‹ Histoire des faïence patriotiques sous la révolutionChapitre 52 sur 77 · DE · texte numérisé non relu

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A l'avénement du Consulat disparaissenn tous les symboles révolutionnaires de la céramique. Un grand capitaine est à la tête du pouvoir. Le peuple sent que la dernière heure de son régne a sonné ; aussi les potiers abandonnent-ils les emblèmes du passé pour les remplacer par Taigle dont les serres reposent sur la foudre. Dans sa fierté apparaît l'oiseau, seul, sans légende. Aigle & foudre, c'est assez. Dés lors fabriques du Nord & du Midi travaillent à répandre l'oiseau symbolique.

Le profil napoléonien n'apparaît pas au début sous l'émail de la faïence populaire. Plus tard seulement, après le châtiment de Sainte-Hélène, la figure de l'ancien conquérant sera popularisée par l'imagerie & la poterie au fond des chaumières. Napoléon devient alors une machine d'opposition. Son nom sans cesse est mis en regard de Restauration. Alors les presses d'Epinal suffisent à peine à imprimer portraits & conquêtes de l'homme qui préoccupe poètes, peuple & gouvernants.

Si, au fond de chaque chaumière, chaque soldat revenu

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de la guerre veut se réveiller en face du portrait de son empereur, dans les pays les plus lointains, au delà des mers, se répand la personnification du dernier grand général.

Les pères en ont tellement parlé à leurs fils que la légende traverse quatre règnes, puisant de nouveaux rayonnements dans chaque gouvernement renversé & aboutissant au régime impérial. Tout ce qui tient une plume, un pinceau, un ciseau, devient complice : poètes, romanciers, historiens, peintres, sculpteurs, graveurs. Plus l'art est naïf, plus il témoigne d'enthousiasme. Chansons, complaintes, vaudevilles, gravures crûment enluminées, grossières poteries, forment une iconographie, la plus considérable qu'on connaisse relative à un souverain.

Napoléon abdique. La Restauration est alors saluée par un potier. Je ne connais qu'un seul plat portant l'inscription : Les lys ramènent la paix. Avant-dernier cri de la faïence patriotique expirante. Ce sont de pauvres colorations & un malingreux dessin que le ressouvenir de la corne de Rouen si fameuse jadis, d'où s'échappaient tant de fleurs & de fruits. L'ouvrier qui a exécuté ce plat a perdu le secret de l'ancien art. Sa corne d'abondance, triste & chétive, a les pâles couleurs.

On voit au Musée de Sèvres un plat représentant Charles X, avec l'inscription : Vive Charles ^ 1827, Le roi, monté sur un cheval richement harnaché, est en habit vert, rehaussé du grand cordon de Saint-Louis; un chapeau à corne à plumet jaune, des bottes à l'écuyère complètent le costume ; son attitude est celle d'un cavalier qui s'adresse à la foule. Cette faïence ressemble par ses colorations aux images d'Epinal de la même époque. M. B. Fillon, dona-

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teiir de cette pièce, Tactribue à la fabrique de Saint- Porchaire (Deux -Sèvres). En 1788 il existait, en effet, dix-sept poteries dans cette petite ville. Peut-être un jour signalera-t-on d'autres pièces patriotiques de la même provenance.

Avec la Révolution de Juillet apparaît un dernier rayonnement patriotique. J'ai sous les yeux des assiettes peintes, au fond desquelles un cénotaphe porte pour unique légende : 27^ 28 j 2^ juillet z8jo.

Louis-Philippe excite d'abord un certain enthousiasme parmi les potiers. L'art parlant, qui se taisait depuis la fin de la République, retrouve sa voix. Les faïenciers des Ilettes groupent dans de grands plats les symboles & légendes du nouveau gouvernement : liberté, ordre public, charte, tables de la loi, coq, canons, feuilles de chêne, cocarde tricolore. L'exécution de ces faïences est traitée avec patience ; mais le dessin est froid, l'art sec comme l'imagerie coloriée de la rue Saint-Jacques.

On voit à Alençon, dans le cabinet de M. de la Sicotière, député de l'Orne, une assiette représentant le coq gaulois, les plumes hérissées ; il cherche à happer une fleur de lis qui flotte dans les airs. Si tu Vatrape mange la. dit l'inscription. M. Paul Rouillon a décrit ainsi cette faïence : a Pièce d'un dessin barbare & d'une fabrication grossière, œuvre de quelque potier libéral faisant des vœux pour la capture de la duchesse de Berry. On peut douter que son appel anti-légitimiste ait eu de l'écho. Les exemplaires de cette faïence bas-normande sont introuvables dans le département même où elle a paru. »

Toutefois les manifestations politiques du même ordre

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se produisent exceptionnellement sous le règne de Louis- Philippe. Quelques soupières sont consacrées à la représentation du système constitutionnel. Le drapeau tricolore flotte au fond de nombreuses assiettes, & je possède un immense broc où lécriture remplace le décor :

Une Charte sera désormais

Une vérité.

Buvons à la santé

De Louis Philippe I^^. roi citoyen^

Proclamé le 7 août 18 jo.

Un tel enthousiasme dura peu. Il s'arrête à la première année du nouveau règne, & le dernier témoignage se lit au fond d'assiettes octogones. Des assiettes octogones! Ainsi finit l'art populaire, par une abominable forme en harmonie avec le goût d'alors qui embourgeoise toutes choses.

L'art de ville, s'il est permis d'appeler ainsi le surmoulage & l'effacement des produits des plus pauvres écoles, s'est répandu dans les villages. Toute naïveté semble baroque, tout sentiment devient discordant dans ce concert de fausses tonalités. Le paysan lui-même se pervertit. Corrompu à son tour, il oublie ses chants populaires, ses légendes, ses traditions, pour lire des aventures dans le goût des Alousquetaires ; il préfère de fades lithographies aux tailles énergiques des naïfs imagiers.

Pourtant ces évolutions de l'esprit français ne doivent pas être vues seulement en noir. Ceux qui accableraient le présent à l'aide du passé courraient risque de se trom-

sous la Révolution.

per sur l'avenir. L'instruction a pénétré peu à peu dans les campagnes. Des écoles nouvelles sont ouvertes. Le paysan rougit de n'avoir épelé jusque-là que des symboles

N° 66. Faïences de l'Empire, de la Restauration & de Louis-Philippe,

peints. Le livre, le journal, la brochure, font naître dans son esprit Pidée de droits & de devoirs plus significatifs que les emblèmes.

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