était pour crier : Vive la Nation. la Loi & l Assemblée nationale! »
Il est juste de donner toutes les opinions. Un certain vicomte de Toustain-Richebourg avait écrit à Desmoulins de proposer en public, par la voie de son journal, de substituer pour la fête de la Fédération la journée du 17 juillet à celle du 14 : « Est-ce bien à l'ancien procureur général de la Lanterne . s'écrie ironiquement Camille, que cette lettre est adressée? Le 14 juillet. écrit le vicomte de Toustain-Richebourg (qui devrait pourtant avoir appris qu'il n'y a plus de vicomtes) a l'inconvénient de mêler à la plus éclatante cérémonie, à la plus majestueuse fête de la plus auguste famille., des ombres nécessairement dures. C'est le 17 juillet qu'il faut choisir, en mémoire de 1 héroïque abandon avec lequel Louis XVI vint se constituer au Louvre. C'est le 17 juillet que doivent célébrer des citoyens qui jurent de rester fidèles : 1° à la Loi, 2^ au Roi, 3° à la Nation... A la Nation après le 7?oz, vous êtes un aristocrate, M. Toustain, » ajoute Desmoulins, qui prend la lettre du vicomte sur le ton plaisanta
A Londres, dans le Strand, un important banquet, présidé par lord Stanhope, fut donné à la taverne de la Couronne & de l'Ancre. Le président porta un toast à la majesté du Peuple, à la Nation, à la Loi^ au Roi. Le banquet se termina par une chanson dont le refrain était : « Salut , 0 sainte Liberté! Anglais, célébrez ce jour glorieux. Il a délivré la France des mains du pouvoir arbitraire. »
En septembre 1790, une vive discussion s'engagea à
ï. Révolutions de France et de Brabant, t. III, 21 juin 1790.
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l'Assemblée sur la formule à graver pour les boutons d'habic de la garde nationale. Il n'y avait pas de décret sans importance à cette heure. Camille Desmoulins résume le débat : « L'Assemblée a décrété la forme du bouton des gardes nationales & a écrit dessus la Loi & le Roi. Sauf mon adhésion provisoire, c'est un décret inconstitutionnel, en ce qu'il cache la Nation derrière le Roi, en ce quil ne présente avant le roi que la loi; or la loi est un être abstrait qu'on ne voit pas toujours... D'ailleurs la Loi est un véritable caméléon, dont la nature est de changer & de devenir noir ou blanc, selon que dans la législature domine l'une ou l'autre couleur, au lieu que la Nation ne change point; elle est toujours animée du même objet, qui est l'intérêt général, & ne peut pas même en avoir d'autre. Si ce nom, la Nation, avait quelque chose de trop indéterminé & si on voulait une devise qui rappelât aux 83 départements l'unité, l'indivisibilité, il fallait avec le numéro du district & du département graver sur le bouton le Peuple français. Combien cette devise eut été plus noble! La fierté romaine y eut respiré & elle eût planté la liberté & l'esprit public dans tous les cœurs, au lieu d'y insinuer le royalisme auquel nous ne sommes que trop enclins ^ «
N'est-il pas naturel qu'après ces manifestations populaires de Paris, de la province & de l'étranger, un homme donne corps à ces aspirations & consacre dans un discours éloquent la formule définitive.^ Le 21 octobre 1790, à la suite de la tempête soulevée par son discours sur les couleurs nationales, Mirabeau demande, au milieu des applaudisse-