‹ Histoire des faïence patriotiques sous la révolutionChapitre 48 sur 77 · I. Lausanne · texte numérisé non relu

I. Lausanne

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pratique, & il a été prouvé, par des documents irréfragables, que cet ordre avait déjà avec eux des relations intimes avant la Révolution. Détruire la religion chrétienne & renverser tous les trônes & tous les gouvernements, voilà ce qu'a été depuis 1776 le but de l'ordre secret des Illuminés. »

Je me défie de ceux qui trouvent aux grands événements des explications après coup, me rappelant combien d'écrivains ont tour à tour été accusés d'avoir renversé le trône de Louis XVI ; mais, en présence de documents recueillis de toute part, on ne peut nier la forte poussée que l'illuminisme, le magnétisme & la francmaçonnerie donnèrent à la Révolution. Plusieurs acteurs du drame l'avouent, & dans les récriminations imprimées qu'ont laissées adversaires & défenseurs se trouvent d'incontestables preuves. « J'étais alors lié (vers 1780), dit Brissot dans ses Mémoires, avec le comte Schmeteau, fils du maréchal Schmeteau, dont les services avaient été si utiles au roi de Prusse. C'était un vrai philosophe, quoique bien jeune encore ; un vrai républicain, quoique homme de qualité. Il m'avait donné plusieurs fois d'utiles conseils; il avait même contribué à me faire recevoir dans une loge allemande de franc-maçonnerie. »

Alors que le ciel des événements était sombre & menaçant, il y eut entente entre l'esprit pratique français & le mysticisme d'outre-Rhin; & les hommes de la Convention s'en souvinrent, qui décernèrent spontanément à Schiller un brevet de citoyen français. D'après Tissot, Mirabeau exposait, en 1788, a comme un projet beau, noble & grand, les principes des Illuminés qu'il avait adoptés à Berlin. »

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Les adversaires de la franc-maçonnerie sont d'accord sur ce poinc. Leurs écrits peuvent manquer d'impartialité ; ils offrent une telle concordance, que l'historien est tenu d'y prêter attention.

Un des plus violents, l'abbé Barruel, dit dans un livre dont chaque page est empreinte d'exagération : « Sophistes & adeptes des arrière-loges, Rose-Croix, Chevaliers du Soleil, disciples de Voltaire & de Jean-Jacques Rousseau, adeptes des Templiers, enfants de Swedenborg & de Saint- Martin, épopes de Weishaupt, tous travaillent de concert aux bouleversements révolutionnaires*, d

Sans doute les hommes appartenant à cts diverses sectes ne s'entendaient pas. Qu'importe que Jean-Jacques soit l'ennemi de Voltaire.^ Bailly, dans son rapport à l'Académie, a pu traiter Mesmer de charlatan. Quand la Révolution aura besoin des philosophes & des mystiques, des spiritualisces & des matérialistes, elle les réconciliera. Le magnétisme est un instrument, la Révolution se sert de l'instrument.

« Bergasse, dit Brissoc, ne me cacha pas qu'en élevant un temple au magnétisme il n'avait en vue que d'en élever un à la Liberté. — Le temps est arrivé, me disait-il, où la France a besoin d'une révolution (vers 1787) ; mais vouloir l'opérer ouvertement, c'est vouloir échouer ; il faut, pour réussir, s'envelopper de mystère ; il faut réunir les hommes, sous prétexte d'expériences physiques, pour renverser le despotisme... Ce fut dans la maison de Korn-

I. Barruel, Mémoires pour servir à l'nistoire du jacobinisme. Londres, 1797.

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mann, où il demeurait, qu'il forma une société composée des hommes qui annonçaient leur goût pour les innovations politiques. De ce nombre étaient La Fayette, d'Esprémesnil, Sabathier, &. » Et ailleurs : « On ne peut disconvenir que les efforts de Bergasse & ceux de la société qui se rassemblait chez lui avaient singulièrement contribué à accélérer la Révolution. »

Quelques historiens ont essayé de pénétrer les mystères de la franc-maçonnerie; si on excepte M. Louis Blanc qui, pressé par le -récit de graves événements, n'a pu donner plus de développements à son chapitre des Révolutionnaires mystiques j la question n'a pas été étudiée bien profondément.

1 Le cadre de l'institution franc-maçonnique s'élargissant, la démocratie courut y prendre place ; &, à côté de beaucoup de frères, dont la vie maçonnique ne servait qu'à charmer l'orgueil, à occuper les loisirs ou à mettre en action la bienfaisance, il y eut ceux qui se nourrissaient de pensées actives, ceux que l'esprit des révolutions agitait. * Ainsi parle M. Louis Blanc dans un chapitre curieux où se meuvent déjà les principales figures de la Révolution.

Le duc de Chartres, celui qui s'appellera Philippe-Egalité, était grand maître de la franc-maçonnerie en 1771. Son rôle fut aussi actif à Paris qu'en province, & pourtant, plus tard, il semble craindre la force de ce pouvoir occulte. Par une lettre adressée au Journal de Paris, le 22 février 1793, il déclare avoir formellement rompu avec l'ordre : « Comme je ne connais pas la manière dont le G.'. O.'. est composé, & que, d'ailleurs, je pense qu'il ne doit y avoir aucun mystère ni aucune assemblée secrète

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