Maury : U ancienne académie des Sciences, p. i
féminin avait déjà brillé d'un vif éclat. Lady Montague avait importé de l’Orient l’inoculation de la variole et son procédé gagnait chaque jour des partisans. En Angleterre, les suites bienfaisantes se firent sentir, et les historiens de la médecine contemporaine daignent mentionner le nom de la grande Anglaise dans leurs ouvrages.
L’inoculation était depuis un temps immémorial usuelle, et familière chez plusieurs peuples de l’Orient et l’on peut s’étonner que l’Europe ait ignoré pendant tant de siècles cette pratique d’un pays où elle avait des ministres, des voyageurs, des comptoirs et où des mariages se contractèrent entre Européens et indigènes.
Ce fut seulement vers 1715 que Timonio, médecin grec qui avait étudié à Oxford et à Padoue, publia un petit écrit intitulé : Historia Variolarum quae per incisionem excitantur.
En 1717, leséphéméridesde l’Académie impériale Léopoldine Caroline des Amis de la nature, publièrent aussi des observations où Klaunig, médecin de Breslau, rendait compte de la pratique de l’inoculation, telle qu’il l’avait apprise de Skraggenstierh, premier médecin du roi de Suède. Un jeune homme appelé Boyer, fit de ces faibles données le sujet d’une thèse qu’il soutint la même année devant l’école de Montpellier. On donnait peu d’importance à la matière de ces dissertations d’apparat, c’était ordinairement un jeu d’esprit, ou un paradoxe propre à faire briller l’élève.
Mais en 1715 vint à Constantinople l’ambassadeur anglais Montagne. Sa femme, jeune, active et éveillée apprit bien vite ces faits, et s’y intéressa beaucoup. Bientôt elle écrivit à une de ses amies, Mistress S. C,
lyiyjAndrinople le’’ avril.
-« ... A propos des maladies, je vais vous dire une chose qui vous fera désirer d’être à Gonstautinople : la petite vérole, ce mal cruel si commun parmi nous n’y est nullement dangereuse par l’invention de l’inoculation; tel est le terme qui la désigne.
« C’est le métier de quelques femmes âgées qui se consacrent à faire ces sortes d’opérations dans l’automne vers le mois de septembre, lorsque les grandes chaleurs sont passées. On s’envoie demander les unes aux autres si quelqu’un delà famille veut se donner la petite vérole; on arrange cela comme une partie. Quand on est rassemblé, et pour l’ordinaire quinze ou seize ensemble, ces vieilles arrivent avec une écaille de noix pleine de la substance varioleuse de la meilleure qualité, et vous demandent où vous préférez qu’elles vous ouvrent la veine. Aloxs elles piquent l’endroit que vous leur indiquez, avec une grande aiguille ; cela ne fait pas plus de mal qu’une légère égratignure, elles introduisent dans le petit vaisseau toute la matière qu’elles peuvent fixer sur la pointe de l’aiguille; après cela elles bandent cette petite plaie, en observant de la couvrir d’un fragment de coquille creuse ; elle répètent cette opération à quatre ou cinq endroits différents. Les femmes grecques ont le préjugé de se faire faire une insertion au milieu du front, une à chaque bras et l’autre à la poitrine, en l’honneur du signe de la croix, mais cela produit un fort mauvais effet, ces piqûres laissant une légère cicatrice; toute femme exempte de préjugés préfère la jambe ou la partie du bras qui n’est pas ordinairement découverte. Les enfants, les jeunes personnes, après cette opération, ne jouent pas moins tout le reste du jour, et jusqu’au huitième ôn est en parfaite santé,, alors on a un peu de fièvre, on se met au lit pendant deux jours, rarement pendant trois; on n’a guère
plus de vingt ou trente boutons au visage ; jamais on n’est marqué, et au bout de la huitaine on se porte aussi bien qu’avant l’opération. La plaie qui s’est formée à l’endroit de l’insertion, a un écoulement pendant toute la maladie, je suis persuadée que c’est là ce qui diminue les accidents ; il y a tous les ans des milliers de personnes inoculées. L’ambassadeur de France disait fort plaisamment, qu’on prend ici la petite vérole pour faire diversion, comme ailleurs on prend les eaux. Il n’y a pas d’exemple qu'on en meure, et vous pouvez me croire bien convaincue de la sûreté de cette expérience, puisque mon intention est de la tenter sur mon cher petit enfant. Je serai même assez patriote pour employer tous mes soins à faire adopter cette méthode en l’Angleterre, et je n’aurais pas manqué d’écrire plusieurs particularités sur cet objet à quelques-uns de nos médecins si j’en connaissais parmi eux d’assez désintéressés pour trar vailler à détruire une branche aussi considérable de leurs revenus, en faveur de l’humanité; mais cette maladie est d’un si grand produit, que ce serait exposer à tout leurressentiment l’homme assez hardi pour tenter de la détruire. Si Dieu me prête vie jusqu’à mon retour^ j’aurai peut-être le courage de guerroyer avec eux; voilà pour vous une belle occasion d’admirer les sentiments héroïques de votre amie (i). »
Milady Montague fit inoculer la variole à son fils, âgé de trois ans, dans le village de Belgrade, situé à quatorze milles de Constantinople, le i8 mars 1718. Sa fille ne fut pas alors soumise à la même épreuve parce que la nourrice qui l’allaitait n’avait point eù la petite vérole. Les seuls détails que nous possédons sur , cet essai mémorable, sont consignés dans un fragment de lettre que Milady Montague écri-