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DU DÉCOR POLYCHROME

Le dessin dentelle en camaïeu bleu exigeait de la part des décorateurs une application soutenue et surtout de grands soins dans son exécution ; aussi son prix de revient était-il relativement assez élevé. Pour obvier à ces inconvénients, et surtout pour livrer à bon compte, on employa les couleurs rouges, vertes et jaunes à l'ornementation.

Les fleurs reçurent sur leurs pétales une teinte tantôt rouge, tantôt bleue; le jaune servit à marquer les étamincs. Le feuillage, lui, fut recouvert d'une teinte verte. Tout cet ensemble prit le nom de décor polychrome. L'éclat de cet assemblage permettait une main moins habile et dissimulait mieux les imperfections de la fabrication.

Les motifs de ferronnerie habilement disposés fournirent, en s'enti'cmélant aux fleurs, de gracieux spécimens de ce genre. (Voir PI. 32 et 33.)

IMITATION CIIINOÎSE.

L'engouement qui se produisit en France à la vue de quelques spécimens de porcelaine de la Chine que des missionnaires avaient rapportés, ne tarda pas à faire germer dans le cerveau des artistes et chez les manufacturiers une nouvelle idée de lucre. Aussi les sujets chinois ne furent-ils pas longtemps épargnés par la reproduction, qui, dès le début, les copia servilement et ensuite les interpréta à la française.

En abandonnant la régularité du style précédent, le premier pas fut fait vers la décadence. Le désordre régna sur tous les points; le dessin n'eut plus de proportions.

La perspective fut entièrement méconnue (Voir PI. 99, 43 et 44) ; les sujets souvent détachés les uns des autres ne présentèrent plus d'ensemble (Voir PI. 43); les bordures n'eurent plus aucun rapport avec le sujet du centre. On se servit de toutes les couleurs, surtout du rouge, avec excès; l'émail reçut une teinte verte qui, avec le quadrillé vert de la bordure, présentait un aspect mou et sans vigueur. (Voir PI. 37.)

Le décor en bleu lapis et fond laque fut fait en surchai*ge sur le fond, c'est-à-dire que la couleur fut posée sur la couleur. (Voir PI. 45.)

Ces pièces furent d'une exécution très-soignée; quelques-unes réprésentent des sujets mythologiques.

L'encadrement sur le marlij (1) est produit par une guirlande de fleurs et de fruits sur fond bleu lapis (Voir PI. 46). Cette décoration se rapproche beaucoup de la fabrication de Neyers, qui a excellé dans ce genre.

.STYIE ROCAILLE.

Fatigué bientôt d'un assemblage si pauvre et si peu attrayant, on chercha à créer un nouveau genre. Pour y arriver, on se rejeta sur la mode du jour, sur les meubles, sur les tentures, sur les estampes ; tout en un mot servit alors de modèle. Il y avait là beaucoup à puiser, car le goût raffiné du luxe avait largement doté l'époque.

Les fleurs, les oiseaux, les arabesques, la végétation, les coquillages, tout s'entrelaça dans ce nouveau genre d'ornementation, qui prit le nom de rocaille. Les peintres de cette époque étaient si familiers avec la représentation des scènes bachiques et galantes, qu'ils les reproduisaient fort souvent; de là ces sujets si piquants qu'on rencontre encore par hasard. Toutes ces débauches de l'art ne firent que l'entraîner vers sa ruine. Au rocaille vint se joindre le genre dit au carquois, d'origine chinoise, et représenté par des attributs d'armes ou de musique. Le tout ^ mêlé d'oiseaux avec bordure rogaille. (Voir PI. 49 et 50.)

Ensuite arriva le type dit à la corne, qui se composait d'une corne recourbée en spirale de laquelle partait une branche de fleurs représentant le plus souvent des œillets colorés d'un rouge et d'un bleu très-éclatants. Dos insectes et des papillons prenaient leurs ébats au milieu de ces branches. (Voir PI. 56.) D'autres fois cette corne est coupée par le milieu ; elle prend alors le nom de cortie tronquée. (Voir PL 57.) Les dessins chinois s'y trouvent retracés par des barrières, des épines, des haies qui sont toujours peintes d'un rouge très-vif.

(1) Nom que preod en céramiquo le bord de l'assiotlc ou du plat.

Après cette division venaient les fleurs isolées, qui consistaient en roses, œillets, tulipes, etc. (PI. 51, 52, 53 et 54.) Ces fleurs étaient généralement jetées isolément et avec un certain abandon sur les surfaces qu'elles étaient destinées à couvrir. Cette décoration fut aussi la dernière qui marqua l'époque de la décadence et la fin de la fabrication.

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