‹ Histoire des femmes médecinsChapitre 108 sur 181 · I. Autobiography (publiée par la Camden Society · texte numérisé non relu

I. Autobiography (publiée par la Camden Society

En même temps une autre Anglaise, Mlle Jeanne Stephens, née au comté de Berkshire, inscrivait glorieusement son nom dans l’histoire de la thérapeutique. Elle imagina (vers 1735), un remède très efficace contre la pierre, et le parlement anglais lui en acheta en 1740 le secret au prix de 5.000 livres.

On sait tout ce qu’avait alors de terrible l’opération de la taille pratiquée dans les cas de calculs néphrétiques ; une pareille découverte était donc un bienfait pour l’humanité.

Gomme toute innovation, ledit remède rencontra des détracteurs et même des adversaires. Mais, ce passage du compte-rendu d’un contemporain, M. Cantwel, sur les expériences qu’il avait entreprises d’après ce procédé, nous en montrera éloquemment les avantages :

« Le remède de Mlle Stephens, écrit-il, m’a été révélé en 1735 pour la première fois. L’année suivante, M. Shaw, médecin de Londres, — nommé depuis par le Parlement pour examiner ce remède, — m’écrivit qu’il en avait vu des effets étonnants. Je me le fis apporter de Londres la même année^ mais je n’osai pas m’en servir, parce que je n’en savais pas la composition.

« En 1738 étant appellé à Londres pour traiter un malade important d’une maladie où on l’avait opéré jusqu’à trois fois, je visitai plusieurs personnes qui avaient pris le remède de Mlle Stephens, et malgré l’opposition que j’y trouvais parmi mes confrères, j’en conçus une idée favorable et pris la résolution de l’essayer aussitôt que l’occasion s’en présenterait. Quelque temps après mon retour à Paris, on m’envoya la recette de Mlle Stephens, qui venait de vendre son secret au Parlement d’Angleterre. Je l’avais déjà donné avec succès à un homme attaqué de la gravelle ; des occasions d’en faire de nouvelles épreuves se multipliaient tous les jours ».

Le remède étant assez désagréable et en outre cher, il ajoute :

« J’ai quelque espérance de rendre ce remède moins dégoûtant, et après tout ce que j’en ai vu, et ce que j’en vois tous les jours, je ne pourrai jamais m’empècher de le croire très utile et préférable à la taille, par rapport aux personnes qui auront passé l’âge de quinze ans.

« Comme sa cherté a empêché jusqu’à présent que les pauvres ne puissent tirer aucun avantage de cette découverte, je donnerai ici la façon de faire la décoction savonneuse, dans laquelle consiste toute l’efficacité du remède, afin que chacun puisse se médicamenter à peu de frais (i)..»

L’action du remède de Mlle Stephens consistait en un grand pouvoir dissolvant. Les expériences du docteur anglais Haies démontrèrent qu’il « avait efficacement dissous des pierres dans la vessie de ceux qui ont persévéré à en user assez longtemps » (2), Mais la quantité de savon qui y entrait le rendait si répugnant que bien des personnes ne pouvaient se résoudre à le prendre, du moins à le continuer. Haies se mit donc à examiner en quoi consistait la principale force du remède, pour servir de guide à ceux qui voudraient le rendre moins dégoûtant et plus efficace.

Haies s’assura par ses expériences, que le savon et la chaux vive qu’y ajoutait Mlle Stephens étaient les vrais dissolvants de la pierre, il chercha aussi quelle quantité il en fallait, pour communiquer cette vertu à l’urine. Après en avoir rendu compte il donne cet aperçu historique :

« Les anciens chirurgiens n’ignoraient pas, que la chaux

I. Clifion : Etat de la médecine ancienne et moderne^ Paris, 1742,

2 Haies ; Expériences sur le re?nède de Mlle Steplmis in Clifton 0.

с. p. 59-Go.

vive était un puissant dissolvant de la pierre. Ils en faisaient beaucoup de préparations pour cet usage ; mais ne sachant point les conduire à la vessie en assez grande quantité, sans risquer la vie des malades, ils ne les ont point administrées. Mlle Stephens a été assez heureuse pour trouver ce qui leur manquait (i). ))

En France, le médicament de la dame anglaise éveilla également un grand intérêt. La Faculté de Paris n’entendait pas que l’Angleterre s’en réservât le privilège. On se mit donc à rechercher en quoi pouvait consister cette panacée des calculeüx. Guérin, chirurgien-major de la Charité, Rottier et surtout Morand examinèrent la question. Ce dernier fit sur l’emploi du remède en renom des observations nombreuses qu’il communiqua à ses confrères de l’Académie. On trouva qu’il ne s’agissait, en réalité, que d’un mélange de coquilles d’huitres et de savon d’^Espagne (2). « Le mérite en est encore plus grand pour Mlle Stephens qui sut tirer de moyens aussi simples de si bons effets thérapeutiques.

La France profita plus qu’elle n’espérait de cette découverte. Car, les investigations des médecins entreprises à propos de ce médicament établirent la puissance dissolvante qu’a l’eau de chaux et de potasse mêlée à du savon pour certains calculs. On se rappela que Vichy était doté d’eaux minérales d’une composition analogue au remède de Mlle Stephens ; on proclama hautement ce fait et la petite ville en bénéficia d’une façon énorme. Elle commença à fournir aux malades une eau qui n’était pas aussi chère que le médicament acquis par le Parlement anglais et même avec le temps elle le remplaça totalement.

Cependant, à l’époque où Catherine Bowles et Mlle Stephens se créaient une si belle renommée, un autre nom

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