‹ Histoire des faïence patriotiques sous la révolutionChapitre 65 sur 77 · I. Telle élait, en 1867, la description exacte · texte numérisé non relu

I. Telle élait, en 1867, la description exacte

Faïences patriotique s. 34p

L'encrier esc celui dont se servaic, dit-on, le trop fameux Euloge Schneider pendant ses fonctions d'accusateur public. De l'encrier sortit plus d'une sentence de mort ; la plume hâtive qui signait les ordres d'arrestation se reposa quelquefois dans les faisceaux de licteur.

En regardant les divers détails de ce monument, je pense à la mise en scène que l'accusateur public apportait dans l'exercice de ses fonctions. L'encrier, c'est l'emblème du pouvoir. Un seul mot fait tomber une tête ; une signature peut rendre la liberté à un prisonnier. Un mot, c'est un ordre ; d'un trait de plume on met en marche des armées, on remue des populations, on décrète, on absout, on condamne.

Le peuple vit dans l'encrier le blason de l'accusateur public ; & Schneider, qui, en sa qualité d'ex-poëte, lisait dans les secrets sentiments du peuple, entreprit de frapper les esprits naïfs par une sorte d'apparat dont cette terre émaillée est la preuve.

Saint-Just accusa Schneider, alors commissaire civil des armées, d'un faste insolent. L'encrier donne presque raison à l'accusation portée au tribunal révolutionnaire par Saint-Just.

Le peuple, qui aime la force, la puissance, s'enthousiasmait pour ces personnages consulaires, dont la plupart sortaient de son sein. Schneider commanda sans doute à un potier de lui modeler un objet témoignant de ses pouvoirs extraordinaires, qui appelât l'attention sur la plume, de la plume à la main, de la main à Thomme.

• On sait par tradition, m'écrivait M. Charles Mehl, alors directeur du Bibliographe alsacien^ que cet encrier

^co F ùien ces patriotiques

était posé sur le bureau du comité de salut public, & comme Schneider a exercé les fonctions d'accusateur public, on l'a désigné encrier de Schneider. On ignore depuis quand il se trouve à la bibliothèque; les anciens inventaires n'en font pas mention, »

Une autre faïence de la même manufacture tendrait à confirmer la tradition. C'est un buste de l'accusateur public signalé par M. A. Tainturier, l'historien des manufactures de porcelaine & de faïence du pays.

Les personnages marquants du mouvement révolutionnaire parisien étaient représentés sous mille formes, Schneider voulut avoir son buste ; & peut-être le même potier qui avait sculpté les figurines du fameux encrier s'ingénia à rendre les traits de l'accusateur public, M. Tainturier, très-expert en ce qui touche l'art de terre, n'hésite pas à attribuer la même origine aux deux pièces.

Ce buste, cet encrier majestueux ont-ils été modelés spontanément par un ouvrier enthousiaste des écrits de l'accusateur public } Un- potier, soupçonné de modérantisme, at-il mis ses biens & sa vie à couvert en flattant la vanité du tribun journaliste, dont le pouvoir étaic considérable,^

Telles sont les questions que je ne peux résoudre. Strasbourg ne répondit guère à l'entraînement patriotique des ateliers du centre de la France, & c'est exceptionnellement que furent fabriquées en Alsace des faïences nationales.

La vanité de l'homme appelé tout à coup à jouer un rôle politique poussa vraisemblablement Schneider à laisser son image (en cela il eut raison, car son portrait est rare, & le cabinet des estampes n'en possède pas d'exemplaire). Schneider avait une haute idée de sa mission. Un ouvrier

habile étaic seul capable de rendre ses traits & de témoigner, par une pièce symbolique, de l'emploi que le sanguinaire Schneider exerçait au tribunal révolutionnaire ^

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