‹ Histoire des femmes médecinsChapitre 116 sur 181 · Janus 1897, p · texte numérisé non relu

Janus 1897, p

la ville de Dokkum. Elle a laissé un journalde sa vie qu’elle a tenu à jour avec une remarquable persévérance et une grande exactitude; là elle parle de son mari défunt comme d’un savant estimé et aimé de ses concitoyens. Les fonctions qu’elle lui attribue sont celles, au premier abord assez mystérieuses de Gérusin ; mais, si l’on tient compte du caractère fantaisiste de son orthographe, on devine qu’elle a essayé de rendre ainsi graphiquement le mot de chirurgien, tel qu’elle l’entendait prononcer à la hollandaise. Son premier mari appartenait donc à la bonne bourgeoisie; il en fut de même du second qu’elle épousa en 1718 ou 1714- C’était paraît-il, un négociant : il était membre du conseil communal, et compta dans sa parenté des bourgmestres, des recteurs de gymnase (lycées) et d’autres dignitaires. »

La veuve Cramer était excellente sage-femme. Elle savait se rendre très exactement compte de la nature des cas. La version lui était connue dans tous ses détails^ et elle était parfaitement au courant du crochet qu’au besoin même elle maniait. Maintes fois elle sauva des accouchées que d’autres sages-femmes ou les médecins accoucheurs déclaraient perdues. Jamais, même dans les cas dits désespérés, quelles que fussent les affirmations de ceux de ses collègues qui avaient été appelés avant elle et qui déclaraient toute nouvelle tentative inconsidérée et téméraire, elle ne refusa d’essayer l’effort suprême que l’on appelait impossible, et souvent cela lui réussit. Si l’on tient compte des circonstances de l’époque on conviendra, que le courage moral ne lui faisait pas défaut. Mais aussi elle savait admirablement son métier. Lorsqu’en 1701 elle se vit pour la première fois en présence d’un placenta praevia, elle sut immédiatement par exploration interne se rendre compte de la situation anatomique et en même temps elle trouva la voie à suivre dans ce cas inattendu, si bien que la méthode est maintenant encore approuvée. On lit dans son journal :

« lyoi (la date du jour manque, mais il s’ag-it en tout cas du mois d’août). On est venu me chercher pour Hylles, femme du marchand Rinck Eckes, après que j’y eusse plusieurs fois été appelée parce qu’elle avait un flux terrible à quoi se joignait un corps aqueux et quand on m’appelle pour la dernière fois, je la trouvai très faible et avec un grand flux intermittent, mais enfin elle fut prise des douleurs. Quand j’eus examiné le cas, je trouvai l’arrière-faix en avant de l’enfant, mais adhérent, ce dont je n’avais jamais entendu parler et ce qui ne m’était jamais arrivé, je fus obligée de l’écaler; l’enfant se trouva alors entravers de l’orifice': je le tournai et parvins avec beaucoup de peine à l’extraire par les pieds; mais l’enfant était déjà mort et la mère mourut une demi-heure après. »

Cinq ans plus tard, elle eut encore à intervenir, dans un cas où le placenta placé en avant causait de fortes hémorragies, elle agit avec plus de décision. '

Elle fut appelée le août 1706 auprès d Eifken, femme du maçon Pykes Jans. « Je trouvai, l’arrière-faix fortement adhérent, en avant de l’enfant, la femme était sans connaissance, affaiblie à mort; j’ordonnai une délivrance immédiate, mais réclamai l’assistance d’un docteur. Elle n’était pas en travail. Le docteur dit qu’il fallait lui administrer quelque chose pour exciter le travail de l’enfant. Je dis que l’enfant était mort; il me soutint qu’il était vivant; je repoussai de côté l’arrière faix après l’avoir détaché (elle le repoussa à gauche, comme il ressort d'un récit plus circonstancié qu’elle fit plus tard de cet accouchement), cherchai les pieds et amenai l’enfant, à la honte du docteur Eysma, qui avait assuré que l’enfant vivait, le fœtus était entré depuis plusieurs jours en putréfaction. »

Lors de sa première expérience, notre sage-femme frisonne avait encore cru devoir attendre les douleurs avant

d’oser explorer et agir ; mais dès le second cas qui se présenta à elle, la seule hémorragie suffit à la décider, non seulement à explorer, mais encore à procéder à l’accouchement. Elle ne se préoccupa ni de l’absence des douleurs ni de ce que l’ostium ne s’ouvrait pas. Elle avait pris pour maxime : agir dès que l’hémorragie menaçait d’être mortelle, et elle parvint, malgré l’avis contraire de l’homme de Fart qu’on avait appelé, à faire suivre ses prescriptions. Elle continua dès lors en toutes circonstances, à défendre énergiquement sa conviction.

Le décembre i724 Gerrit Greemers de Ternaart vient la consulter au sujet de sa femme qui, dit-il, a de continuelles pertes de sang depuis quinze jours au point de tomber dans des syncopes mortelles; sans hésiter elle déclare que la sage-femme doit procéder sans aucun retard à l’accouchement. La sage-femme lui fit demander si elle avait perdu la tête que de vouloir délivrer une femme qui n’avait pas le moindre symptôme de douleurs; mais elle ne se contenta pas de répondre qu’elle le voulait ; elle se rendit ellemême auprès de la patiente, quand elle sut que sa collègue refusait obstinément de suivre son conseil. Gomme elle s’y attendait elle trouva le placenta adhérent à la partie inférieure de l’utérus, elle le détacha et accoucha; aussitôt après la mère fut sauvée ; l’enfant était déjà mort. Dans sa conviction la femme serait morte d’hémorragie, si l’opération avait encore été retardée si peu que ce fût. Ge cas lui démontra le bien fondé de l’opinion en vertu de laquelle elle jugeait que le placenta praevia doit être traité sans tenir compte de l'intensité des douleurs ou du degré d’ouverture de l’ostium et exclusivement en se réglant sur la violence et l’abondance delà perte de sang qui accompagne ce cas.

Son journal rapporte plus de quatre mille accouchements

faits par elle ou bien dans lesquels elle a été appelée en consultation. Dans ce nombre le D'' Geijl n’a pas pu relever plus de six ou sept cas (un est douteux) de placenta praevia, accompagnés de complications graves ; chaque fois elle a agi avec le plus grand tact. »

« Ainsi, termine l’écrivain hollandais, longtemps avant que la placenta praevia eut été démontrée sur la table de dissection, elle avait été cliniquement découverte et classée. Il y a quelques années déjà, dans un autre article j’ai relevé que Schrôder a fait erreur en prétendant que Portai n’avait connu que superficiellement et inexactement le caractère anatomique de l’anomalie en question, tandis que plus tard seulement, Schallig aurait établi sur le cadavre la vérité des faits. La réalité est que plus de trente ans avant que Schallig vit les choses de ses yeux,Portal les avait constatées avec ses doigts tout aussi exactement et complètement. Il se distingue de plus de l’observateur allemand en ce qu’il a immédiatement discerné à fond les conséquences cliniques de ses observations. Il a exactement expliqué la cause de ces hémorragies qui se produisent presque toujours et il s’est prononcé pour que l’on procédât sans retard à retourner et à extraire l’enfant. Cette méthode déjà recommandée et suivie par Ambroise Paré dans les cas où l’enfantement est précédé ou accompagné de fortes pertes de sang, se trouve maintenant encore en grande estime chez les accoucheurs. La femme Schraders avait découvert la chose pour son compte. Elle donc et Portai ont tous deux non seulement indiqué l’anatomie du placenta, mais reconnu exactement le danger clinique qu’elle présente et compris le moyen d’y parer.

« En ce qui concerne ce cas on leur doit beaucoup plus qu’à Schallig et leurs noms, si l’on veut être équitable, doivent être placés au-dessus du sien. Je crois qu’il faut le dire

et le répéter partout et sans se lasser, car il ne faut pas laisser se propager davantage ceffte erreur qui s'étale dans cecr tains manuels et qui prétend que la science médicale est essentiellement allemande, qu’elle se suffit parfaitement à elle-même et n’a aucun besoin du concours qui pourrait lui venir du dehors, qu’elle n’en a jamais eu besoin, h’y a jamais eu recours et a toujours reposé complètement sur elle-même. J’estime du devoir de tout Hollandais, qui tient à ne pas se laisser allemaniser, d’opposer à cette erreur partout où l’occasion s’en présente les preuves qui la réfutent; c’est aussi à mes yeux le devoir de quiconque aime la vérité et se refuse à proclamer l’Allemagne la patrie élüe de la science ».

En terminant, citons Mme Leboursier du Goudray, ancienne maîtresse sage-femme de Paris, qui rendit des services réels à l’art des accouchements, en introduisant l’emploi du mannequin dans les cours faits aux sages-femmes. On prétend que cette idée lui vint pendant son séjour en Auvergne.

Après avoir exercé son art pendant seize ans dans une capitale elle se trouva par hasard dans cette province montagneuse. Sa réputation fit accourir auprès d’elle beaucoup de femmes infirmes, qui devaient leurs maladies à la maladresse des sages-femmes ou des chirurgiens de village, qui les avaient accouchées. Pour prévenir de semblables malheurs, elle offrit de donner des leçons gratuites. L’intendant applaudit à ce projet généreux ; et elle ouvrit son école. Mais comment se faire entendre ? ..« Pour cela, elle imagina de construire une machine, une femme artificielle j dans laquelle elle introduisait un foetus, aussi artificiel. Par le secours de cette invention ingénieuse, que l’Académie a approuvée, elle parvint à montrer l’Art des accouchements(i)».

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