‹ Histoire des femmes médecinsChapitre 67 sur 181 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Occupations médicales des femmes germaines à l’époque de l’invasion et pendant la période chevaleresque.

Apparition de nouvelles peuplades, — Situation de la femme germanique. — Les prêtresses. — Rôle médical des femmes dans les hordes des agresseurs germains. — Les femmes Scandinaves des Eddas et des Sagas s’occupant de la médecine et de la chirurgie. — La féodalité et la femme. — « Médeciennes » et chirurgiennes de la France féodale. — Il en est fait mention dans le roman de Perceval, dans l’Erec de Chrestien de Troyes, dans le Fiérahras, chez Gérard de Nevers, dans l’Aucassin et Nicolette, dans le lai de Guigemar, par Marie deFranceet dans d’autres vieux poèmes français. — La femmemédecin dans les vieux poèmes allemands ; le « Waltharius » d’Ekkehard, le « Tristan » de Godefroi de Strasbourg, l’« Erec » et l’« Iwein» d’Hartmann von Aue.

Quittons pour quelque temps les régions du soleil et de la lumière et allons vers le Nord. Là-bas, aux « pays des

1. Reg. Archiv., 1428, fol. 20, cité par Renzi, III, p. 343. Origlia (Istoria dello studio di Napoli, Naples iCG3) écrit Sanlo Manco.

brumes », en Allemag-ne, en France, sur les bords du Danube et de la Vistule, de nouveaux peuples ont surgi. Les Germains et les Slaves ont apparu, leurs clans sont descendus jusqu’au sud de l’Italie et, même à Salerne, nous les avons vus. Mais, en Italie^ ils subirent bien vite l’influence de la civilisation antique, et pour les trouver purs et libres d’influences extérieures, il nous faut traverser les Alpes.

Peu nous importent les théories^ d’ailleurs trop controversées, sur le rajeunissement de l’ancien monde par les peuplades germaniques. Ce qui nous intéresse surtout est de savoir si leur caractère, leur organisation sociale et les conditions créées par leurs conquêtes ont exercé chez eux quelque influence sur la situation des femmes. Nous pouvons dire sans aucune hésitation : oui.

L’organisation de la famille germanique primitive ressemble beaucoup à celle de la famille grecque au temps d’Homère. La femme était l’égale de l’homme ; mariée, ses enfants la vénéraient, jeune fille ou veuve, elle jouissait d’une liberté considérable. Elle était consultée dans les affaires importantes, et ne le cédait pas à l’homme en vaillance. Si elle s’occupait de la maison, quand le mari chassaiL elle savait fort bien, s’il était besoin prendre les armes comme lui et s’en servir.

Donc le mépris, ce poison qui paralyse l’activité de tout être humain, n’était point infligé à la femme germaine, et SI, enrichie par l’expérience, elle voulait donner des conseils ou des soins médicaux à ses proches, on ne lui opposait aucun dédain.

D’autre part, l’égalité sociale étant réelle,, elle pouvait être prêtresse. Or, les Germains, pareils en ceci aux autres peuples à un certain degré de culture, considéraient les maladies comme l’effet de l’action de méchants êtres sur-

naturels ou de divinités irritées. C’était donc le devoir des prêtres d’intervenir auprès des immortels en faveur des malades et de traiter ensuite ces derniers d’une façon plus ou moins rationnelle.

Cette branche de la médecine sacerdotale n’était pas interdite aux femmes, et les recherches historiques le confirment. L’historien allemand Weinhold dit dans son livre sur les femmes allemandes au moyen âge (i) ;

« Il y avait chez les Germains aussi des prêtresses. Elles disaient les prières comme les prêtres, prononçaient des bénédictions, griffonnaient des signes magiques, dits runes, et se servaient des médicaments et des moyens réputés comme efficaces. Elles s’adressaient aussi, pour guérir les plaies, au dieu de la guerre, et pour les maladies des femmes à Frigg, en Scandinavie, à Freya et à Menglod.

La mythologie et la légende, dont l’évocation est le plus souvent l’image embellie du monde réel, admettent chez les Germains les femmes-médecins. La médecine s’y trouve sous la protection de la déesse Eir, et les légendes héroïques allemandes parlent de femmes sauvages, de dames des forêts et des eaux, comme de génies connaissant l’art de guérir.

C’est d’une « vv^ilde ’wip » que le vieux Waté du « Chant de Gudrun » a appris la science médicale :

« Hetel envoya des messagers ; ils devaient chercher Waté, dont ils avaient entendu dire auparavant qu’il était médecin et avait été instruit par une femme sauvage. Waté guérit maint brave blessé » (2).

Page 1