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CHAPITRE XVII

La Révolutioû française et les femmes

L’eathôusiasmê dés femnies pour la Révolution. — Lès à griefs et les requêtes » féministes. — Les clubs des femmes. — Les défenseurs des droits de la femme : Condorcet, Sieyès. — Leurs adversaires. —

— Fermeture de clubs par la Convention. Les questions médicales et les femmes : La révolution admet théoriquement tous sans distinction de sexe à l’exercice de la médecine. — Mme Tallien propose un an de service dans les hôpitaux obligatoire pour chaque femme.

— Mme Roland s’occupe de la médecine.

« A qui le coeur n’a pas frémi, dit Goethe dans «.Hermann et Dorothée », lorsque à l’horizon parut l’aube de la liberté.

la messagère des temps nouveaux. Qui n’a pas salué la Révolution de 1789, ses débuts si sublimes et son envolée. si hardie ? >:

Des nations entières se dévouèrent aux idées que semblait personnifier le mouvement héroïque né sur les bords de la Seine. Les femmes françaises devaient- elles rester in; différentes ?

Non « A ce moment l’idée en marche entraîne tout. Plus de société, plus de classes, plus de séparation de sexes ; la vie publique pour tous, au pouvoir ou sur l’échafaud, selon qu’on est audacieux ou timide. Personne ne peut rester en dehors du mouvement. Il semble qu’il y ait une jouissance à se voir emporté, qu’il y en ait une à être broyé » (i).

De quel enthousiasme et de combien d’espérances. la Révolution emplissait le cœur des femmes ! Un discours de Mlle d’Orbe, présidente de la « Société des amies de la constitution de Saint-Dominique », va nous le montrer Elle se chargea de prononcer à son club, à l’anniversaire de la mort d’Honoré Riquetti de Mirabeau, un éloge de ce grand homme d’Etat. Elle y considère principalement ce que son sexe a gagné à l’ère nouvelle de liberté, dont elle croit Mirabeau auteur ». En citoyenne libre, je suivrai, ditelle, les sentiments de mon cœur pour vous retracer ses bienfaits envers les femmes, et la reconnaissance que nous lui devons. Avant la Révolution nous étions restées dans l’oubli, réduites aux occupations de notre ménage, et à l’éducation de nos enfants ; nous étions privées, du bienfait des lois. Nous demeurions dans une avilissante obscurité, en supportant avec peine le sentiment de notre dégradation. Mirabeau fit connaître le bonheur de la liberté, et recouvra les droits de l’homme égarés. Au même instant, le bandeau

I. E. Daireaux dans la préface aux Mémoires de Mme Roland (Bibliothèque nationale, Paris 1888), t. I, p. 8,

qui nous cachait la vérité se leva. Nous sommes devenues, à la parole de ce grand homme, des citoyennes libres» (i).

Et pourtant Mirabeau n’était pas disposé à faire beaucoup en faveur des droits des femmes. « La femme, dit-il dans son grand travail sur l’éducation publique, doit régner dans l’intérieur de sa maison ; mais elle ne doit régner que là (2) ».

«En interdisant aux femmes, y lisons-nous encore, l’entrée des assemblées publiques, où. leur présence occasionne des désordres de plus d’un genre, en les écartant des fonctions politiques qui ne leur conviennent sous aucun rapport on a bien fait ». La seule réforme qu’il demanderait pour les femmes, ce serait de les admettre au conseil de famille, dont elles lui paraissent « devoir être l’âme ».

Mais les événements dexette époque étaient tellement fascinants qu’à les regarder on perdait tout pouvoir critique.

D’ailleurs, en ce temps, la question féministe fut soumise à un examen sérieux par quelques esprits clairvoyants. Ce fut surtout par Condorcet qui s’en occupa dans ses œuvres (3).

Condorcet oppose à Rousseau et aux disciples de la Révolution, l’assertion que, les femmes ayant au même degré que les hommes « la qualité d’êtres sensibles, susceptibles d’acquérir des idées morales et de raisonner sur ces idées, elles doivent nécessairement avoir des droits égaux». Ayant

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