Id., 1895, p
La donatrice en question avait bien choisi son moment ; car la même année on décida la création d’une école de médecine pour les femmes. La question portée devant le conseil d’Etat fut tranchée par cette assemblée dans le sens favorable.
« Pendant plusieurs années, y disait le rapporteur, aucune résolution n’avait été prise, faute d’argent. Mais à l’heure quhl est, une quantité de dons et de legs privés assurent non-seuleniént l’organisation de cet enseignement, mais encore son entretien et son avenir. » Une fois la question de principes définitivement réglée, le conseil d’Etat examina un certain nombre de détails. Toute femme âgée d’au ‘ jnoins vingt et un an désirant suivre' les cours de cette école, devrait présenter une permission écrite des parents ou d’un tuteur ; la femme mariée, une permission de son mari. Il serait de rigueur de posséder la langue latine dans la mesure du programme des gymnases de garçons. L’école serait fondée à Saint-Pétersbourg. Les études dureraient cinq ans et les matières enseignées seraient exactement les mêmes que dans les facultés de médecine.
^ Les femmes qui obtiendront le diplômé de fin d’études ne pourront être admises, ni à diriger des hôpitaux généraux, ni à participer aux examens des conseils.
Cependant l’Institut médical féminin de St-Pétersbourg, car tel est le litre officiel de l’Ecole, ne fut ouvert -qu’en 1897.
Les conditions auxquelles les auditrices doivent satisfaire sont : Elles ne doivent pas être âgées de moins de vingt ans et de plus de trente-cinq. Elles doivent être chrétiennes, 5 0/0 seulement du nombre général peuvent appartenir à d’autres religions. Le nombre des Israélites ne doit pas dépasser 3 0/0. En dehors des permissions sus-mentionnées on exige d’elles les certificats désignant la classe sociale à
laquelle elles appartiennent (p, ex. sont- elles d’origine noble, paysanne, bourgeoise ou filles d’employés?) les actes de naissance et de baptême, le certificat d’impeccabilité politique, le curriculum vitae, deux photographies avec la signature, le certificat du lycée des jeunes filles et celui de l’examen du latin.
Les demandes sont envoyées par poste du 27 juin jusqu’au i3 août. Les étudiantes qu’on a reçu doivent se trouver à l’Institut le i3 septembre. Dans la quinzaine elles doivent payer cinquante rqubles comme taxe d’inscription semestrielle. Il existe, en outre, dans l’Institut un internat; celles qui y sont admises payent 3oo roubles par an et sont nourries, logées et blanchies. La somme de 3oo roubles doit être payée en deux parties pendant la première quinzaine du semestre.
L’Institut se trouve dans un bâtiment spécial construit selon toutes les prescriptions d’hygiène et muni de tous les laboratoires nécessaires. Dans la cour se trouve le pavillon des dissections. A côté de l’Institut s’élève l’internat aménagé pour cent-vingt personnes. En 1898, il comptait 80 internes. Le directeur de l’Institut est le docteur B. von Anerèpe. ^
Au mois d’avril 1900, le ministère de l’instruction publique a informé la délégation municipale, qu’à partir de la prochaine année scolaire, des cours cliniques seront ouverts à l’Institut de médecine pour les femmes, et qu’il serait dès lors désirable qu’une section clinique spéciale fût aménagée à l’hôpital de Saint-Pierre et Saint-Paul. La délégation municipale a autorisé l’Institut de médecine pour les femmes à aménager à ses frais des sections cliniques pour i3o lits à l’hôpital sus-mentionné.
En 1897, 264 candidates demandèrent l’admission àl’institut inédicaL 188 seulemént furent reçues. Dans ce nom-
brê, go o/o est orthodoxe, 5 o/o catholique et protestant (Polonaises et Allemandes). Les conditions matérielles de beaucoup d’auditrices sont précaires ; pendant la première année des cours, la société des secours aux étüdiantès en médecine a payé pour 65 étudiantes les inscrijptions ; eh outre, 45 parmi elles trouvèrent la vie et le logement à l’internat de cette société.
Gomme nous venons de le voir, malgré l’exigence d’un diplôme spécial de latin, le nombre des femmes qui aspirent à cette école est si important, qu’il faut en restreindre l’admission et donner la préférence : à celles qui ont déjà fréquenté une école supérieure, qui ont obtenu une médaille d’or dans les écoles moyennes, aux originaires des deux capitales, et enfin aux plus âgées, les jeunes pouvant attendre.
Dans ces conditions, il était tout naturel qu’on se mit à rêver de fonder quelques autres écoles dans les grandes villes de la Russie. C’est bien rêver qu’il faut dire dans ce cas.^A Moscou et à Tiflis (Caucase) on a depuis quelques années organisé des quêtes d’argent en vue de ces fondations et la société de la Croix-Rouge le fit aussi à Kiew. En outre au mois de septembre 1898 le général Kossitch a remis à la section de médecine scientifique du congrès des médecins russes, la proposition de créer à Kiew un institut médical pour les femmes. Le docteur Piassetsky a proposé d’ouvrir aux femmes les facultés de médecine et toutes les Universités russes. Ces propositions ont été accueillies par des acclamations sympathiques. Mais il paraît que l’existence de l’Institut médical féminin à. St-Pétersbourg n’est pas encore entièrement assurée et le docteur von Anerèpe l’a fait savoir au public. A cet égard une des revues les plus importantes de la Russie, la Rousskaïa i/is/ (Pensée Russe) fait remarquer qu’assurer l’existence de l’institut médical
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féminin est de première importance. En même temps elle se prononce pour la création d’autres écoles de médecine « puisque, dit-elle, la centralisation de la jeunesse de toute la Russie dans une seule ville est accompagnée de grands inconvénients et de grands sacrifices d’argent ». Avec cela il faut prendre en . considération que le climat de Saint- Pétersbourg, humide et inconstant, est très mauvais pour la santé de ces jeunes filles, surtout de celles qui arrivent du Midi.
Il nous reste à dire quelques mots des femmes-médecins sorties de Técole de St-Pétersbourg entre 1877 et 1887 et de celles très peu nombreuses qui obtinrent la permission de « nostrifier » leur doctorat étranger. Naturellement nous ne nous occuperons que des dix dernières années, l’époque antérieure ayant déjà été traitée ailleurs.
Pour les femmes médecins établies à la campagne le professeur Erismann les a caractérisées très bien dans ces brèves paroles :
« La preuve a fortiori que les femmes médecins peuvent supporter leur lourd travail est faite par les dames qui s’établissent à la campagne et dont la journée sê décompose ainsi : le matin, visite aux malades dans l’hospice, puis au dispensaire. Le soir visite aux malades à la campagne. Peu importent la grande distance, les mauvais chemins, le mauvais temps. C’est un travail d’Hercule, mais ces femmes le remplissent avec un grand dévouement et noits en connaissons qui vivent ainsi depuis 5, 8, 10 ans » (i).
A Saint-Pétersbourg les doctoresses exerçant les fonctions de médecins des hôpitaux étaient en 1897 au nombre de 55 (2). En 1896 une femme médecin, Mme Tcharnomars-