I . Voir plus loin, au chapitre xv
sous la Révolution .
restreince & comprimée. A défauc de symboles, il écrit luimême le mot à la craie, au charbon , avec la gouge & le pinceau. On effacera le mot neuf fois sur dix. Qu'importe, s'il reste sur un pan de mur ! Les enfants ont épelé le mot, un de ceux qui ne s'oublient pas.
N° 40. Assiette nivernaise.
La figure de la Liberté fut à la fois empruntée par la Révolution à l'antiquité et au moyen âge, car au. nombre des vertus sculptées sous les porches des cathédrales figure la Liberté. Les iconologistes du xviii^ siècle, dit M. Renouvier, n'avaient fait que reprendre la donnée antique. Moreau, dés 1775, avait représenté la Liberté sous la
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figure d'une jeune femme, au milieu d'une gloire, vêtue d'une tunique, tenant un joug brisé, & le bonnet au bout d'une pique, a Sous leur costume antique, ajoute le même historien, leur bonnet phrygien, leur casque athénien ou leur diadème romain, avec leur tunique, leur péplum ou leur chlamyde ; qu'elles tiennent un joug brisé, uue pique, une stèle, la foudre ou le gouvernail; qu'elles soient assises, debout, ou ailées & rayonnantes, près du coq en alerte, du chat, du pélican ou de l'aigle, au milieu des épis, des cornes de fruits ou des rameaux de chêne, on y peut toujours voir la même femme, dont l'œil s'illumine & dont le bras se tend au souffle de la passion qui commence. «
Dans mon enfance, deux choses frappaient mes yeux quand je traversais un village : sur la route, non loin des premières maisons, un Christ en croix ; sur la place du village, un peuplier s'élançant majestueusement vers le ciel. Le Christ crucifié, j'en connaissais le symbole, mais celui du peuplier resta longtemps mystérieux pour moi. On me dit que c'était V arbre de la liberté^ & le souvenir de l'arbre ne s'effaça plus de ma mémoire.
A combien d'emblèmes divers donna lieu la liberté, c'est ce qui nécessiterait un trop grand nombre de spécimens gravés. Une des premières manifestations vint des imprimeurs, qui étant en contact avec les écrivains, chez lesquels se trouvent le plus d'esprits indépendants, se montrèrent aux travaux du Champ de Mars, portant pour légende sur leur bannière : Imprimerie, premier drapeau de la liberté.
Les potiers donnèrent une forme palpable à l'abstraction
Faïences patriotiques
de la liberté par le symbole d'une cage ouverte (voir fig. 40), au-dessus de laquelle voltige un oiseau. Ce symbole fut répété à l'infini avec de nombreuses variantes, suivant le caprice des ouvriers.
La liberté, à chaque année de la Révolution, les potiers
N° ^2. Assiette de l'école de Xevers.
l'entendaient diversement; avec les symboles relatifs au Tiers , elle préoccupait singulièrement l'esprit populaire. Il importait de se faire comprendre des masses par des emblèmes saisissants; l'imagination naïve les trouva plus facilement qu'un esprit académique. Ce n'est pas le sa-
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vanc qui saie se faire comprendre d'un enfant, c'est la nourrice.
En 1789, le cri Vive la liberté éclate sous des entrelacements de lauriers et de fleurs de lis. Supplique adressée humblement au roi. D'autres faïences , avec la même légende, représentent un paysan tenant haut le drapeau qui protège les fleurs de lis. La liberté n'offre encore rien de menaçant pour le trône; mais, en 1790, le bonnet phrygien a remplacé les fleurs de lis. La royauté a déjà reçu plus d'une leçon ; le peuple commence à se rendre compte de sa puissance. Sa couronne, c'est un humble bonnet de laine, & puisqu'on entoure de lauriers les fleurs de lis dynastiques, lui aussi veut que sa couronne soit parée de verdure.
Voici la liberté de 1791. L'horizon politique s'est obscurci; le sentiment de la nature n'en reste pas moins puissant. Un drapeau flotte dans les airs, annonçant aux peuples étrangers que la liberté est cachée dans ses plis ; à côté de ce symbole de guerre sont le râteau & la bêche, symboles de paix. De riantes guirlandes de fleurs entourent le cartouche.
Une autre faïence est plus menaçante : le bonnet phrygien, le faisceau du licteur, la hache couronnent la légende de la liberté. Ce dessin significatif porte sa date. Il s'agit de repousser les ennemis de l'extérieur, de punir ceux de l'intérieur. Et cependant Mïicœur^ symbole d'amour & d'effusion, brûle encore.
sous la Révolution.