SERMENT CONSTITUTIONNEL DES PRETRES
La Constitution civile du clergé, décrétée le 12 juillet i7po, ne passa pas sans une vive opposition.
Dans certaines brochures, demandant des améliorations pour le peuple, on en réclamait également en faveur du bas clergé. C'est surtout au superflu des prélats, des bénéficiers, des chanoines oisifs que le peuple en veut; le malheureux prêtre de village à la portion congrue excite presque autant d'intérêt que le laboureur & l'artisan. Ainsi dans la brochure Les quatre états de la France, on lit :
« Sire, les curés sont les premiers ecclésiastiques de votre royaume; ils sont les plus utiles, les plus estimés & les moins récompensés. La plupart, dans les provinces éloignées de la capitale, n'ont pas de quoi soutenir leur misérable existence, eux qui doivent être en état de secourir tant de malheureux. Otez, ôcez aux chanoines oisifs une partie de leur superflu, pour accorder le nécessaire aux recteurs des âmes. »
Le bas clergé en général se montra reconnaissant vis-àvis de la Révolution. La plupart des curés de village acceptèrent le serment ; c'étaient les prêtres des villes qui
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refusaient. Ce fut une haine à more encre les deux camps.
Les prêcres constitutionnels étaient traités par leurs adversaires de serment air es. prêtres jureurs. intrus, schis— matiques. apostats. Ceux qui refusaient le serment étaient dits: insermentés, ultramontains . insoumis, réfractaires . noirs, rebelles.
Ces derniers niaient par là même l'essence, les principes & les bienfaits de la nouvelle Constitution. Les assermentés disaient : « Hors la Constitution, point de salut. » Les insermentés répliquaient : a Hors l'Eglise, point de salut. » S'ils avaient le courage de témoigner hautement de leurs sentiments, ils se mettaient en travers de la Révolution. Un fétu de paille ne s'oppose pas à un torrent! Aussi la révolte de certains prêtres amena-t-elle de nombreux désordres. On verra au chapitre Ça ira que le pontneuf révolutionnaire ne fut chanté à l'église qu'après le refus de serment du curé de Saint-Sulpice.
« Si M. l'abbé Triolet ^ écrivait Camille Desmoulins, faic des façons pour prêter le serment civique , l'orgue majestueux remplira aussitôt les voûtes de l'église de l'air: Ah ! ça ira ; tout le peuple, dont la voix est celle de Dieu même, répète le refrain Çaira^. «
Esprits à courte vue de ne pas voir ce que désire la nation, de ne pas entendre ses cris, de ne pas deviner ses aspirations, le feu qui bouillonne dans ses veines.
1. Révolutions de France & de Brabant, 1790. Une gravure en tête du numéro représente le curé de Saint-Sulpice faisant refus de prêter son serment.
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Le pacifique témoin donc j'ai déjà parlé a retracé dans son Journal intime le mécontentement que laissait dans l'esprit de la classe moyenne le refus de serment : « Comme nous étions curieux de voir faire dans quelques églises le serment civique selon la loi, nous allâm.es à Saint-Roch, où il y avait déjà un monde immense & des gardes nationales très-nombreuses pour le maintien du bon ordre. Le monde impatient criait que les prêtres devaient monter en chaire pour y faire le serment, afin d'être vus & entendus d'un chacun. Enfin un bon ecclésiastique monta en chaire en priant l'assemblée de se tranquilliser, qu'ils n'étaient qu'un petit nombre de prêtres, dont elle aurait lieu d'être contente. Après lui, un m.embre de la municipalité, portant l'écharpe aux trois couleurs, monta également en chaire : il fit un discours & de plus instruisit le peuple que , selon le décret de l'Assemblée nationale, le serment des prêtres devait se faire à la porte du chœur; cela fut fait, après la lecture que fit un membre de la municipalité, à haute voix, des décrets concernant le serment civique des prêtres ; il n'y eut cependant qu'environ douze ecclésiastiques qui firent le serment prescrit par la loi. Mais le curé de cette paroisse ne daigna pas s'y soumettre ; il y en eut murmure & mécontentement du reste & par toute l'église, autant qu'il y eut de claquements de mains lorsque les bons prêtres firent leur serment ^ »
Je m'attache surtout à citer le plus de témoignages contemporains pris dans diverses classes; & les lecteurs des Mémoires de Wille m'accorderont que ce patient
I Mémoires & Journal de Wille. Renouard^ 2 vol 1857.
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graveur esc un mince défenseur de la Révolution, qu'il entrevoyait en bourgeois ébahi sans se rendre compte de la portée des événements.
Le philosophe Mercier y met davantage de son âme, & l'anecdote qu'il conte, à propos des prêtres insermentés, en même temps qu'elle met à nu les sentiments du peuple, a le mérite d'être courte & gaie. « Madame, dit-il, avait publié que tous les jours il y aurait chez elle, à son dîner, deux couverts pour deux prêtres qui n'auraient pas fait le serment civique. Son cuisinier, apprenant l'invitation de sa maîtresse, dit : — Les mauvais prêtres n'ont qu à venir , je leur prépare un régal meilleur qu'ils ne pensent; j'écrirai le serment civique dans de petits billets qui seront enfermés dans de petits pâtés. S'ils ne veulent pas prononcer ce serment civique, ils l'avaleront du moins. »
Les villes témoignèrent plus d'irritation que les campagnes du refus de serment des prêtres. Le curé de village est en communion directe avec son troupeau. Il n'a d'autre ambition que de mourir dans sa cure. Sans cesse entouré de paysans, de pauvres & d'infirmes, il est à l'unisson de leurs désirs, de leurs besoins.
Les journaux à l'usage des paysans étaient, il faut le dire, plus modérés que ceux à l'usage des villes. Des esprits conciliateurs dirigeaient ces feuilles, avec le désir d'instruire & de moraliser les masses , & un extrait du Journal des Laboureurs de Le Quinio , membre de la seconde législature, montre quels sentiments de concorde l'écrivain cherchait à répandre parmi ses lecteurs.
« Tous les jours on reçoit de nouveaux avis, non-seulement que les prêtres des différents départements prêtent
sous la Révolution. i6: