‹ Histoire des faïnces de RouenChapitre 2 sur 21 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Are longa, vita brevis, experieoUa fallax.

L*art rat long à apprendre, la yr\e courte, Texpérience trompeuse.

C'est pénétré de cette vieille maxime que j*ose aujourd'hui entreprendre cet ouvrage concernant les Faïences rouennaises.

Abréger l'étude approfondie de l'art déjà si long et difficile ù apprendre par lui-même, éviter la perte du temps, indiquer d'une manière claire et précise les caractères pour ainsi dire classiques de chaque époque, de chaque fabrique, la date de leur création, les signes dont se servirent ces différentes industries pour désigner la provenance des objets ou leur forme : tel a été notre but.

Désigner les marques qui servirent de sceau pour distinguer entre elles ces diverses fabriques sert pour nous l'objet d'une étude spéciale.

Les planches que nous avons jugé nécessaire de joindre à cet ouvrage serviront à éclaircir les doutes qui pourraient s'élever relativement à certaines pièces, et aussi à exercer l'œil a la connaissance des formes et à l'agencement des décorations dont se servirent autrefois les nombreuses manufactures.

Désirant éviter l'écueil dans lequel sont tombés la plupart de ceux qui ont représenté ces sujets par la lithocromie, nous avons cru devoir retoucher nos planches à la main pour rendre plus exactement le coloris de ces pièces qui à lui seul sert de type à toute la classe des faïences de Rouen. Pour mieux faire sentir la forme de ces objets, nous avons eu quelquefois recours à des perspectives exagérées. Voulant, avant tout, être un guide sûr pour l'acheteur, nous nous sommes scrupuleusement attaché à l'exactitude des détails; de là l'irrégularité que présentent certains d'entre eux, heureux si le fruit de nos travaux peut servir à ceux qui, avec une bienveillance toute particulière, ont mis à notre disposition les pièces si rares que renferment leurs riches collections.

Plusieurs ouvrages sérieux nous ont servi & recueillir les dates successives de l'établissement des

différentes fabriques et des faits principaux qui s'y rattachent ; puis, nous les avons compulsées dans leur ordre chronologique pour rendre plus faciles les recherches à opérer.

Ce qu'il faut, avant tout, au collectionneur, c'est un guide pratique facile à consulter, évitant la perte du temps et les recherches toujours fastidieuses.

Collectionner devient pour l'homme intelligent et actif une nécessité, un besoin. Quoi de plus déplorable en effet que ces heures passées dans le désœuvrement et l'oisiveté, compagnes inséparables de la tristesse et de l'ennui.

Collectionnons donc, ne serait-ce que comfne simple occupation. Que de joie, que de souvenirs rappelle l'aspect de ces objets : celui-ci provient d'un vieil ami dont le souvenir renaît à sa vue; celui-là a été trouvé dans un lointain voyage; cet autre fut conquis dans une vente, et non sans quelque peu d'adresse, sur un confrère désireux d'en enrichir sa collection, etc.

N'hésitons donc pas à employer quelques capitaux qui, placés avec discernement, au lieu de ruiner, ne peuvent qu'enrichir. En efTet, depuis quinze à vingt ans, les objets de curiosité n'ont-ils pas doublé de leur valeur? néanmoins cette progression ne se ralentit pas!

Nous avons remarqué que les dames en général, lorsqu'elles s'occupent d'arts, brillent par l'exquise délicatesse qu'elles apportent dans le choix de leurs collections ; et souvent elles dépassent par leur ardeur et leur persévérance toute la sagacité de la gente masculine.

Il est de première nécessité que les collections soient entretenues dans le plus grand état de propreté, pour pouvoir rivaliser avec les somptueuses demeures qui les renferment. Rejetons comme un manque de goût ces objets couverts d'une épaisse poussière que certaines personnes se font un plaisir de conserver comme cachet d'ancienneté. C'est sous cette couche de saleté que se dissimule souvent la fraude qui existe dans le commerce de la curiosité. Réparons le plus qu'il nous est possible les pièces avariées; l'œuvre, quand ce travail est bien exécuté, ne perd en rien pour cela de son caractère d'ancienneté, ni de son mérite artistique.

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