RESULTAT
« Par l'état joint au présent mémoire, il résulte qu'il existe dans le royaume plus de deux cent soixante fabricants, tant en porcelaine qu'en faïences fines & communes, non compris les établissements de potiers de terre. Nombre de ces fabricants ont fait leur réclamation contre le traité d'Angleterre.
a Chacun de ces établissements ne pouvait employer moins de cinquante ouvriers, ce qui fait un nombre de treize mille deux cents, dont on peut supposer la moitié célibataires; il restera donc six mille six cents hommes avec femme et au moins deux enfants, alors on aura quatre têtes par famille, ce qui donnera vingt-six mille quatre cents individus, auxquels ajoutant six mille six cents célibataires, on trouve que le traité d'Angleterre prive trentedeux mille cinq cents hommes des moyens de subsister que
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leur offraient: les manufactures, & dont la nation est surchargée; & par une suite toute naturelle, on jugera facilement que ces trente-deux mille cinq cents hommes résidant habituellement dans les lieux où étaient fixées les diverses manufactures, y répandaient le produit de leurs travaux qui en faisait souvent toute la richesse.
a Si Ton ajoute à cet effrayant tableau ceux que peuvent mettre sous les yeux des représentants de la nation, la quantité innombrable de fabricants de tous genres, l'Assemblée nationale, jugeant de l'immensité des maux occasionnés par le traité de commerce fait avec l'Angleterre, ne pourra, sans douleur, suspendre d'aviser aux moyens les plus prompts pour arrêter le cours ou les effets d'un traité si destructeur du commerce français, & si peu respecté par la nation anglaise*.
0 Pour copie de l'original & adhésions des fabricants de différentes provinces du royaume, présentées par nous, soussigné, fondé de pouvoirs desdits fabricants.
« GLOT, maire du bourg de Sceaux & propriétaire de la manufacture de porcelaine & fayence dudit lieu, ri
I. « Sans examiner particulièrement toutes les violations faites au traité par les Anglais, dans les divers genres de commerce, il suffira d'exposer aux yeux des représentants de la nation, que la parfumerie, qui n'avait été assujettie, par le traité, qua vingt-cinq pour cent d'entrée en Angleterre, y paie depuis longtemps au moins quarante-cinq pour cent, sous peine de saisie pour les contrevenans. Une telle extension autorisera sans doute l'Assemblée nationale à imposer un pareil droit sur les faïences anglaises, dont l'introduction en France réduit à la mendicité plus de trente mille hommes, ainsi qu'il est prouvé au résultat ci-devant. »
A ppendice. 379
Ce document esc la seule réponse à faire à ceux qui s'obscinent à représenter la Révolution comme ayant paralysé le commerce en France.
Le traité de commerce entre la France & l'Angleterre fut signé à J ersdîlles le 26 septembre z/86.
Pour ne parler que de céramique, il était dit, à l'article 12 : « La porcelaine, la faïence & la poterie paieront mutuellement douze pour cent de leur valeur. » Or, jusquelà, les porcelaines, poteries & terres vernissées d'Angleterre avaient été prohibées absolument par les arrêts successifs de 1740, 1749, 1770 & 1785.
Les produits des divers arts de terre des autres pays étant soumis à des droits exorbitants , aucune poterie ne pouvait donc lutter avec les fabriques françaises avant 1786; mais quand à cette date fut levée la prohibition , naturellement les Anglais introduisirent leurs produits, qu'ils fabriquaient à un si excessif bon marché que les manufactures de faïence française ne pouvaient lutter désormais; c'est ce qui explique les doléances des maîtres faïenciers, prévoyant en 1789- la fermeture prochaine de leurs ateliers.
L'industrie de Rouen en reçut un coup considérable; peu à peu seize fabriques de faïence de cette ville disparurent. Nevers seul tint bon. Quant à Paris, il est présumable que les quatorze fabriques de faïences et de porcelaines occupaient peu d'ouvriers en 1791, car le placard que Santerre, commandant du faubourg Saint-Antoine, apporta aux* Jacobins, le 24 janvier 1791, n'en fait pas mention :
fl L'on prie les ouvriers de se trouver lundi prochain. 24 du courant, pour faire une révolution sur toutes les mar-
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chandises anglaises. Charrons, menuisiers, selliers, carrossiers, bonnetiers, bijoutiers, boutonniers sont priés, ainsi que les esclaves des travaux publics, de se rendre au rendei'VQUS. qui sera au Marché-Neuf, rue de Beauveau. »
Ces placards furent affichés pendant le combat de la Chapelle, à propos de captures faites par la troupe de marchandises soumises au droit. Les ouvriers soulevés par le Club des Monarchiens devaient investir l'Assemblée nationale. Ce fut un complot de contre-révolutionnaires voulant casser le traité de commerce avec l'Angleterre pour lui faire déclarer la guerre à la France.
Qu'on ne parle donc plus de période néfaste à propos de la Révolution. 1789 ne peut être complice du traité de commerce de 1786.