I. Chir., trad. Lecler, Alger et Paris, i86i p. i
l’élat d’infériorité dans lequel les femmes sont tenues en Orient.
Lorsqu’au xixe siècle certains pays musulmans vinrent sous la domination des peuples européens, l’opinion publique de ces peuples s’inquiéta du sort des femmes musulmanes dans les cas de maladie. Il faut reconnaître que de tous les États celui auquel fut joint le plus tard un pnys musulman s’est occupé avec le plus de zèle de cette question. C’est l'Autriche. Nous ne répéterons pas ce que nous avons dit à propos de la Bosnie. Mais dans d’autres pays, cette question fut ég’alement ag’itée.
En France, on s’en occupa surtout avant 1870. En i865, un discours très intéressant à ce propos fut prononcé par le D'' Potin, président de l’École de médecine d’Alger à la. rentrée des écoles.
x4iprès avoir fait ressortir tout le bien qui résulterait pour les Arabes de l’étude de la médecine par les jeunes indigènes, M. Potin ajouta : « On n’aura pas assez fait pour la civilisation des Arabes par les moyens médicaux, en se bornant à leur donner des médecins hommes de leur race et de leur religion. Ces médecins, comme les médecins européens, ne pénétreront qu’exceptionnellement dans la famille arabe ; les mœurs seront pour longtemps encore un obstacle bien difficile à vaincre. La femme arabe et les enfants, dans leurs premières années, pendant tout le temps que leur sont nécessaires les' soins assidus de la mère, continueront donc à être privés des soins de la médecine. Ne nous décourageons pas cependant. Ce que le médecin homme nesaurait faire, la femme médecin le fera peut-être.»
En 1868, le Journal de V instruction publique érmi^ dans un des numéros du mois d’août, les assertions suivantes : les soins médicaux donnés par les femmes (françaises) pourraient être d’un grand secours pour la population arabe;
grâce à elles, les bienfaits de la science médicale pénétreraient sous la tente et dans le harem de l’Arabe où nul docteur ne sera jamais admis.
En juillet 1870, une petite commission, composée de quelques savants, sous la présidence de M. Duruy, ex-ministre de l’instruction publique, avait élaboré le plan d’un système complet d’instruction pour les femmes, et l’institution devait être mise sous le patronage de l’impératrice. Il s’agissait, suivant le rapport, de former des femmes médecins pour les pays soumis à l’islamisme où « les femmes vivant dans la contrainte des harems, ne peuvent être ni vues ni traitées par des hommes. »
Tout était organisé pour que, dans cette institution fondée par souscription, l’instruction fût aussi complète que possible ; les élèves devaient fréquenter certains hôpitaux, etc. Cette conception disparut avec l’Empire (i).
Après 1870, nous ne pouvons citer que la mission de Mme Chellier (1895), dont nous avons déjà parlé; Espérons pourtant que cette question des femmes médecins en Algérie deviendra un jour de nouveau l’objet des débats publics.
En Russie, où pourtant la première femme médecin a été boursière de mahométans, le gouvernement ne s’occupa pas de la population musulmane. Mais les doctoresses russes s’établirent de leur propre initiative dans l’Asie centrale et y rendirent de grands services à la population indigène. Mlle Garinowskaïa, qui avait fondé, en 1886, à Samarkande, un dispensaire pour femmes et enfants, exerce avec succès parmi les femmes bokhariennes, kirghises, persanes, arabes et afghanes. De 172 r malades traitées en 1886 au dispensaire de Samarkande, le nombre s’est élevé, en 1889 à i85o.
'• E. Beauçrand, page 607.
En 1888, M. Müller, dans une série de notes transmises par lui de l’Asie centrale à la société de géographie de Paris, put dire que dans le Turkestan, les femmes médecins sont très appréciées de la population musulmane féminine. 11 cita une dame russe qui, après avoir achevé son cours de médecine à Saint-Pétersbourg, s’était consacrée à la pratique parmi les dames turcomanes ; elle s’était déjà fait une excellente réputation et comptait même des princesses dans sa clientèle.
De 1890 à 1900, le nombre des doctoresses établies- dans les pays musulmans appartenant à la Russie (Grimée, les bords du Volga, nombre de peuplades sibériennes, Caucase et Asie centrale) s’accrut.
Dans quelques régions, les municipalités ont créé des dispensaires pour les femmes et les enfants et en ont confié la direction aux femmes-médecins.
En 1899, on comptait dans l’Asie centrale seule onze femmes-médecins (i).
Il y en avait trois à Samarcand, deux à NemantchaUj une àAndiJan, Asabade, Boukhara, Merve,Kokand et Tachkent. Enfin, au mois d’avril 1900, la première femme médecin musulmane, Mme Razeïa-Koutlouïarova-Salaïmanosov (qui a fait ses études à Pétersbourg) s’installa à Tachkend.
Mais, c’est surtout dans les possessions anglaises, aux Indes, que les femmes-médecins sont répandues.
En parlant d’Anandibai Joshee nous avons décrit les coutumes hindoues relatives aux femmes malades. Il n’est pas permis aux femmes de voir un médecin, même dans le cas de plus urgente nécessité. Si le danger est grand, le praticien est introduit par le mari ou le père dans la chambre de la malade; mais un rideau se trouve entre elle et le
t. Jeflskîj kakndar pour tSgg, p. i35.
médecin. Ce dernier tâte le pouls et doit établir le diagnosr tic sans voir la malade. Quelques naturels qui, dans les cas ordinaires, admettraient le « male doctor » le refusent dans le cas de maladies particulières aux femmes.
Les femmes médecins américaines ont cherché les premières à obvier à cet état de choses.
Nous avons déjà raconté comment une des premières doctoresses de Philadelphie voulait partir pour l’Asie et y porter les secours médicaux aux femmes. Elle s’était adressée dans ce but à une des missions médicales qui se formèrent vers la moitié du xix® siècle pour envoyer aux Indes des missionnaires munis de connaissances médicales ou, tout simplement, des médecins doublés de missionnaires. Le secours médical qu’ils fournissaient aux indig’ènes leur facilitait considérablement la propagande du christianisme.
La proposition de la doctoresse fut déclinée. Alors, les Américaines fondèrent (ainsi que nous Pavons vu au chapitre de l’Amérique) une Société des « missions médicales » et se mirent à envoyer en Orient les femmes-médecins qui voulaient se consacrer à l’œuvre difficile de guérir les malades et de prêcher le christianisme.
Nous laisserons de côté la deuxième partie de leur œuvre et ne nous occuperons que de la première.
Grâce à ces missionnaires américaines, des hôpitaux furent élevés aux Indes et les femmes hindoues commencèrent à fraterniser avec les étrangères.
Le premier hôpital pour les femmes hindoues fut élevé par le nabab de Rampore, sur la demande de la doctoresse Clara Swain, de Philadelphie. Il fut ouvert en 1874. Un peu avant, la doctoresse Sarah G. Seward établit une mission médicale avec dispensaire à Allahabad et y vécut 20 ans. Maintenant c’est Berthe Galdewell qui dirige ce dispensaire.
Les autres hôpitaux érigés à cette époque sont : l’hôpital et dispensaire pour femmes de Madras (Indes), fondé par Dresse S. Kugler, reçue docteur à Philadelphie en 1879, et l’hôpital de Lucknow (i).
Une femme s’occupait beaucoup de ces missions médicales, c’était la doyenne du collège médical féminin de Philadelphie, Mme Bodley, morte en octobre 1888. Elle aidait et encourageait magnanimement l’envoi des missionnaires médicaux féminins en Chine, Birmanie et Hindoustan. Elle parvint aussi à intéresser de grands cercles au problème des veuves et des enfants de l’Inde, et gagna à cette œuvre beaucoup d’admirateurs et d’amis. C’est en partie à son influence qu’il faut attribuer la fondation, en 18B6, sous le patronage de la femme du vice-roi des Indes, Mme Dufferin, d’une société ayant pour but d’organiser des secours médicaux pour les femmes-médecins. Elle porte le nom de << National Association for supplying Female Medical Aid for the Women of India y).
A côté de l’association de Mme Dufferin, une société de missions médicales, la « Zenana (2) medical mission », poursuivait le même but. Ces deux sociétés ont parsemé l’Inde d’hôpitaux, de dispensaires et y ont envoyé, jusqu’en 1900, un nombre considérable de femmes médecins. Ainsi, entre 1886 et 1898, la « National Association » a dépensé plus de 120.000 livres sterlings en fondation d’hôpitaux pour les femmes hindoues. Le nombre de femmes traitées là, jusqu’en juillet 1898, était de 466.000. Neuf femmes médecins et trente-deux aides féminins travaillaient au service de l’association.
Dans les hôpitaux de la « Zenana Mission » il y avait en 1891 848 malades ; 882 femmes étaient traitées chez elles,