‹ Histoire des faïence patriotiques sous la révolutionChapitre 56 sur 77 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

Fabriques d'Ollivier & de Digne.

C'écait déjà une fabrique considérable que celle d'Ollivier, à l'époque où les événements, en 1789, n'annonçaient pas encore la chute de la royauté. Le morceau le plus important que nous connaissions de ce potier, est un poêle représentant la Bastille, offert à la Convention par l'important manufacturier du faubourg Saint-Antoine.

L'annonce dans les journaux alors était peu développée; Ollivier en comprit l'importance, à en juger par un article des Révolutions de France & de Brabant^ de Camille Desmoulins, qui sans doute retoucha la réclame suivante, car elle offre certaines modifications avec une autre publiée par les Affiches. Annonces & Avis divers^ du 10 novembre 1790 ^

« On n a jamais contesté au peuple français la palme de l'industrie, pas plus que celle du courage. Quand nos voisins seront-ils donc

« Frustrés de ces tributs serviles « Que payait à leur art le luxe de nos villes?

I. Les curieux qui voudraient comparer les deux annonces trouveront celle des Affiches dans un article Variétés de la Presse du 31 juillet 1864, où j'esquissais ces travaux. Il faut signaler toutefois que la première idée d'offrir le poêle de la Bastille à la Convention ne germa pas tout d'abord dans l'esprit du potier. « J'avoue, Messieurs, dit le rédacteur des Affiches, Annonces & Avis divers, que cette piùce, que quelque club patriotique adoptera sans doute, m'a singulièrement attaché. »

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« Notre agricukure, nos arcs & notre commerce demandent un ministre, & ce ministre, dans la constitution qui s'élève, devient bien plus nécessaire que les autres à la splendeur & à la prospérité de l'Etat. N'est-il pas bien étrange qu'en 1788 nos importations aient monté à 302 millions, presque toutes en matières agricoles, & nos exportations à 207 millions de même nature, perte de p5 millions?

f Que sert donc à la France cette richesse du sol, qui devrait plutôt en faire le grenier des peuples voisins } Mais il semble que le gouvernement, dans l'ancien régime, prît à tâche de décourager les arts : sa protection pour les manufactures étrangères allait jusqu'à leur donner le privilège exclusif d'être prônées dans les journaux. Espérons que bientôt on ne pourra pas plus vanter la supériorité des manufactures d'Angleterre sur celles de la France que celle de sa constitution sur la nôtre.

f J'ai lu déjà qu'on était parvenu, dans quelques-unes de nos manufactures, à finir les ouvrages d'acier même aussi bien que les Anglais. J'ignore les progrès de l'art dans leurs manufactures de faïences & de porcelaines ; mais j'ai peine à croire que la perfection, en lui supposant des degrés, ait été portée aussi loin que dans la manufacture de M. Ollivier, rue de la Roquette, faubourg Saint-Antoine. En encrant dans les ateliers considérables de cet artiste précieux à la nation & à une multitude d'ouvriers qu'il fait subsister, il est impossible de ne pas rendre hommage aux talents avec lesquels il a su convertir des poêles en meubles pleins de goùc, & nous venger, par le peu de combuscible qu'ils consument & la chaleur qu'ils répandent

sous la Révolution.

dans les appartements, de la cherté des marchands de bois. <t Nous nous faisons un devoir de répéter ici l'éloge que le Journal des Petites Affiches a donné à M. Ollivier. On admire particulièrement les formes élégantes de ses poêles, les émaux précieux qui les couvrent & les camées & dessins agréables qu'il excelle à y imprimer. Si le luxe

N" 70. Fac-similé de l'inscription du poêle de la Bastille, du Musée de Sèvres. Dessin de M. Ed. Garnier,

& la beauté de ses poêles-meubles lui attirent les compliments du riche, les procédés physiques & ingénieux qu'il y a adaptés, pour augmenter la chaleur en diminuant la consommation du bois, lui assurent encore la reconnaissance des citoyens pauvres. *

« Ce qui a fait le plus de plaisir à tous les patriotes qui l'ont vu, c'est un poêle d'une forme absolument neuve, un

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poêle en forme de la Basdlle. C'est exaccement la Bascille avec ses huit tours, ses créneaux, ses portes, &c., coloriée au naturel avec des teintes tirées des minéraux & fixées au feu.

ff Sur la forteresse s'élève un canon, orné à la base des attributs de la liberté : bonnet, boulets, chaînes, coqs & bas-reliefs; les couleurs de la fonte, du cuivre, du marbre, de l'airain, y sont parfaitement imitées & inaltérables ^

a Les patriotes embrassent M. Ollivier, & les aristocrates eux-mêmes sont forcés de mêler des compliments à d'horribles grimaces. Ce poêle conviendrait parfaitement à l'Assemblée nationale, dont il est tout à fait digne, si on ne craignait que les noirs & tout le cul-de-sac ne vinssent, dans quelques-uns de leurs accès de rage, chabler sur ce poêle-Bastille, comme le chantre & sa troupe sur le fameux lutrin. »

Ainsi parle Camille Desmoulins, qu'on rie s'attendait pas à voir figurer parmi les céramographes.

On connaît peu de variétés de pièces patriotiques de la manufacture d'Ollivier, qui fabriquait plus de poêles ornementés que de faïences de table ; cependant, des plats de forme épaisse sont sortis des fours de la rue de la Roquette : un émail brun-marron recouvre le dessous des plats appelés vulgairement faïence brune, qu'on pou-

I. Cette partie de la décoration de la Bastille conservée au Musée de Sèvres, c'est-à-dire le canon & les emblèmes de la liberté, a malheureusement disparu. Il est présumable qu'une table de faïence recouvrait le monument, & que sur cette table se trouvaient les attributs nationaux décrits dans l'annonce des Révolutions de France & de Brabant.

vait employer sur le feu. Ces faïences sonc faciles à reconnaître, ne fussent-elles pas signées, comme dans certains cas, à l'aide d'un poinçon imprimé dans la terre avant la cuisson, & qui porte pour légende : Ollivier à Paris. L'émail du dessus est bleuâtre, craquelé, & les dessins coloriés, de même que les légendes, sont imprimés à l'aide d'une sorte de poncis.

La fabrique de la rue de la Roquette paraît avoir traité deux natures de décors différents, les uns polychromes, les autres à un seul ton. A la seconde classe appartiennent des plats de facture grossière, véritables terres- à- feu pour la cuisine, & dont la décoration bleue, ainsi que les légendes, tendraient à faire croire qu'ils ont précédé les pièces polychromes. Au fond de ces plats des inscriptions : la Nation & la Loi^ Paix & Liberté, entourent des feuilles de chêne, des fleurs de lis, la couronne royale, imprimées à l'aide de vignettes à jour. Le dessin des marlis est tout à fait primitif & sommaire. Dans la première classe, on doit ranger deux pièces polychromes : Vive la Liberté sans licence, avec un trophée composé de feuilles de chêne, de fleurs de lis, du bonnet rouge au bout d'une pique; plat qui, par ses emblèmes, se rapproche de l'année 1792; l'autre, représentant des balances surmontées d'un bonnet phrygien bleu avec les mots Liberté^ Egalité^ & parfois le nom Ollivier à Paris accolé à l'exergue. De ces deux plats, le premier fut répandu à de nombreux exemplaires; on en connaît de grandeurs & de formes diverses, ronds, ovales, signés en creux dans la terre ou sans signature.

Ollivier, ayant prouvé son patriotisme par ces pièces

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& surcouc par la reproduction de la Bastille, continua ses recherches pour la confection des poêles, & en fît le sujet d'une publication dont malheureusement aucune bibliothèque de Paris ne contient un exemplaire^ : « Collection de dessins de poêles de forme antique & moderne^ de l'invention & de la manufacture du sieur Ollivier-, »

Dans mes premières éditions j'avais attribué aux fabriques de Rouen, en faisant quelques réserves, une fontaine de faïence aux armes de Paris, d'une exécution délicate.

Sur la face principale, une "figure symboHque de l'Egalité, couronnée d'un nimbe étoile, tient d'une main une épée, de l'autre une balance dans un des plateaux de laquelle sont un râteau & une bêche; une couronne remplit le plateau opposé. La panse du bassin est décorée de drapeaux, de canons, de trompettes & de lauriers entourant un cartouche à l'intérieur duquel sont figurées les armes de la ville de Paris. Le vaisseau occupe un des médaillons du cartouche ; les fleurs de lis sur fond azur garnissent l'autre médaillon , tous deux séparés par une épée dont la pointe supporte un bonnet rouge. Fontaine & bassin sont ornementés de guirlandes légères, de

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