Semaine médicale, 1 3 novembre 1884, P
fondant sur les inconvénients qui résulteraient de la promiscuité des sexes.
On procéda au vote et la réunion se prononça contre l’internat des femmes à une forte majorité. Il y eut seulement 4 voix en faveur de la proposition, à savoir celles de MM. Berger, Marchand, Prengrueber, Verneuil.
D’un autre côté, la Société dés médecins des hôpitaux eut, le 7 novembre^ une réunion extraordinaire pour discuter la même question.
Ici, M. Landouzy prit la défense des externes en des termes chaleureux et pleins de bon sens. L’internat étant une véritable école d’instruction médicale, il faut s’inspirer de l’idée qui a fait "créer cette grande école professionnelle, il faut se souvenir que l’internat est une école plutôt qu’une fonction. Puisqu’il s’agissait d’une école ouverte au concours, M. Laudouzy demanda :
10 Si, en droit, on pouvait refuser à une externe femme ce qu’on accorderait à un externe homme, puisque, aux termes du règlement hospitalier, l’internat est le complément de l’externat ;
2® Si, en fait, on n’aboutirait pas à cette extrémité de maintenir de propos délibéré, les femmes médecins à un taux d’instruction inférieure, pour le diplôme de docteur.
« On leur impose, dit-il, le même stage, les mêmes charges, les mêmes épreuves et on leur refuserait les moyens de solide instruction qu’on accorde aux seuls hommes. Ouvrir par concours l’internat aux femmes, c’est leur ouvrir la véritable école du savoir et du dévouement professionnels celle à laquelle ont été instruits et formés tous ceux qui, dan.s le monde entier honorent la science et la pratique médicales ». Malgré cela il y eut seulement 4 à 5 voix appuyant M. Landouzy. La grande majorité était contre lui. En conséquence la Société des médecins des hôpi-
taux repoussa la demande formulée par les externes femmes. La question (i) de rinternat des femmes fut aussi, au Conseil municipal, l’objet d’une discussion (2 février) à laquelle prirent part MM. Piperaud, Ghassaing-, Robinet, Strauss, Levraud, Deschamps, le D" Desprès et le directeur de l’Assistance publique M. Peyron, et le Conseil, par 67 voix contre i5, vota l’ordre du jour de M. Piperaud, ainsi conçu : « Le Conseil, considérant qu’il est juste de faciliter l’instruction médicale des femmes — considérant que les fonctions d’externes des hôpitaux donnent droit à l’admission au concours de l'internat sous peine de déchéance, — invite l’administration à ne plus s’opposer à l’admission des femmes audit concoujs de l’internat ».
Enfin, malgré l’opposition formelle de la majorité des médecins et chirurgiens des hôpitaux, malgré les démarches faites par M. le professeur Hardy, président de l’Association des hôpitaux de Paris,un arrêté préfectoral autorisa l’admission des femmes externes au concours de l’internat pour l’année suivante (i885). Cet arrêté (3i juillet i885) (2) a donc décidé et résolu la question d’une façon favorable et définitive.
Il dit : « Article !«*■. — Les élèves externes femmes qui rempliront les conditions imposées par le règlement sur le service de santé seront admises à prendre part au concours de l’internat. Les internes femmes seront soumises à toutes les règles d’ordre intérieur et de discipline qui concernènt les internes hommes.
Article 2. — Ces dispositions seront mises en vigueur en attendant que le travail de révision auquel est soumis le règlement sur le service de santé permette de les y insérer ».
Signé : « E. Poubelle ».