I. Révolutions de France & de Brabant, t. III
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&des cris de joie à l'arrivée de la maison du roi : plus bas Une musique militaire annonçaic les Suisses, ces enfants de la liberté... A côté des jardiniers, distingués par des fleurs &des laitues attachées à leurs instruments, étaient les élèves de peinture qu'annonçait une bannière représentant la France. A leur suite venait l'espoir des races futures, les rejetons de nos législateurs... A travers un groupe de moines, de femmes, d'abbés & de charbonniers, j'aperçus le brave capitaine Kersaint avec une physionomie toute radieuse de liberté, poussant la brouette avec la même gaieté qu'il montait la Belle-Poule^ ou qu'il irait combattre les ennemis de la patrie...
<r Les étrangers qui arrivaient par Versailles disaient : « — Quels hommes que ces Parisiens! » Il fallait voir ceae vaste fourmilière de citoyens occupés aux plus rudes travaux : il fallait voir la longue chaîne qu'ils formaient, attelés à des charrettes surchargées. Des pierres énormes cèdent à leurs efforts ; il semble qu'ils entraîneraient des montagnes... Une musique militaire les précède. Tous les individus se tiennent quatre à quatre, portant avec gaieté la pelle & la pioche; leur cri de ralliement est ce refrain immortel d'une chanson nouvelle qu'on appelle : le Carillon national. Tous chantaient à la fois : Ah! ça ira! ça ira! ça ira! — Oui, parbleu! ça ira! répètent tous ceux qui les entendent. . .
« Cette chanson, qui n'est pas un modèle de poésie, mais qui a donné un exemple frappant du pouvoir de la musique, présida aux travaux du Champ de Mars & excita un transport universel dans tous les spectacles. Le san^ ne coulait pas à cette époque. L'amour pour la Révolution
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était entier, l'énergie était pure, l'idée du meurtre ne s'y mêlait point; on répétait ça ira. d'un concert unanime. En vain le libertinage voulut profaner cette expression; on apprécia à sa juste valeur une plaisanterie d'un mauvais goût, pour ne s'attacher qu'au sens véritable : Ça ira; la liberté s'établira; malgré les tyrans tout réussira . »
Ça ira fit le tour de la France : le peuple, les soldats, les bourgeois, chantaient ce refrain à l'église , sur les places publiques , dans les théâtres. Beaumarchais luimême, âgé & affriandé de succès, ayant entrepris d'accommoder son opéra de Tarare au goût du jour, plaqua un dénoûment révolutionnaire dans lequel l'héroïne se débarrassait de son mari par le divorce, tandis que la liberté était rendue aux nègres & aux esclaves. Un jeune compositeur, chargé des airs de danse, entreprit de rendre la gaieté patriotique des esclaves. Une mélodie sautillante représentait la nature remuante des nègres, & sous ce thème se détachait en manière d'accompagnement le fameux air : Ah! ça irai '( Jamais, a raconté plus tard le musicien, chef-d'œuvre musical n'a obtenu un succès comparable à celui de cette niaiserie ^. »
Les royalistes eurent conscience que le refrain ne resterait pas inoffensif. Dans ce carillon dont une gaie musique déguisait les paroles, ils voyaient une sorte deDies irœ menaçant.
I. Le mot fut aussi gravé sur des bagues dites « alliances nationales », dont on se faisait cadeau au jour de l'an. J'en ai vu une qui portait: « Unis, ça ira. »
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(( Ah! ça ira, ça ira, ça ira, Les aristocrates à la lanterne !
Ah! ça ira, ça ira, ça ira.
Les aristocrates on les pendra,
La liberté triomphera ; Malgré les tyrans tout réussira. »
Tel fut le principal couplet du pont-neuf révolutionnaire dont on ne prit pas d'abord les paroles au pied delà lettre. Toutefois, M. d'Espeyron, lieutenant-colonel de Soissonnais, arrivé avec sa troupe à Avignon, le 24 décembre 1790, voulut empêcher le peuple de chanter le Ça ira. « Il a eu l'audace, disait un journaliste d'alors, de demander une proclamation qui défendît ce refrain, ce qui est le comble de la démence & du despotisme aristocratique. »
En agissant de la sorte le lieutenant-colonel prolongeait la durée du Ça ira. qui déjà à cette époque avait baissé dans l'opinion. Toute chanson, politique, amoureuse ou bachique, a son temps de durée & de gloire, & disparaît ensuite si complètement qu'on a peine quelquefois à en retrouver le texte. Il en a été ainsi du Ça ira. dont les exemplaires avec la notation sont très-rares.
Sillerey & Prieur, commissaires de l'Assemblée près de l'armée du Centre, écrivent dans leur dépêche du 2 octobre 1792 : a Nous avons trouvé l'armée du général Kellermann dans le meilleur ordre possible ; la discipline y règne; le soldat est plein d'ardeur & de courage. » Le 7 octobre, ils ajoutent : « Nous ne chantons plus ça ira, mais nous chantons ça va, & le général Kellermann nous prie d'ajouter : ça ira tout l'hiver. »
Faïences patrionques
Le témoignage de ce cri patriotique par la céramique se remarque seulement, à ma connaissance, sur cinq faïences. L'une tient pour l'union du Tiers, de la Noblesse, du
N" 52. Assiette de fabrique nivernaise.
Clergé & de la Royauté ; au-dessous de ces emblèmes est écrit en gros caractères : Ça ira! c'est-à-dire, la couronne, la bêche, l'épée & la crosse s'entendront.
Un gobelet de faïence de Nevers (fig. 51) représente un riant paysage &un laboureur qui regagne sa chaumière. Au-dessus du toit est écrit : IF. la nation. Si. sur le piédestal da va3e : Ah ! ça ira. 1791. Le paysan aspi-
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raie à la tranquillité de la nation, pour cultiver en paix son champ & recueillir ses moissons.
On doit signaler également dans la classe des saladiers, qui offrent généralement plus de variantes que les assiettes, un type avec la légende : Chantons à ça ira. L'inscription est insérée dans un rectangle au-dessus duquel un homme à mi-corps tient un drapeau. De chaque angle du cartouche, parmi des fleurettes, se détachent d'un côté une bêche, de l'autre un râteau.
Une assiette de l'école de Nevers représente un homme assis, un broc à ses côtés. C'est, d'après la légende, le Patriote satisfait; il déploie une banderole sur laquelle est écrit : Ah! ça ira. Ces faïences, à personnages mêlés à des symboles, semblent avoir eu relativement moins de succès que les décors où les principes révolutionnaires sont représentés par des emblèmes, car on les trouve rarement.
Le dernier spécimen est le cri des enrôlés volontaires défendant la patrie menacée. Une pique & un bonnet rouge, des canons, des tambours & des lauriers servent de décor à l'inscription Ça ira. qui peut se traduire par : nous combattrons, nous vaincrons. Ainsi parlaient les héroïques défenseurs de la France, se souvenant des paroles que Marie-Joseph Chénier prête aux jeunes filles :
« Qu'ils reviennent dans nos murailles Beaux de gloire & de liberté, Et que leur sang, dans les batailles, Ait coulé pour l'égalité. »
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