‹ Histoire des femmes médecinsChapitre 106 sur 181 · I. Qpera-. 0. c. p. 677-8 (VI centon, 63- observation · texte numérisé non relu

I. Qpera-. 0. c. p. 677-8 (VI centon, 63- observation

•2. Opéra : 0. c. p. 678 (VI, 64).

célèbre mari. Aussi le conseil de la ville de Berne sut-il apprécier ses mérites et lui conféra le droit de citoyenne bernoise (i).

Presque cent ans plus tard, Dorothée Chrétienne Erxleben voyait le jour.

Elle vint au monde à Quedlinbourg, le i3 novembre 1715^ Faible et valétudinaire dans son jeune âg-e, elle éprouvait une vive satisfaction et un soulagement remarquable en assistant aux leçons que donnait à son frère le docteur Chrétien- Polycarpe Leporin, leur père. Dorothée fit des progrès rapides ; bientôt elle iîut terminé le cours de ce qu’on appelle les humanités ; ensuite elle étudia la médecine sous le même maître et avec le même condisciple. Les ouvrages dans lesquels elle puisa les éléments de Fart de guérir méritent d’être signalés, parce qu’ils rappellent des noms justement célèbres : Stahl, Hoffmann, Bœrhaave, Werlhof, Albert! , Junker, Heister.

Dans l’autobiographie qui précède sa thèse médicale elle raconte ainsi son enfance :

« J’ai passé les premières années de ma vie dans une grande faiblesse et presque toujours souffrante. Une maladie ne m’avait pas encore quittée que déjà une autre s’abattait sur moi. Mais, cette circontance m’a rendue heureuse, car elle me permit d’étudier dès ma prime jeunesse tout ce que pouvait embrasser un esprit juvénile.

« Feu mon père remarqua entre autres que je supportais avec beaucoup plus de patience ma faiblesse persistante et que je ressentais à peine mes maux lorsque je pouvais assister aux leçons qu’il donnait à mon frère aîné. En conséquence, il me permit d’être son disciple et ceci d’autant plus volontiers que mon frère étudiait aussi avec plus de goût quand il me voyait à côté de lui.

• Oelsner : 0. c. 69.

« Avec le temps, ma santé s’améliora et je me vis obligée de me consacrer aux soins du ménage de mon père. Mais, malgré cela (d’ailleurs jamais je n’eus l’idée de m’en plaindre) je poursuivais mes études et je me suis persuadée qu’il est très possible pour une femme, malgré toutes les occupations domestiques^, aussi bien de lire un livre avec‘ profit que d’apprendre^ et que même si on est très occupée, on peut trouver quelques moments pour soi, si on veut négliger un peu ses propres commodités. »

Mlle Leporin avait déjà acquis des connaissances médicales, théoriques et pratiques très étendues lorsque le roi Frédéric le Grand vint à Quedlin bourg. On la lui présenta et le i4 avril 1741 le roi lui permit très gracieusement de s’inscrire à l’université de Halle èt d’y passer ses examens médicaux. A Halle se trouvait déjà «on frère Frédéric.

« Après avoir fait les humanités, j’ai abordé la médecine. Mon frère l’étudiait aussi. Bientôt il nous quitta et s’inscrivit à l’Université de Halle. Quel bonheur était pour lui de pouvoir écouter de grands maîtres. Combien de fois je désirais être avec lui. Mais ce n’était pas possible, mon père étant seul et malade. » Elle resta auprès de lui, le remplaça maintes fois et continua ses études.

En 1742, elle épousa Jean Chrétien Erxleben, ministre du saint Evangile à Quedlinbourg. Peu de temps après elle perdit son père. Les devoirs d’épouse et de mère, qu’elle remplit constamment avec un soin scrupuleux, absorbèrent désormais la plus grande partie de son temps.

« Bien que je sache, continue-t-elle dans son autobiographie, que le mariage n'empêche pas la femme d’étudier et qu’au contraire elle peut travailler à côté d’un mari intelligent avec plus de facilité et de plaisir, cependant, je n’ai pas pu profiter pendant longtemps de la permission

du roi. Mon mari était veuf, il avait quatre enfants d’un premier mariage et les soins qu’il leur fallait consacrer et que je remplissais toujours avec le plus grand plaisir, m’ont pris beaucoup de temps. En outre, la destinée ne m’épargna pas les tristesses. Mon mari tomba bientôt malade et la mort s'ensuivit quelque's années plus tard. Pendant notre mariage j’ai donné le jour à quatre enfants, et il fallait toujours vaquer au ménage. »

Néanmoins, tous les moments dont elle put disposer furent consacrés à la médecine et au commencement de l’année 1764 elle put erffin penser à l’obtention du grade de docteur. La permission royale d’il y avait treize ans ne lui fut pas retirée; au contraire, le 6 mars 1754, le roi publia un édit dans lequel il autorisait la faculté médicale de Halle d’ « admettre la supplicante à la promotion s’il n’y avait rien d’important à objecter. »

Le 6 mai 1764, Mme Erxleben passa l’exarpen oral en latin, qui durait deux heures, et y fit montre de « connaissances tellement fondamentales et d’une éloquence si modeste » que toutes les personnes présentes « en étaient tout à fait contentes. » Un nouvel édit royal du 18 mai 1754 conféra à la faculté le pouvoir d’investir Mme Erxleben dans le grade àe docteur à la guise d’un étudiant régulier. Ceci se fît solennellement le 12 juin 1754 à la maison du professeur Junker, alors doyen de la faculté de médecine et en présence de nombreuse et considérable assistance.

Sa dissertation inaugurale ne paraît point, comme tant d’autres, destinée à remplir une simple formalité. La candidate discute avec beaucoup de sagacité une question très importante : Quod nimis cito ac jucunde curare saepius fiat causa minus tutæ curationis (Comme quoi un traitement trop hâtif et trop agréable amène souvent une guérison peu sûre). L’année suivante elle traduisit elle-même

cet ouvrage en allemand avec des additions (Halle 1755 8® chez Gebauer).

A l’occasion de sa réception doctorale, Mme Erxleben reçut de toutes parts les félicitations les plus honorables en prose et en vers. Elles sont insérées à la fin de sa thèse. L’une d’elles en style lapidaire, composée par le professeur Boehmer, annonce que cette auguste cérémonie autorisée par le roi de Prusse, n’avait jamais eu lieu en Allemagne.

Stupete nova litteraria In Italia nonnunquam In Germania nunquam Visa vel audita At quo rarius eo carius.

Admirez le nouveau cas,

En Italie parfois

Mais en Allemagne jamais

Ni vu ni ouï

Mais plus rare il est, plus il est cher.

Le professeur à l’université de Zurich, Rose, s’est prononcé en 1870 (à l’occasion de la deuxième promotion doctorale d’une femme à son université) de cette façon sur le travail de Mme Erxleben :

« Lè voilà devant moi. Ecrit dans un style agréable, il mérite d’être lu au même titre que la plupart des autres ouvrages médicaux de son époque. A remarquer dans le livre de Mme Erxleben le passage où elle parle de la jalousie de ses collègues de Quedlinbourg. »

Mme Erxleben a publié l’année même de son mariage un ouvrage en allemand intitulé : « Examen des causes qui éloignent les femmes de l’étude » (Gründliche Untersuchung der Ursachen, die das weibliche geschlecht vom Studiren abhalten. Berlin 1742), dans lequel elle prouve qu’il leur est possible et utile de cultiver les sciences. La préface est du père de l’auteur.

Cette publication eut une nouvelle édition en 1749 (i). Pendant huit ans la vénérable dame a joui d’une renommée méritée et d’une pratique étendue. Elle est morte le i3juin 1762. Parmi ses quatre enfants, son fds aîné, Jean Chrétien Polyeucte a contribué à rehausser l’éclat du nom d’Erxleben ; malheureusement, célèbre déjà comme médecin et naturaliste, il mourut prématurément à l’âge de 33 ans, en 1777.

En Angleterre, la Renaissance, accueillie avec faveur par Henri VIII, qui créa la première chaire de grec, en i54o, pénétra assez profondément dans l’éducation des femmes des hautes classes, pour que Erasme pût vanter leurs con^ naissances linguistiques et littéraires, ainsi que leur érudition. Certaines lisaient les auteurs médicaux anciens. Pierre Bayle nous le dit à propos de Catherine Tishem, mère et institutrice de l’éminent philologue Gruter. Très savante en médecine, v elle lisait Galien en grec, et peu de médecins en auraient été capables » fait observer le célèbre auteur du dictionnaire historique (2).

Cependant, déjà sous Henri V, une loi avait été promulguée qui défendait aux femmes sous peine de prison l’exercice de -la médecine (3). Mais de même qu’en Allemagne et en France on connaissait des exceptions.

Telle était une dame célèbre par ses souffrances et ses mésaventures, lady Anne Halkett (1622-1679). Fille cadette de Thomas Murray, noble Ecossais, elle reçut une éducation très soignée. Pour pouvoir soulager les pauvres, comme elle nous le dit dans son autobiographie, elle étudia dès sa jeunesse la médecine et la chirurgie, et bientôt elle

1. J. Dubuc : Fünfzig Jahre Frauenfrage in Deatsehland, Leipzig i896, p. 173.

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