I. 14 septembre 1791? n
N^ 33. Coupe d'accouchée avec son couvercle (Fabrique du Midi.) H. lé".
sous la Révolution. 14.C
Assemblée nationale constituante , le roi ayant remarqué que lui seul était debout, s'assit et continua son discours.
Quelle revanche sur les états généraux du passé, où le Tiers se découvrait & s'inclinait quand le clergé & la noblesse restaient couverts & debout !
Tout, dans la Constitution, portait les esprits les plus timides à s'affranchir du joug de la royauté; depuis les publicistes jusqu'aux chansonniers, la même idée de révolte circulait contre le trône.
(( Je crains, je respecte & j'estime Et la nation & la loi.
Pour la raison & pour la rime, J'aime & respecte mon bon roi. d
Quelques-uns avaient tenté de railler la Constitution, & l'appelaient dérisoirement la Targinette. à cause de Target, l'un de ses principaux auteurs. Ces facéties n'empêchèrent pas la Targinette de s'imposer.
Un bref sommaire des principaux travaux des membres de l'Assemblée constituante montre quelles idées de réforme avaient remué ces grands citoyens : — Introduction du jury dans la procédure criminelle. — Liberté des cultes complète. — Abolition des vœux monastiques & des lettres de cachet. — Liberté individuelle consacrée. — Liberté de la presse proclamée comme un des droits inaliénables de l'homme. — Egalité proportionnelle des charges publiques. — Division du territoire français en départements. — Abolition des dîmes & des droits féodaux. — Division des propriétés du clergé. — Suppression des maîtrises, jurandes, privilèges & entraves imposées à l'industrie. — Suppres-
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sion de la vénalicé des charges & des offices. — Constitution civile du clergé. — Abolition de l'hérédité nobiliaire & des ordres de chevalerie. — Emplois & grades accessibles à tous. — Organisation départementale, municipale, administrative & judiciaire. — Ordre, uniformité & simplicité introduits dans le système financier & dans les lois.
Bienfaits réclamés depuis longtemps par le peuple & dont les constitutions anglaise & américaine avaient fait comprendre la nécessité.
La déclaration des Droits de l'homme de 1789 contenait en germe ces bienfaisantes réformes sociales. Entre autres principes révolutionnaires . il y était dit : Les distinctions sociales ne peuvent avoir d'autre but que l utilité de tous. — Les pouvoirs politiques émanent tous de V intérêt du peuple. — Les hommes naissent & demeurent libres & égaux devant la loi.
Articles qui n'avaient pas besoin d'être gravés sur l'airain. En un mot ils contenaient la liberté individuelle, le jugement par les citoyens, l'élection populaire, la liberté de la presse. Quoi qu'il ait pu arriver depuis, ces principes sont restés dans leur nette affirmation &, à mesure que Tinstruccion se répandra dans le peuple, les travaux de l'Assemblée constituante prendront un nouveau rayonnement.
Un moraliste ancien disait : « Les peuples seront heureux quand les rois seront philosophes & quand les philosophes seront rois. » Quelques années avant la Révolution, Frédéric II et Catherine de Russie tentèrent de réaliser les vœux du moraliste; ils avaient trop longtemps été sur le trône pour arriver à la parfaite philosophie. Ce que
sous la Révolution. 151
Le couvercle soulevé , au fond de la coupe apparaît un Amour symbolique qui, porté sur des nuages, montre d'une main deux cœurs brûlants & de l'autre tient un drapeau sur lequel est écrit : Vive la Nation! T'ive îamourd!
Il a été dit combien les Italiens étaient galants dans le décor de leurs coupes d'amatorii. Le potier méridional a défini clairement le but de cette coupe d'accouchée, au fond de laquelle se lit une troisième inscription en plus gros caractères :
Coit (c'est) le moment de f^ire un petit
ENFENT.
On trouvera peut-être ces paroles crues ; mais le paysan n'envisage pas le mariage au même point de vue que le citadin. L'enfant, pour lui, est chose purement matérielle. J'ai noté, à la campagne, un mot de paysanne. Elle était sur le seuil de sa cabane, veillant sur un marmot bien portant qui se roulait dans le fumier, en compagnie des poules. Près d'elle passa une femme élégante, suivie de la nourrice portant dans ses bras un enfant pâle & chétif, un enfant du boulevard des Italiens. La Parisienne admirait le marmot de la paysanne & semblait jalouse de sa vivacité & de ses riches couleurs. — Ah! madame, dit la paysanne, votre enfant est d'une pâte plus fine.
On croirait qu'il s'agit d'une gaufre.
Un enfant de paysan, c'est un être qui se pliera en deux pour moissonner, qui fendra du bois, sèmera, récoltera à la sueur de son front, ne connaîtra ni le chaud ni le
F aiences patriotique s
froid, travaillera comme un mulec, comme une machine. On peut trouver dans l'inscription de la coupe d'accouchée de Marseille trace des besoins de la République. 1791 avoisine 1793. De grandes guerres vont jaillir du volcan révolutionnaire ; il faudra des hommes pour combattre. C'est le moment de faire un petit enfant !
Faïences -patriotiques. 149
voyant, les philosophes se firent rois pour le bonheur des peuples, car combien ne compte-t-on pas de grands esprits philosophiques parmi les premiers constituants !
Le peuple accueillit avec enthousiasme une Constitution
N° 34. Assiette nivernaise.
qui répondait aux vœux de la minorité des anciens états généraux.
Les faïences d'alors témoignent par de nombreux spécimens de la popularité qu'obtint la Constitution parmi les potiers. Cette fois, chose rare, ce n'est plus seulement des ateliers du centre de la France que surgissent les emblèmes relatifs à la Constitution.
150 Faïences patriotiques
J'en connais de fabriqués par l'Angleterre pour le Midi^
Les emblèmes de Nevers sont plus gais dans leur coloration, plus clairs dans leur concision. On peut en citer cinq différents.
Le premier portant en exergue : Constitution^ ^79^ 1 représente le livre de la loi supporté par une croix, une bêche & une épée. La Constitution s'appuie sur les trois ordres.
Un second, daté de 1792, est décoré pareillement. Seule, la date a été changée.
Au fond d'un grand saladier, un vieux mendiant, appuyé sur son bâton, crie : ff^. la Constitution !
Un autre type groupe en faisceau, sur le mot Constitution , un sceptre , une pique & au bout un bonnet de la liberté.
Mais la pièce la plus rare est une coupe d'accouchée, fabriquée vraisemblablement à Marseille; pièce élégante décorée d'Amours tenant enchaînés des cœurs. Une branche d'olivier sert d'anse au couvercle, & on se douterait d'autant moins que le patriotisme s'est glissé sous cet émail laiteux, que les potiers du Midi ont rarement (& peut-être seulement cette fois) fait entrer les tendances révolutionnaires au milieu de leurs ingénieux décors.
Le couvercle porte trois inscriptions :
Vive la nation 179 1 Vive lamourd (sic) 179 1 Vive la constitution 1791.
I. Voir seconde partie : Fabriques diverses de faïences patriotiques ,
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