‹ Histoire des faïence patriotiques sous la révolutionChapitre 53 sur 77 · LE SECOND EMPIRE. — LA COMMUNE · texte numérisé non relu

LE SECOND EMPIRE. — LA COMMUNE

Il avait semblé jusqu'ici que la faïence patriotique, c'est-à-dire celle qui s'adressait au peuple sous la forme d'emblèmes nationaux & de devises, s'arrêtait vers 1834, sous les premières années du gouvernement constitutionnel. Ce n'est pas qu'à cette époque l'invention décorative des potiers fût considérable. Deux drapeaux tricolores entrecroisés, un coq belliqueux qui criait : Char te ^ Liberté^ Ordre public^ formaient généralement l'ornementation de ces pièces. Il ne restait plus trace des ingénieuses combinaisons que la République groupait autour de ses symboles ; les pièces constitutionnelles étaient pour la plupart de médiocres terres de pipe décorées plus médiocrement encore. Plus de ces gaies colorations nivernaises qui rendaient agréables aux yeux des faïences d'un décor sommaire, mais se rattachant encore par un léger fil à l'art ornemental.

La pénurie artistique, clairement marquée en 1830, tenait à diverses raisons, à la décadence de l'art céramique, à la confusion de styles hybrides mi-Gothique mi-Renaissance, & à la troublante interprétation qu'en tiraient

sous la Révolution.

la plupart des artistes. Ils devaient achever de tarir les derniers courants d'art populaire, visibles encore à la fin du xviii® siècle.

Deux opuscules, parus dernièrement, signalent toutefois des faïences exécutées sous le second Empire, qui peuvent se rattacher au groupe patriotique & témoigner qu'en province & à Paris quelques gouttes ont perlé encore sur la vénérable mousse qui entoure l'ancienne source. Des

N'^ 67. Assiette plébiscitaire de la fabrique de Pèrigueux.

dessins gravés, joints à ces publications, ne permettent pas d'en suspecter l'origine; aussi bien les deux brochures contradictoires offrent-elles ce caractère particulier d'inaugurer une nouvelle forme de discussion qu'on pourrait appeler la politique de faïence.

La première, qui a pour auteur M. Ludovic Pichon, & pour titre : la Faïence à emblèmes patriotiques du second

2^8 Faïences patriotique s

Empire K est dédiée au prince impérial & paraît au premier abord plutôt une arme en faveur du parti bonapartiste qu'une étude sur l'art céramique.

La seconde semble une réplique démocratique à la première. M, Paul Rouillon Toulet-Malassis], son auteur, l'a intitulée : A propos d'une Faïence républicaine à la date de i868-.

La brochure impérialiste a pour frontispice l'aigle avec la légende 7^.500^.000, chiffre de voix accordé au plébiscite demandant l'empire. C'est le dessin d'une assiette fabriquée en 1852, à Périgueux, par le potier Champeaux qui répandit, suivant M. Ludovic Pichon, sa fournée chez les paysans du Périgord ainsi que dans le nord. Elle est peu connue toutefois dans cette dernière partie de la France où les gens, froids & réfléchis, s'ils se laissent entraîner à un vote politique dans des moments de troubles & de confusions, se réservent d'en étudier les conséquences & ne veulent pas être enchaînés à une dynastie dont le rôle est terminé.

L'opuscule républicain, qui est la contre-partie du premier, a pour vignette un aigle sur le sommet d'une montagne. Soucieux & ramassé sur lui-même, l'oiseau de proie regarde dans les nuages un bonnet de la liberté entouré d'un nimbe étincelant & s'écrie : « Ce soleil-là me fait peur. » *

Cette assiette, datée de 1868, est parisienne; elle n'a pas été imprimée à plus de douze exemplaires, & l'auteur,

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