O. c., Il
manda donc de rentrer dans son pays. En effet, ce retour suffit pour enrayer le mal.
Au chapitre consacré à Tanémie et à la chlorose, elle déclare que l’anémie est loin d’être l’apanage du sexe faible. Les hommes aussi y sont sujets, et à cette occasion, elle nous raconte comment elle guérit deux patients masculins.
« Je dirai que je donnai du fer à prendre à deux gentilhommes, l’un desquels, étant un jour à mon logis, tomba en faiblesse ; il fallut l’asseoir bas, lui donner du vin, lui frotter les tempes de vinaigre. Je le fus voir quand il fut revenu à soi, il dit que depuis un temps qu’il avait eu une grande fâcherie, cela lui avait été ordinaire, je m’informai où lui tenait le mal, il me conta tous les mêmes accidents qui arrivent aux filles et femmes. Je conjecturai que ces remèdes-là lui pourraient profiter. Je lui en donnai dont il guérit parfaitement. Il retourna en Gascogne, d’où il était, son mal venait d’une fille qu’on ne lui avait pas voulu donner. Il ne se put résoudre à ce coup, à quelque temps il retomba au même mal, il me pria de lui envoyer du remède, ce que je fis, il guérit de rechef, et connaissant la cause de son mal, se résolut de ne se plus fâcher. J’en donnai aussi à un gentilhomme de Normandie qui avait eu une grande fâcherie d’affaires qui était tombé au même accident, il fut guéri de même (i) ».
Pour en finir avec la médecine, nous attirons encore l’attention sur quelques « observations » qui concernent certaines anomalies curieuses, à savoir :
« D’une fille qui huit jours après sa naissance eut une perte de sang de dix ou douze jours comme menstrues. »
(( Deux femmes âgées de quatre-vingt ans ou plus qui avaient tous les mois leurs menstrues. »
« D’ane fille de cinq ans à laquelle j’ai vu quantité de fleurs blanches. »
Au vingt-troisième chapitre se trouve aussi une observation d’une fistule vésicô-intestinale congénitale chez une fillette.
Nous voudrions dire encore quelques mots du style de Mme Bourgeois. Elle avait de véritables qualités d’écrivain.
Non seulement elle faisait des vers (elle en a mis plus d’une quinzaine en tête de son livre) (i), mais les images et les comparaisons dont abondent ses œuvres révèlent — dirons-nous — ■ une âme de poète.
Nous rappellerons ici lés jolis passages de 1’ « Instruction à ma fille » : cette image des « charlatans qui se servent d’un remède comme selle à tous chevaux » ou bien cette autre : a Quand les sages-femmes mouraient, leurs clientes en menaient grand deuil et priaient Dieu de ne leur plus envoyer d’enfants. Maintenant plusieurs s’en servent comme d’une femme de vendange où tous les ans on change de vendangeuse tant tenu, tant payé... »
Les lignes suivantes contiennent de nouveau une belle image :
« Du reste quand vous aurez fait votre charge devant Dieu, moquez-vous de tout ce qu’on pourra dire; votre conscience est un fort rempart ».
Parfois ces images ont une tournure humoristique. Ainsi, au vingt et unième chapitre des observations (De quelle façon doivent vivre les accouchées), elle dit des femmes villageoises :
I . Il y a là un sonnet à la reine, puis des vers à Mme la princesse de Conty, à Mme du Montpencier, à Mme d'Elbert, à Mme la duchesse de Sully, à Mme la marquise de Guercheville, à Mme du Monglas, à Mme de Helly, à M. du Lourens, conseiller et premier médecin du roi, àM. Hervard, « conseiller de Monsieur le Dauphin », et sept autres.
« Car si l’on ne donne à ces estomacs forts, tôt après raccouchement, un grand potage à l’oignon ou aux œufs ou une grande soupe au lait, leur estomac fait comme des moulins qui moudent à vide » (i).
Ailleurs elles sont inattendues. Pourrait-on supposer que la rupture de la poche des eaux puisse se prêter à une aussi jolie comparaison que celle-ci :
« Il faut rompre les membranes qui environnent l’enfant ainsi que l’on ferait d’une porte pour sauver une maison du feu {‘2.) ».
Bien moins importants que les livres précités, sont les « Secrets de Louise Bourgeois ». Ils sont consignés dans le troisième volume des « Observations ». Ils contiennent une longue série d’ordonnances médicales contre les maladies les plus diverses. Un grand nombre porte l’empreinte de l’époque. De nos jours on les qualifierait de superstL tieux. Mais s’il en est ainsi, on aurait tort de l’attribuer à un défaut de sens critique chez notre écrivain. Une autre explication nous paraît plausible. Mme Bourgeois était tellement préoccupée de guérir ou du moins de soulager ses malades, qu’elle recueillait tout ce qu’on avait vanté devant elle comme efficace. Or, qui ne sait combien de remèdes (surtout populaires) doivent leur bonne action à leur influence sur l’imagination (et ici l’étrangeté de composition est pour beaucoup) On peut donc excuser Mme Bourgeois si elle dit avoir observé l’efficacité d’un remède plus ou moins douteux.
D’ailleurs, si certains remèdes et certaines prescriptions sont bien de son temps, d’autres sont très j udicieuses. Ainsi, la hargne (le ténia) est traitée déjà par elle par le rhizome de fougère mâle ; et, le traitement de la goutte par les bains
formiques qu’elle indique, a été employé par certains médecins il y a encore bien peu de temps.
Peu de sages-femmes sont venues après Louise Bourgeois qui l’ont égalée. Il faut attendre jusqu’à la fin du xviiie ou plutôt au commencement du xix° siècle pour trouver des rivales dignes d’elle, une Mme Lachapelle, une Mme Boivin ! Cependant plusieurs femmes méritent d’être mentionnées brièvement.
C’est avant tout Justine Siegemund. Née en Silésie, elle publia, en 1786, un livre intitulé : « La sage-femme attachée à la courbrandenbourgeoise » (DieChur Brandenburgische Hof-Wehe-Multer (i). Le style en est un peu simple, entrer mêlé de causeries féminines ; l’exposition manque d’ordre systématique, ce qui n’empêche pas qu’on y rencontre beaucoup de choses bonnes et vraies, qui à cette époque, devaient être d'autant plus utiles, que l’auteur ne parlait que d’après son expérience personnelle, et qu’elle avaitpris la nature pour son maître suprême. Elle regardait donc, comme devant être abandonnées aux forces de la nature, les présentations de la tête, des pieds et du siège, elle ne craignait pas les présentations de la face, si elle était tournée vers le pubis ; l’enfant, disait-elle, peut naître ainsi sans danger. Elle traite avec soin l’exploration, aussi bien pour apprécier le col que pour déterminer le mode de présentation.
Très justes sont ses vues sur les avantages des présentations du siège sur celles des pieds, parce que dans les premières, les voies pour le passage de la tête sont mieux pré-
I . Voici le titre complet de cet ouvrage : Justine Siegemundin geb. Diettrichin, Die Ghur Brandenburgische Hof-Wehe-Multer, das ist Ein'Hôchst nôthiger Unterricht von schweren und unrecht-stehenden, Geburten in einem Gespràch vorgestellt Gôlln a. d. Spree 1690, l\, 1692, Leipz. 1718, Berl. 1728, 1741: 1756, traduction hollandaise de Solingen, Amst. 1691 .
parées. Elle fait aussi ressortir l’utilité de la poche amniotique, qu’elle conseille de conserver le plus longtemps possible. Gomme de la Motte, Siegemund avait une grande prédilection pour la version podalique, et comme le grand accoucheur François, elle préférait être appelée pour une présentation vicieuse, que pour une présentation céphalique quand la tête était fixe ou enclavée, attendu que dans ce cas on ne peut avoir recours qu’au crochet.
Pour mettre un lacs sur les pieds de l’enfant dans la matrice, l’auteur propose un instrument spécial, une tige pour la version (Wendungsstâbchen) figuré dans les pl. 17, 18, 19 et 20 et dont l’application est expliquée p. 60), instrument conservé dans la pratique par certains accoucheurs ; avec quelques modifications dans sa forme. Les manœuvres pour pratiquer la version et l’extraction de l’enfant, sont indiquées avec soin et représentées, pour la plupart dans les figures de l’ouvrage. L’auteur enseigne aussi des manœuvres internes pour engager la tête, dans les présentations obliques, (p. 68).
Ce livre a eu plusieurs éditions, et il a été traduit en hol- JandaLs par Cornelis Solingen.
Dans la deuxième édition allemande, et dans les suivantes, on trouve quelques écrits de polémique entre la Siegemund elle D’’ Andr. Petermann, prof. àLepzig.
En même temps qu’elle vécut en France, Marguerite du Tertre « veuve du sieur de la Marche^ maître.sse jurée, sagefemme de la ville de Paris et de l’Hôtel-Dieu en la dite ville.» On lui doit un livre intitulé : « Instruction familière et très facile, faite par questions et réponses touchant toutes les choses principales qu’une sage-femme doit savoir pour l’exercice de son art » (Paris 1677 in-4“).
Ce livre, disposé par demandes et réponses contient de précieuses indications sur la manière dont les sages-femmes
ont à se conduire dans les divers accouchements. La version sur les pieds, est recommandée partout, Fauteur a très bien ag-i, en conseillant de faire l’extraction par un seul pied (p. io3 et 109), on épargne ainsi beaucoup de temps et de douleurs à la parturiente. Mme de la Marche insiste sur cette manière de procéder, surtout dans les présentations pelviennes ; ce qu’elle expose, dénote un femme expérimentée.
« Ce petit ouvrage dit Siebold (i) est écrit avec beaucoup d’ordre, on y dit ni trop ni trop peu ; il en est résulté qu’il a été très utile dans son temps. Les progrès réalisés dans Fart des sages-femmea sont très appréciables, si on compare ce livre avec celui qu’écrivit dix-sept ans plus tôt pour les sages-femmes Charles de Germain (docteur en médecine, Parisien). Ici se trouvent les doctrines les plus absurdes ; on recommande notamment partout encore la version sur la tête. On n’a qu’à voir ce que Fauteur dit, p. 288, sur l’accouchement par les pieds^ où, non seulement il prescrit la version sur la tête, mais même la succussion hippocratique. »
Un peu plus tard que Justine Siegemund et Marguerite- Gatherine-Gertrude du Tertre vécut Schraders, investigatrice du caractère anatomique de la placenta praevia. Elle exerça son art en Hollande.
Son biographe, le D‘' Geijl Dordrecht, nous dit d’elle ce qui suit (2) :
« L’an 1693, G. G. Schraders, veuve d’Ernest Wilhelm Gramer, mit à exécution un plan, qu’elle avait formé le cœur bien gros, celui de se consacrer désormais à assister les femmes en couches. Elle était pieuse, modeste et consciencieuse et en outre appartenait à une des familles notables de