‹ Histoire des faïence patriotiques sous la révolutionChapitre 68 sur 77 · FAIEN'CES PATRIOTIQUES FRANÇAISES · texte numérisé non relu

FAIEN'CES PATRIOTIQUES FRANÇAISES

décorées en Angleterre ou par un procédé anglais.

Un orfèvre de Liverpool, M. Mayer, lui aussi, s'inquiéta des sentiments nationaux conservés sous émail. M. Ferdinand de Lasteyrie, qui visita ce musée, mentionne, chez M. Mayer, « une charmante collection de poteries anglaises du dernier siècle, où se voit particulièrement une suite très-complète de toutes les sortes de faïences fabriquées dans le Lancashire. Beaucoup de ces faïences datent de l'époque de la guerre de l'indépendance américaine, & tirent un véritable intérêt historique des dessins ou' des inscriptions de circonstance dont elles sont ornées » .

Quoique M, de Lasteyrie ne s'explique pas sur ce point, ces faïences sont habituellement décorées par le procédé de 1 impression^,

I. Les curieux qui voudront rapprocher l'art patriotique français de l'art patriotique anglais trouveront, en même temps qu'une bonne monographie, d'intéressantes illustrations dans la 2^ édition de la brochure de Joseph Mayer : History of tJie art of Pottery in Liverpool. Liverpool, Printed by D. Marples, 1871. In-8° de 55 p.

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Déjà, à Chelsea, en 1750, la porcelaine fut ornementée par le même système, & les curieux peuvent voir une tasse du musée de Sèvres représentant un Amour coiffé du bonnet de la liberté, qui, étendu sur un canon, porte un drapeau sur lequel est écrit : Liberty. La face opposée de la tasse reproduit les traits de George V^.

Ce procédé trouva des imitateurs, même dans les pays voués à la faïence. En Hollande, où les potiers avaient vulgarisé l'art ornementatif du Japon, furent fabriquées par système d'impression des faïences patriotiques, dont il faut citer un type très-répandu. Une figure symbolique de la Hollande représentée par une femme, les cheveux dénoués, les pieds nus, s'appuie sur une lance surmontée du chapeau de la liberté. Un sabre, un tambour, un fusil, un second chapeau de la liberté sont à ses côtés : du fut d'une colonne entourée de feuilles de chêne elle tire une couronne, & à ses pieds se tient le lion néerlandais. Autour du dessin, on lit : Voor Vryheid en Ja~ derland.

Cette vulgaire ornementation ne s'arrêta pas à la Hollande & pénétra en France. Tel était le découragement des faïenciers, abattus par le traité de commerce, que les Anglais, profitant de ce moment d'abattement, fabriquèrent eux-mêmes dans leurs usines des produits à bas^prix, les décorant suivant les besoins des pays voisins.

Une terre de pipe par impression, qu'on trouve à un certain nombre d'exemplaires à Bordeaux, représente le blason national des premières années de la Révolution. Deux femmes nues, tenant en main une pique surmontée du bonnet de la liberté, soutiennent un cartouche fleurdelisé,

sous la Révolution.

au-dessus duquel est posée une lourde couronne. A des guirlandes de feuillage pend la croix du Saine- Esprit & trois inscriptions sont ainsi disposées dans le décor :

Vivre libre ou mourir

La Constitution ou la mort

La nation, la loi et le roi.

N° 80. Assiette de fabrique anglaise, décorée par impression.

Le dessin est aussi singulier que la légende : La Constitution ou la mortj dont on ne trouve pas trace dans les Mémoires relatifs à la Révolution. La liberté ou la mort fut un cri populaire, de même que Vivre libre ou mourir; mais

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la Consdtucion ne fuc jamais réclamée avec une telle énergie.

Cette assiette d'un décor particulier, la lourdeur des deux figures symboliques de femmes, m'avaient donné à penser d'abord que le dessin était hollandais. M. Charroppin, président de la Société académique de Bordeaux, qui voulut bien faire pour moi des recherches à ce sujet, me démontra que l'assiette était d'origine anglaise. « La période révolutionnaire, m'écrivait-il, ne semble avoir inspiré dans notre ville aucune création d'art industriel. Les fabriques d'Hustin & Mensau n ont laissé que des faïences communes, dans le style de l'ancienne fabrication française, bien qu'avec une densité de pâte qui tend parfois à la faire passer à la terre cuite. »

En outre, la forme des fleurs de lis s'éloigne sensiblement de celle employée à cette époque. Couronne royale, décorations du Saint-Esprit prennent également une tournure maladroite sous le pinceau des potiers étrangers. Pour employer, un mot de fabrique, ces ouvriers n'ont pis le décor dans la main.

A cette assiette de fabrication anglaise j'en ajouterai une aune avec décor en bistre imprimé sur une terre de pipe bordée de tricolore et l'inscription : Vivent les Tiers- Etats. On ne criait pas, en 1789 : Vivent les Tiers-Etats, onais Vive le Tiers-Etat.

Ainsi, l'Angleterre, préoccupée du mouvement national en France, essayait de répondre au courant patriotique & répandait sans doute à titre de prospectus cette assiette, à de nombreux exemplaires, dans la ville de Bordeaux ; m lis tout était triste, déplaisant, demi-deuil dans la forme,

le dessin & la couleur de cecce assiette et la fortune n'en fut pas considérable.

Avec le portrait de M. Necker, imprimé sur un pot à lait (voir fig. n° 12), tels sont les principaux spécimens de la faïence patriotique par impression, et cette fabrication pourrait également être attribuée à l'Anglais Potter, qui avait fondé à Paris en 1789, dans la rue de Crussol, une manufacture dite du Prince de Galles.

Le 8 mars 1790, Bailly s'entremit auprès du président de l'Assemblée nationale pour faire obtenir à Potter un privilège de sept ans ; un rapport de Bertholet & Desma- •rets, du 22 juillet 1789, avait précédemment reconnu l'utilité de cette invention anglaise, jugeant le mode d'impression susceptible d'être appliqué à la faïence, à la porcelaine comme à la terre de pipe^

Il faut encore mentionner, quoique n'appartenant pas au même système de fabrication, une petite statuette de faïence à décor polychrome plus finement traitée. Un Amour a tiré un glaive du fourreau et le brandit de la main droite, tandis que la main gauche soutient avec peine sur l'épaule un énorme chapeau à cornes orné d'une cocarde tricolore. Cette figurine anglaise, ainsi que l'indique la légende A conscript. inscrite, sur le socle, est une raillerie des jeunes recrues que la conscription envoyait sur les champs de bataille, sous les dernières années de l'Empire.

Les guerres de la République, du Consulat et de l'Empire avaient remué à tel point la nation anglaise que long-

I. Jacquemart & Edmond Le Blant. Histoire artistique, industrielle & commerciale de la porcelaine, i vol. in-^". Paris, Techener. i8(52.

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temps après ses historiens, ses poètes, ses romanciers, ses peintres et ses graveurs avaient peine à se débarrasser des violences concernant nos armées. Sur un pot à lait, en faïence anglaise, décoré par le système de l'impression en couleur, on voit un Russe qui porte embrochés au bout de sa baïonnette une demi-douzaine de soldais français, tandis qu'à côté, un enfant monte à cheval sur le sceptre impérial qu'il tient en laisse. A Russian boor returning from his field sports tsi\2L légende du premier motif. Sur l'autre face du pot, un Russe veut porter un coup de hache à la tête d'un soldat français , qui cherche à parer le coup avec le sceptre impérial. De nombreux cadavres français jonchent le terrain. Au-dessous on lit: Spécimen of Russian chopping hlocks.

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