FAIEXCES PATRIOTIQUES ESPAGNOLES CONTRE ^ * LE PREMIER EMPIRE
L'art décoratif espagnol, appliqué à la faïence, n'est d'habitude ni plaisant ni railleur. Il se met volontiers au service de la religion; la gravité particulière des Espagnols l'empêche de se prêter à la satire.
Pourtant un type fait exception à la règle, la symbolisation du Pepe hotella. Sur un tonneau est assis, un verre à la main, un personnage en habit militaire, coiffé du schako des chasseurs de la garde.
Pepe hotella. autrement dit : a la bouteille à Joseph », est la figuration du roi, frère de Napoléon. Ses sujets prétendaient qu'il avait un goût extrême pour la bouteille, et on sait combien sont sobre$les Espagnols. La tradition
sous la Révolution.
est restée vivante dans l'esprit des habitants actuels de Madrid. Qu'on leur parle de Pepe botella , ils sourient. Non pas que le roi Joseph ait laissé en Espagne un souvenir de souverain tyrannique ; c'est une simple malice accolée à son nom, une facétie de la famille de celle du Roi d'Yvetot.
N'' 81. Pepe botella, fontaine en faïence de fabrique espagnole. Haut., 55^.
Le roi Joseph, après la capitulation de Baylen, dut suivre l'armée française, qui abandonnait Madrid. La retraite fut poussée assez loin, jusqu'à la petite ville de Calahora. Le pays était fertile et abondant en vin de trèsbonne qualité.
366 Faïences patriotiques
'( Le roi occupait à Calaliora, die Scanislas Girardin ^, une très-belle maison appartenant à un grand d'Espagne ; outre une riche bibliothèque, il y avait encore dans la même propriété une cave excellente, & qui fut jugée telle par les officiers attachés au service du roi. Une brèche considérable fut faite à cette cave, & contribua fortement à donner au roi Joseph une réputation qu'il ne méritait pas, celle d'aimer beaucoup le vin. Il était sous ce rapport d'une sobriété remarquable. Les gazettes espagnoles, publiées dans les parties occupées par les insurgés, cherchèrent à accréditer l'opinion que Joseph était un ivrogne. Une petite pièce fut jouée sur un des théâtres de la capitale, où il paraissait dans un état d'ivresse complet: cette pièce était intitulée : Bon Pepe Botteglio. On représentait Joseph difforme et d'une laideur épouvantable... »
Le potier qui modela le Pepe botella en faïence voulut sans doute exalter le sentiment patriotique de ses concitoyens contre le monstre qui les gouvernait. Joseph est représenté réellement affreux, la joue salie par le vin; mais la décoration de cette pièce est curieuse : le tonneau et le socle qui le porte sont agrémentés d'ornements qui offrent encore un arrière-reflet de style mauresque.
I. Extrait des Mémoires (Paris, i8j^) de Stanislas Girardin, pre" mier écuyer du roi Joseph.
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