‹ Histoire des femmes médecinsChapitre 119 sur 181 · Pages Sg et suivantes · texte numérisé non relu

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3. Tableau du progrès de l’esprit humain (Œuvres complètes, i8o4, VIII, p. 320, Essai sur les assemblées provinciales, et Mémoires sur l’instruction publique (Œuvres complètes IX, 6, qui parurent d’abord dans la Bibliothèque de l’homme public. II» année, t . I) enfin dans l’article t Sur l’admission des femmes au droit de Cité » publié en 1790 au Journal de la Société de 1789, n® 5 (réimprimé in Œuvres complètes, édition de 1867, X, lai-iSo).

Mélanie Lipinska 18

admis ce principe équitable, il en affirme les conséquences : « Ou aucun individu de l’espèce humaine, dit-il, n’a de véritables droits, où tous ont les mêmes ». Il y a une contradiction dans l’œuvre de la Révolution, si on oublie les femmes dans l’émancipation générale. « Ce principe de l’égalité des droits qu’on vient de proclamer, ne l’a-t-on pas violé aussitôt, en privant la moitié du genre humain des bénéfices de cette égalité? » Etant admise la qualité d’être humain chez la femme au même degré que chez l’homme, on ne peut invoquer pour l’exclure de la cité, que sa constitution ou son incapacité intellectuelle ; or, sa constitution physique l’assimile, au plus, aux hommes maladifs et faibles de tempéramment ; quant à sa moindre connaissance actuelle des affaires elle est la suite nécessaire de l’éducation ; et en admettant même une supériorité d’esprit chez quelques hommes, l’égalité resterait entière entre les femmes et le reste des hommes : « Cette classe d’hommes très éclairés mise à part, l’infériorité et la supériorité se partagent également entre les deux sexes. Or, puisqu’il serait complètement absurde de borner à cette classe supérieure le droit de, cité et la capacité d’être chargée de fonctions publiques, pourquoi en exclurait- on les femmes plutôt que ceux des hommes qui sont inférieurs à un grand nombre de femmes. Déjà dans l’essai sur les assemblées provinciales (1788), Condorcet demandait que les femmes propriétaires fussent admises à élire des représentants et, ainsi, ne fussent pas privées du droit de Cité, privation qu’il qualifie de « contraire à la justice, quoique autorisée par une pratique presque (i)

I. Il disait « presque » car dans certains Etats provinciaux sous l’ancien régime les femmes étaient encore admises à siéger. Ainsi, Mme de Sévigné avait siégé aux Etats de Bretagne.

En outre, dans nombre d assemblées communales des villages les veuves ou les filles, imposées comme chefs de famille, étaient admises au même titre que les hommes ; elles signaient comme eux, sur le regis-

générale ». Il est donc très probable que plus tard Condorcet essaya de faire valoir ces principes dans le projet de la constitution girondine signée par Gensonné, Barrière, Barbaroux, Thomas Taine, Pétion, Vergniaud, Sieyès, Condorcet en fut, en effet, hauteur et le rapporteur, et ce projet figure dans ses œuvres complètes. -,

Cependant, aucun article n’y concerne les femmes. Comment expliquer ce fait ?

A cet égard l’explication de Mme Clotilde Dissard (i) nous paraît la plus plausible. Selon toute probabilité, les Girondins se refusèrent à reconnaître Tégalité civile et politique de la femme.

En tout cas, ces discussions avaient déjà une grande importance, et la Révolution permettait aux femmes deux choses : se plaindre et s’associer. On avait donc raison de supposer que, avec le temps, après ces premiers marques de bienveillance, la Révolution s’occuperait d’une façon plus énergique du sexe féminin.

11 faut remarquer que vers le milieu du règne de Louis XVI, les femmes françaises de la bourgeoisie et du peuple avaient déj à commencé à demander pour elles des réformes,

tre des délibérations rédigé ainsi que cela était la coutume par le tabellion.

Le dernier décret de convocation pour les élections des Etats-Généraux de France est du 24 janvier 1789, nous le reproduisons textuellement :

« Les femmes possédant divisément, les filles, veuves, ainsi que les mineurs jouissant de la noblesse, pourront se faire représenter par des procureurs, pris dans l’ordre de la noblesse » (Mme Vincent o. c, p. 270-271).

Il est curieux que c’est la Révolution qui fit disparaître cet usage. La Révolution aussi porta le coup mortel aux restes de l’égalité des droits des hommes et des femmes dans les corporations. . . (V. Mme Vincent : Rapport à la Prud’ hommie in Intern. Kongress in Berlin 1896, p. 2i3- 2l5).

I. La Fronde du 11 juillet 1898 (à propos du Féminisme de K. Scbirmacher).

Ces réformes se rattachaient' au mouvement intellectuel des femmes de la haute société dont nous avons parlé dans un des chapitres précédents. Aussi la situation économique de la femme du peuple était sous Louis XVI fort déplorable.

L’édit de février 1776, ouvrant à « toute personne » uu libre accès au commerce et aux professions d’arts et de métiers, tâchait d’y porter quelque remède. Mais il n’y suffisait pas, car il fallait avant tout relever les femmes de V ignorance.

Aussi les premières réclamations portèrent-elles sur l’éducation.

Une pétition adressée par les femmes du tiers état au Roi, retrace « la très néglig’ée ou très vicieuse » éducation qu’elles reçoivent : « elle consiste à les envoyer à l’école chez un maître qui lui-même ne sait pas le premier mot de la langue qu’il enseigne ; elles continuent d’y aller jusqu’à ce qu’elles sachent lire l’office de la messe en français et les vêpres en latin ; les premiers devoirs de la religion remplis, ou leur apprend à travailler ; parvenues à l’âge de i5 ou 16 ans, elles peuvent gagner 5 à 6 sous par jour « (i).

Plus tard en 1789, lorsque retentirent les mots « Liberté, égalité, fraternité » les femmes françaises formulèrent de nouveau leurs vœux, et un « Cahier des doléances et réclamations des femmes » fut envoyé à l’Assemblée Nationale. On y demandait surtout d’assurer aux femmes une éducation moins dérisoire. Ceci préparait les réclamations plus complètes, présentées dans.une « Requête des Dames à l’Assemblée nationale» laquelle se terminaitpar un projet de loi, portant l’égale admissibilité des femmes et des hommes, à toutes les

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