Renzi I, p. ibg-iBo
Il est certain qu’en même temps que Trotula, nombre d’autres femmes exerçaient la médecine dans le duché de Salerne. Les mulieres Salernitanæ sont citées à maintes reprises dans les œuvres contemporaines.
On trouve dans la compilation sus-indiquée de Trotula l’onguent contre l’érythème provoqué par le soleil, contre les rhagades, les pustules ou les macules et aussi contre les excoriations du visage « dont se servent les femmes salernitaines ». Plus loin on lit : « les femmes salernitaines mettent de la racine de.bryone dans le miel et avec ce miel oignent la face. Après quoi la peau rougit merveilleusement ».
« Circa instans », livre médical du xiie siècle, dû à la plume de Platéarius le premier, mentionne deux fois la mère de Jean Platéarius qui exerçait la médecine. En outre il contient toute une série de prescriptions de « femmes salernitaines ». Dans l’article Bernix il indique un cosmétique qu’elles emploient. Dans l’article Ciclamen se trouve une prescription contre le papillome des parties génitales, et contre les hémorrhoïdes (« une femme salernitaine démontre que le suc de cette plante est bon contre tous les ficus »), puis une autre contre les physconies (gonflement de l’abdomen) spléniques. Dans l’article « Papaver » (Pavot) elles recommandent un calmant, dans le calamentum un astringent utérin ; à l’article « Pariétaire » un calmant des douleurs abdominales ; au Spica, Platéarius parle de leurs formules pour suppositoires ; à l’article Terra sigillata nous trouvons un remède contre la sécheresse et l’âpreté des cheveux ; au Tetrahit (espèce d’herbe, galéope piquant), un autre contre la strangurie et la dysurie ; enfin dans l’article « onguent citronné » se lisent encore de leurs prescriptions.
En un autre livre intitulé Practica brevis, on cite les
Mélanie Lipinska
femmes salernitaines en parlant de l’expulsion des moles hydatiques.
Le commentaire de Bernard de Provincial sur les Tables de maîtres salernitains, commentaire écrit probablement au milieu du xii® siècle, contient de nouveaux renseignements sur la pratique des femmes salernitaines, tout en confirmant plusieurs de ceux que nous fournissent le Circa instans et la Practica.
Dans Bernard nous trouvons leur « pain des anges « et « hosties de la louange » dont le suc de tithymale faisait la base, et qui étaient destinés à combattre les maladies engendrés par le phlegme ; leur préparation de poudre d’euphorbe et d’œufs contre les engelures j leur prescription du galbanum contre la suffocation ; l’emploi, comme le conseille aussi Trotula, de la spatule (asa fétida) ou de la vigne vierge macérées dans le miel « pour réparer des ans l’irréparable outrage » ; des onguents contre la paralysie, des fumigations avec des vapeurs d’antimoine pour la toux, ou celles de feuilles d’olivier pour les enfants paralytiques ; des onctions d’aloès macéré dans l’eau de rose contre les tuméfactions de la face, surtout contre celles qui ont une origine venteuse ; et bien d’autres recettes !
Bernard nous apprend également que les femmes de Salerne savaient mettre à profit leurs connaissances botaniques pour se livrer à de petites malices : par exemple, après avoir saupoudré des roses avec de l’euphorbe, elles les faisaient sentir aux jeunes gens, qui ne manquaient pas d’éternuer d’une façon déplorable, aux grands applaudissements de ces charmantes espiègles (i).
Les historiens Mazza (2). Gastelamala (3) et Toppi men-
1. Ecole de Salerne, trad. de Meaux Saint-Marc, introduction du Dr Daremberg, p, 20-21.